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	<title>le monde motard, objet sociologique &#187; Articles</title>
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	<description>quelques instantanés lacunaires pris dans un long parcours</description>
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		<title>travail d&#8217;experts</title>
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		<pubDate>Tue, 11 May 2010 18:03:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Denis Berger</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L&#8217;immense bibliothèque des rapports officiels rassemble des ouvrages de toutes tailles, de toutes couleurs &#8211; livres verts ou blancs de la Commission européenne, beige book de la Federal Reserve américaine, notes bleues du Ministère des Finances &#8211; faisant appel à tous les savoirs, mais qui peuvent, très sommairement, être partitionnés en deux : d&#8217;un côté, on [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;immense bibliothèque des rapports officiels rassemble des ouvrages de toutes tailles, de toutes couleurs &#8211; livres verts ou blancs de la Commission européenne, beige book de la Federal Reserve américaine, notes bleues du Ministère des Finances &#8211; faisant appel à tous les savoirs, mais qui peuvent, très sommairement, être partitionnés en deux : d&#8217;un côté, on classera les documents qui répondent à une obligation réglementaire, étroite et récurrente, comme par exemple le rapport d&#8217;une commission d&#8217;enquête consécutive à un accident, l&#8217;étude d&#8217;impact préalable à l&#8217;implantation d&#8217;une infrastructure, ou le recensement de la population française. De l&#8217;autre, on trouvera des travaux rédigés à la demande, commandés par telle autorité politique, administrative ou judiciaire, qui viseront à lui apporter une information sur un point précis et, souvent, contiendront un programme d&#8217;action. Par définition, ces travaux s&#8217;inscriront donc dans un cadre peu codifié, défini seulement par la lettre de mission qui donnera à telle commission mandat de traiter à telle fin tel problème, et connaîtront un usage unique. Mais dans un cas comme dans l&#8217;autre, ces écrits auront toujours comme propriété commune d&#8217;être produits par des experts, mandatés pour occuper cette fonction soit parce qu&#8217;il s&#8217;agit de leur métier et que, avant de pouvoir l&#8217;exercer, ils auront donc satisfait à des critères de sélection institutionnalisés, soit parce qu&#8217;ils ont été désignés à cet effet par une autorité. Quelle que soit leur situation, ces experts auront tout pouvoir de produire l&#8217;information que l&#8217;autorité attend d&#8217;eux : mais, dans le second cas, leur position devra tout à l&#8217;autorité qui les a choisis pour lui soumettre un programme supposé répondre à un problème défini par la même autorité. On peut alors poser un certain nombre d&#8217;hypothèses.  Vraisemblablement, les raisons qui ont conduit à charger de telle tâche telle personnalité sont loin de se limiter aux seules compétences de la personnalité en question, même si, nécessairement, ces compétences existent. De plus, si l&#8217;autorité dispose toujours d&#8217;une assez large autonomie pour décider à la fois du contenu de la tâche en question, et de son calendrier, cette autonomie, lorsqu&#8217;il s&#8217;agit de nommer des personnes en dehors de toute contrainte réglementaire, sera encore plus large. Mais les raisons qui la conduisent à choisir tel expert tout en écartant tel autre ne pourront être pleinement comprises que d&#8217;un étroit cercle d&#8217;initiés. Le temps faisant son œuvre, ce cercle se réduira progressivement, rendant ces motivations encore plus obscures, et ouvrant la porte à des interprétations naïves qui ne parviendraient plus à dissocier la présence de telle personne dans telle commission de la qualité officielle, seule rendue publique, qui justifie sa présence à ce poste. Pourtant, le travail de décodage ici nécessaire, et qui présuppose une bonne connaissance des enjeux, des rapports de force, et des trajectoires des acteurs qui déterminent la configuration d&#8217;un champ particulier à un moment donné, permet seul de pleinement comprendre ce dont traite un rapport, dont la pertinence et la portée sont profondément enfouies, et bien peu discernables, sous la mécanique aussi ordinaire que dépréciée de la production d&#8217;un rapport public par une commission nommée pour l&#8217;occasion.</p>
<p>C&#8217;est donc dans cette littérature du second rayon que l&#8217;on trouvera le document dont il sera question ici, et qui appartient à l&#8217;espèce des livres blancs, ces programmes politiques maquillés en rapports d&#8217;experts. Fruit du travail d&#8217;une Commision de la sécurité routière créée pour l&#8217;occasion, le Livre Blanc sur la sécurité routière répondra à une commande passée par Georges Sarre, Secrétaire d&#8217;État chargé des transports, à Pierre Giraudet, Président de la Fondation de France. Publié en 1989 par La Documentation Française, ses 160 pages se répartissent en deux tomes, le premier consacré aux analyses et aux prescriptions, le second essentiellement formé d&#8217;annexes statistiques ; grâce au précieux travail de numérisation du centre de documentation du Ministère des Transports, ces deux <a href="http://temis.documentation.equipement.gouv.fr/documents/temis/8274/8274.htm" target="_blank">tomes</a> sont disponibles en ligne.</p>
<h3>la Commission au travail</h3>
<p>Ce document singulier relève pourtant d&#8217;un processus si formel et si répétitif qu&#8217;il prête le flanc aux sarcasmes, tant il est réputé produire des rapports qui n&#8217;ont d&#8217;autre utilité que d&#8217;être archivés : une autorité, ici un Secrétaire d&#8217;État, charge une personnalité, en coopération avec un comité d&#8217;experts, d&#8217;étudier un problème public et de proposer au pouvoir politique des mesures, que l&#8217;on supposera nouvelles, dans le but de contribuer à résoudre les conséquences sociales négatives du problème en question. Mais, si le champ de réflexion de la commission est libre, quelques thèmes, assez particuliers, très délimités, sont imposés par le ministre : <em>&laquo;&nbsp;les dispositions à prendre envers les alcooliques chroniques titulaires d&#8217;un permis de conduire, le rôle des compagnies d&#8217;assurances dans le comportement infractionniste des usagers, la conciliation entre la pratique de vitesses limitées et les possibilités offertes par la technique (&#8230;)&nbsp;&raquo;</em>. A voir une liste aussi restrictive, on jurerait que quelqu&#8217;un s&#8217;est chargé de porter à l&#8217;oreille du ministre les questions qui lui sont chères. Transmise à Pierre Giraudet le 16 novembre 1988, la lettre de mission recevra une réponse en date du 25 avril 1989 : le président détaille le travail de sa commission, entre séminaires journaliers et auditions de &laquo;&nbsp;personnalités compétentes&nbsp;&raquo;. Il rend hommage au travail du rapporteur, Pierre Graff, X-Ponts, Délégué interministériel à la sécurité routière entre 1987 et 1990, et à ce jour dernier membre d&#8217;un corps technique à occuper ce poste, et de ses adjoints, et rend son rapport en insistant sur sa volonté de tenir à la fois compte de <em>&laquo;&nbsp;l&#8217;indiscutable valeur de l&#8217;automobile comme instrument de liberté et de progrès&nbsp;&raquo;</em> et du <em>&laquo;&nbsp;caractère inacceptable du niveau des accidents de la route dans notre pays&nbsp;&raquo;</em>. On ne prendra vraisemblablement guère de risques en voyant dans ce parallèle, présenté en des termes aujourd&#8217;hui inconcevables, puisque plus personne n&#8217;ose désormais invoquer la simple notion de progrès, une opposition entre deux doctrines, celle de l&#8217;automobile comme vecteur de progrès, et, à l&#8217;opposé, comme outil de tragédies individuelles, opposition significative de la transition de la première vers la seconde qui prendra corps durant cette seconde moitié des années 1980.</p>
<p>En dehors de la place significative, et neuve, qu&#8217;y occupent les associations de victimes, puisque Christiane Cellier, présidente de la Fondation Anne Cellier, et Geneviève Jurgensen, présidente de la Ligue contre la violence routière, en font partie, la composition de la commission n&#8217;a rien pour surprendre le profane. On y retrouve en effet le Délégué général de la <a href="http://www.preventionroutiere.asso.fr/histoire.aspx" target="_blank">Prévention Routière</a>, association créée dès 1949 par les sociétés d&#8217;assurances et qui dispose par là-même d&#8217;un siège permanent dans toutes les concertations publiques relatives à la sécurité routière. Participent également aux travaux, et d&#8217;une manière en apparence équilibrée, des experts qui représentent les compétences variées, administratives, médicales ou techniques, qui forment l&#8217;ordinaire de ce domaine interministériel qu&#8217;est la sécurité routière. La Commission comprend ainsi un magistrat et un représentant de la haute administration, en l&#8217;espèce Bernard Stirn, IEP Paris, ENA, maître des requêtes au Conseil d&#8217;État, alors que la préfectorale s&#8217;incarne en la personne du préfet de la région Haute Normandie. On remarque également la présence d&#8217;un chef de service à l&#8217;hôpital Ambroise Paré, ainsi que de Pierre Sudreau, résistant, ancien ministre, et dont la fonction de président de la Fédération des industries ferroviaires explique assez mal la présence ici. On trouve aussi un psychologue, <a href="http://www.iris-france.org/pagefr?fichier=actualite/2007-03-06/livret_bio/mallet" target="_blank">Albert Mallet</a>, et un psychanalyste, Gérard Miller, lequel aura d&#8217;autres occasions de se préoccuper de sécurité routière, et pour finir, deux techniciens : Pierre Mayet, en tant que vice-président du Conseil général des Ponts et Christian Gérondeau, président d&#8217;une Association pour la diffusion des techniques de sécurité routière. En somme, une commission à l&#8217;effectif restreint puisque, outre son président et son rapporteur, elle comprend douze personnes, mais qui parvient malgré tout à la fois à rassembler l&#8217;ensemble des compétences nécessaires, tout en assurant une représentation des citoyens à travers des associations légitimes, celles des victimes de la route, étant entendu que celles qui se contentent de représenter des usagers, la FFMC par exemple, ne le sont pas.</p>
<p>Mais une connaissance plus fine des parcours des différents membres de la commission permet de tracer un tout autre tableau. Pierre Giraudet, ainsi, alors âgé de 69 ans, préside certes une noble organisation à l&#8217;objet caritatif : mais cet ingénieur des Ponts termine à ce poste une brillante carrière qui l&#8217;a notamment conduit à la tête de la RATP, puis d&#8217;Air France, société qu&#8217;il présidera entre 1974 et 1984. Au même titre qu&#8217;un Pierre Sudreau, au profil bien plus politique, et centriste, il appartient à la catégorie des &laquo;&nbsp;grands commis de l&#8217;État&nbsp;&raquo;, artisans de la reconstruction d&#8217;après 1945, à la légitimité irréprochable, à l&#8217;indépendance affirmée, et auxquels un ministre socialiste peut donc faire appel en toute confiance. D&#8217;autres, comme Gérard Miller, ou Marc Dreyfus, procureur général à la Cour d&#8217;appel de Besançon et un temps président du Syndicat de la Magistrature, doivent sans doute leur nomination à des raisons plus directement politiciennes. Mais tous ont un point commun, celui de ne pas entretenir de rapport direct avec la question qui justifie la création de la commission dont ils sont membres, ce qui laisse supposer que leur participation à l&#8217;élaboration du Livre Blanc restera faible, et donc que celui-ci sera en fait rédigé par d&#8217;autres.</p>
<p>A première vue, et à l&#8217;exception du Délégué interministériel en titre, la commission ne comprend pas d&#8217;autres spécialistes de la sécurité routière que ceux qui proviennent du secteur associatif, Prévention Routière ou associations de victimes. En réalité, on y retrouve des individus qui, parfois dès 1979, ont joué, jouent aujourd&#8217;hui encore, ou cherchent à jouer un rôle prédominant dans l&#8217;élaboration des orientations et du contenu de cette politique. Tel est le cas de Claude Got, chef de service à l&#8217;hôpital Ambroise Paré, mais aussi ardent <a href="http://www.securite-routiere.org/" target="_blank">propagateur</a> de ses propres conceptions de la bonne politique de sécurité routière. Tel est également celui de Christian Gérondeau, ici présenté comme un simple responsable associatif  alors que, X-Ponts, il sera, entre 1971 et 1981, le premier Délégué interministériel à la sécurité routière, auteur en tant que tel d&#8217;un ouvrage, <a href="http://temis.documentation.equipement.gouv.fr/temis/document.xsp?id=Temis-0002552&amp;qid=sdx_q0&amp;n=35&amp;q=" target="_blank">La Mort Inutile</a>, dans lequel il développera un cadre d&#8217;analyse, et un éventail de solutions, qui feront date. Lui succédera à ce poste un autre ingénieur, ENTPE puis Ponts, Pierre Mayet, dont la politique bien plus ouverte tranchera avec celle de son prédécesseur, et qui quittera son poste en 1985 pour devenir vice-président du Conseil général des Ponts et Chaussées. En somme, avec lui et Christian Gérondeau, mais aussi Pierre Graff et Pierre Giraudet, le corps des Ponts, d&#8217;une manière discrète et sous des étiquettes variées, place quatre de ses membres dans cette commission de quatorze personnes.</p>
<p>Le simple décodage de cette liste de personnalités se révèle donc être un exercice fort instructif. En apparence, on a ici affaire à un collège de personnes qualifiées, collège dans lequel, à la seule exception des forces de l&#8217;ordre, on n&#8217;a oublié aucun des métiers qui ont à s&#8217;occuper de sécurité routière : administration territoriale et Grands Corps, traumatologie et psychologie, magistrats et techniciens. On n&#8217;a pas oublié non plus, avec les associations de victimes, de recueillir l&#8217;avis de ce qu&#8217;il est convenu d&#8217;appeler la société civile. Pourtant, les compétences réelles des acteurs, entre le psychanalyste bien en cour et les trois délégués ou anciens Délégués à la sécurité routière, varient dans des proportions considérables. De même, le degré d&#8217;implication, avec d&#8217;un côté le militantisme hygiéniste d&#8217;un Claude Got, ou le moralisme des associations de victimes, et de l&#8217;autre des grands commis de l&#8217;État en retraite qui, au cours de leur longue carrière, auront affronté bien d&#8217;autres problèmes, laisse supposer que la participation de chacun à la rédaction du rapport sera bien inégale. Et comme on va le voir, le programme d&#8217;action, en principe issu des travaux de la commission, porte en réalité un certaine nombre de marques qui, parce qu&#8217;on les retrouve à l&#8217;identique ailleurs, permettent d&#8217;identifier sans erreur possible, derrière une proposition précise, un auteur unique, pour lequel ce Livre Blanc ne constitue qu&#8217;une occasion de plus d&#8217;imposer des analyses et des recommandations déjà formulées au préalable. Tel est en particulier le cas d&#8217;un objet secondaire, auquel le rapport ne consacre que quelques pages, mais qui constitue ici l&#8217;objet de recherche central, la motocyclette.</p>
<h3>brider les grosses</h3>
<p>Le Livre Blanc n&#8217;abordera pas cette question avant sa cinquième et dernière partie, qui s&#8217;attaque à l&#8217;harmonisation de la législation routière au niveau européen, avec un adversaire désigné : la RFA, ses autoroutes sans limitation de vitesse qui demeurent <em>&laquo;&nbsp;le seul argument des constructeurs spécialisés dans le &laquo;&nbsp;haut de gamme&nbsp;&raquo; pour promouvoir des modèles atteignant des vitesses vertigineuses&nbsp;&raquo;</em> et, donc, ses constructeurs automobiles et leur dépendance aux grosses berlines. L&#8217;argumentaire, stricte déclinaison de celui que Claude Got développe dans son <a href="http://www.apivir.org/index.html" target="_blank">Apivir</a>, conduit à préconiser une norme <em>&laquo;&nbsp;limitant la vitesse par construction&nbsp;&raquo;</em>, vitesse qui pourrait se situer &laquo;&nbsp;<em>aux environs de 160 km/h&nbsp;&raquo;</em>. Mais après avoir résolu la question centrale, la même page du rapport aborde le cas particulier des <em>&laquo;&nbsp;véhicules à deux roues (qui) par les risques exceptionnels qu&#8217;ils engendrent, posent un problème spécifique&nbsp;&raquo;</em>. En effet, <em>&laquo;&nbsp;les plus puissants de ces engins sont particulièrement dangereux : 4,84 tués pour 1000 impliqués dans un accident pour les utilisateurs de motocyclettes de plus de 400 cm³, contre 2,80 pour les plus petites motocyclettes et 2,1 pour les cyclomoteurs. (&#8230;) Globalement, les motocyclettes sont dix fois plus dangereuses que les voitures particulières ; en outre, les motocyclettes de grosse cylindrée sont six fois plus dangereuses que les cyclomoteurs. C&#8217;est pourquoi, pour aborder le problème des &laquo;&nbsp;deux-roues&nbsp;&raquo;, on distingue deux catégories :</em></p>
<p><em>- les cyclomoteurs et motocyclettes de petite cylindrée ;</em></p>
<p><em>- les motocyclettes de grosse cylindrée (&#8230;)</em></p>
<p><em>Les cyclomoteurs et motocyclettes de petite cylindrée, bien moins dangereuses en moyenne que les grosses motocylettes, constituent un moyen de transport souvent irremplaçable pour bien des gens à ressources modestes, notamment les jeunes.</em></p>
<p><em>Les motocyclettes de grosse cylindrée, au contraire, peuvent atteindre des prix très élevés sans présenter une utilité sociale et économique véritable : comme moyen de liberté et pour assurer les transports de la vie courante elles peuvent, dans tous les cas, être avantageusement remplacées par des voitures particulières plus sûres. L&#8217;attrait qu&#8217;elles exercent est de nature purement hédonique : c&#8217;est le goût du risque permanent, maîtrisé à tout instant par une adresse qui doit être sans faille.</em></p>
<p><em>Sans aller jusqu&#8217;à la proscription de fait des &laquo;&nbsp;grosses cylindrées&nbsp;&raquo; que pratique le Japon et qui serait difficilement acceptée en Europe, la société a l&#8217;impérieux devoir d&#8217;user des moyens les plus énergiques pour limiter les risques inacceptables (pour l&#8217;essentiel une autodestruction de jeunes) qu&#8217;elles entraînent sans aucune nécessité.</em></p>
<p><em>C&#8217;est pourquoi la Commission propose l&#8217;application, spécialement adaptée à la moto, des deux principes généraux qu&#8217;elle a proposés plus haut pour les automobiles :</em></p>
<p><em>-</em> la limitation de vitesse par construction : <em>compte tenu du caractère particulièrement dangereux de ce type de véhicule, cette norme ne devrait pas excéder 130 km/h.</em></p>
<p>- <em>comme pour les voitures, mais d&#8217;une manière spécialement adaptée aux caractéristiques très particulières des deux-roues, </em>l&#8217;instauration d&#8217;une période d&#8217;apprentissage contrôlé de deux ans<em> après la réussite à l&#8217;examen du permis de conduire, comportant notamment l&#8217;interdiction de piloter les véhicules les plus dangereux.&nbsp;&raquo;</em> (Livre Blanc sur la sécurité routière, 1989, p 51-52)</p>
<p>En très peu de lignes, sans détour, et avec cette formidable naïveté que donne la certitude, non seulement d&#8217;avoir raison, mais plus encore de présenter une position unanime qui exclut la possibilité même qu&#8217;une opinion dissidente puisse exister, ce qui permet de faire l&#8217;économie de stratégies de camouflage dont on présentera un exemple plus bas et qui à la fois obscurcissent le discours en le chargeant de périphrases et de sous-entendus, et rendent son interprétation moins univoque, tout est dit. La Commission développe une position purement normative, établissant une dichotomie entre bons et méchants qui distingue usage légitime et illégitime du deux-roues motorisé, articulé autour d&#8217;une cylindrée-pivot fixée à 400 cm³. En dessous, on se trouve dans le purgatoire du cyclomoteur et de la petite cylindrée, véhicules certes dangereux mais indispensables, à la condition d&#8217;un usage purement utilitaire, pour les populations à faible ressources, qui ne peuvent se permettre d&#8217;acheter ni d&#8217;entretenir une automobile. À l&#8217;inverse, en franchissant la limite, on accède à l&#8217;enfer de la grosse cylindrée, machines, ou plutôt &laquo;&nbsp;engins&nbsp;&raquo; triplement condamnables du fait de leur coût élevé, de leur absence &laquo;&nbsp;d&#8217;utilité sociale et économique&nbsp;&raquo;, et de leur dangerosité extrême, à cause de laquelle on doit non pas les conduire comme tout véhicule ordinaire, mais bien les &laquo;&nbsp;piloter&nbsp;&raquo;. On aura souvent l&#8217;occasion de retrouver cette notion dans les argumentaires de ce genre, parce qu&#8217;elle renforce la dichotomie et permet de creuser l&#8217;écart, en plaçant les &laquo;&nbsp;gros cubes&nbsp;&raquo;, à cause de l&#8217;habileté, de la science, des capacités, physiques comme mentales, du don en somme, nécessaires à leur maîtrise, hors de la portée du commun des mortels, les réservant aux seuls pilotes, c&#8217;est à dire aux professionnels. Si, dans une démarche suicidaire dont l&#8217;explicitation relève de la science du seul <a href="http://www.aquitaine.pref.gouv.fr/informez/presse/2007/4trim2007/10/pratique_moto.pdf">psychiatre</a>, des &laquo;&nbsp;jeunes&nbsp;&raquo; choisissent ce mode de transport, ce n&#8217;est justement pas en tant que mode de transport, mais par pur &laquo;&nbsp;hédonisme&nbsp;&raquo;. Hédonisme, le gros mot est lâché : il témoigne d&#8217;une migration complète de l&#8217;argumentaire vers un espace purement moral, et moralisateur, migration qui nécessite, pour dénier à des adultes titulaires d&#8217;une autorisation préalablement délivrée par la puissance publique au terme d&#8217;un long apprentissage leur pleine capacité à exercer un choix, en l&#8217;espèce de rouler à moto, à la fois de les réduire à un état, celui de &laquo;&nbsp;jeune&nbsp;&raquo;, intermédiaire entre le mineur et l&#8217;adulte pleinement responsable, et de stigmatiser ce choix en le portant, non pas au compte de l&#8217;utilité sociale et de la raison, mais du plaisir associal, purement égoïste, et d&#8217;une tendance pathologique à la prise de risque. Mais de telles justifications ne peuvent être exposées à l&#8217;intérieur du cadre, sinon axiologiquement neutre, du moins relativement délimité et contraint par le droit, de l&#8217;action publique. Impossible, par exemple, de recourir à la <em>&laquo;&nbsp;proscription des grosses cylindrées que pratique le Japon&nbsp;&raquo;</em>, quand bien même elle découlerait d&#8217;un état de &laquo;&nbsp;fait&nbsp;&raquo;, c&#8217;est à dire d&#8217;une disposition légale suffisamment restrictive pour équivaloir à une prohibition sans pour autant, dans les textes, en être une. Pour faire sauter cette barrière, et malgré tout proposer des mesures prohibitionnistes, donc directement attentatoires à la liberté individuelle, il faut donc se déplacer sur un terrain plus élevé, et plus noble, celui du moraliste à même de condamner une pratique qui, à l&#8217;opposé d&#8217;une conduite automobile à l&#8217;objet purement utilitaire, relève du seul plaisir donc, en l&#8217;espèce, d&#8217;un détournement à des fins ludiques de machines, et d&#8217;un réseau routier, construits sans autre objectif qu&#8217;utilitaire. Mais ce déplacement à la fois change la nature du travail de la Commission, qui sort de son rôle de simple prescripteur de mesures réglementaires pour endosser l&#8217;armure du croisé défendant une cause, et met à jour une faiblesse irrémédiable dans la justification de ces mesures restrictives.</p>
<p>Car les motards, et les jeunes, ne sont pas les seules catégories à risque dont se soucie la Commission, et qui elles aussi procèdent au même détournement des machines et des infrastructures : elle dénonce en effet les &laquo;&nbsp;gros rouleurs&nbsp;&raquo;, euphémisme par lequel elle entend des membres des &laquo;&nbsp;catégories sociales supérieures&nbsp;&raquo; définis en annexe comme &nbsp;&raquo; hommes, âgés de 30 à 40 ans, ménages multimotorisés, cadres ou assimilés, professions libérales&nbsp;&raquo; et qui, <em>&laquo;&nbsp;en s&#8217;appuyant sur une désinformation bien orchestrée (&#8230;) rejettent les constats des effets de la vitesse et ne se laissent pas intimider par une répression dont la probabilité est actuellement trop faible. (&#8230;) Défenseurs d&#8217;une vision purement individualiste de l&#8217;automobile, niant (au mépris des lois de la physique) le danger des vitesses élevées, ces conducteurs, même s&#8217;ils sont souvent adroits, représentent deux fois plus de risque que la moyenne et font courir des dangers à la société en s&#8217;opposant aux règles collectives nécessaires à la sécurité d&#8217;une circulation de masse.&nbsp;&raquo;</em> (Livre Blanc, p. 21). Avec ces &laquo;&nbsp;gros rouleurs&nbsp;&raquo;, clients privilégiés des berlines allemandes, on trouve, dans la littérature officielle de la sécurité routière, l&#8217;occurrence à peu près unique d&#8217;un comportement répréhensible associé non pas à une classe d&#8217;âge où à un type de véhicule, mais bien à une catégorie sociale au sens sociologique ou économique du terme. A l&#8217;hérésie individualiste, presque aussi blâmable que l&#8217;hédonisme du motard, celle-ci ajoute une capacité de nuire, conséquence de son capital social, qui lui permet d&#8217;user de &laquo;&nbsp;désinformation&nbsp;&raquo; pour combattre les thèses défendues par la Commission ou, plus précisément, par Claude Got, tant l&#8217;obsession de la vitesse excessive comme le recours à l&#8217;argument imparable et indépassable des &laquo;&nbsp;lois de la physique&nbsp;&raquo; sont caractéristiques de sa rhétorique. Mais le danger du &laquo;&nbsp;gros rouleur&nbsp;&raquo; n&#8217;est pas seulement moral, mais aussi, bel et bien, physique : contre lui, et pour protéger les innocents qu&#8217;il risque de tuer, la Commission propose un durcissement de la répression, avec <em>&laquo;&nbsp;la création (&#8230;) d&#8217;un délit de mise en danger délibéré d&#8217;autrui&nbsp;&raquo;</em> ainsi que <em>&laquo;&nbsp;la pratique plus systématique de la confiscation du véhicule, (saisie avec vente) qui est un moyen souvent efficace de mettre un conducteur délinquant récidiviste hors d&#8217;état de nuire&nbsp;&raquo;</em> (Livre Blanc, p. 35). Contre lui également, cette proposition d&#8217;une norme limitant la vitesse par construction, qui pourrait &laquo;&nbsp;sans doute&nbsp;&raquo; être fixée &laquo;&nbsp;aux environs de 160 km/h&nbsp;&raquo;. Le mode hypothétique, la vitesse proposée, bien supérieure à la limite supérieure des vitesses autorisées en France, tranchent avec les préconisations brutales appliquées aux motards. C&#8217;est que, à cause de l&#8217;Allemagne en particulier, l&#8217;animal a les moyens de se défendre : aussi convient-il d&#8217;avancer prudemment, et d&#8217;adoucir la préconisation restrictive d&#8217;un soupçon d&#8217;incertitude. Mais rien de tel avec les motards : ils ont, certes, le défaut de ne mettre en danger personne d&#8217;autre qu&#8217;eux-mêmes. Mais ils sont peu nombreux, isolés dans un univers distinct de celui des autres usagers de la route, et considérés comme jeunes et peu fortunés ; aussi, avec eux, les précautions et les périphrases sont inutiles. On limitera donc strictement la vitesse de leurs machines à plaisir et, alors que, contre les excès des &laquo;&nbsp;gros rouleurs&nbsp;&raquo;, on cherchera à défendre la société, c&#8217;est d&#8217;eux-mêmes qu&#8217;il faudra les protéger, quitte à procéder à ces manipulations rhétoriques qui leur enlèveront leur qualité pourtant incontestable d&#8217;adultes pour en faire une déclinaison particulière de la catégorie de l&#8217;enfance en danger.</p>
<h3>généalogie d&#8217;un prohibitionniste</h3>
<p>Alors que la référence aux berlines allemandes relève de la thématique propre à Claude Got, les quelques paragraphes consacrés à la motocyclette portent clairement la marque de Christian Gérondeau. Celle-ci est d&#8217;autant plus visible qu&#8217;il ne fait que reprendre ici des arguments, des références, et des justifications, apparus dès 1979 lorsqu&#8217;il écrivait La Mort Inutile. Le développement qu&#8217;il consacre dans son livre à la moto, plaidant pour une nouvelle classification qui distinguerait <em>&laquo;&nbsp;les motos &laquo;&nbsp;moyennes&nbsp;&raquo; (jusqu&#8217;à 400 cm³ de cylindrée environ)&nbsp;&raquo;</em> des <em>&laquo;&nbsp;grosses motos&nbsp;&raquo;</em> qui <em>&laquo;&nbsp;nécessitent des aptitudes et un entraînement tout à fait spéciaux, en raison de leur puissance et de leur poids qui contribuent à la fréquence des accidents&nbsp;&raquo;</em> puisque <em>&laquo;&nbsp;la vitesse de 90 km/h peut être atteinte&#8230; en première. C&#8217;est dire que le respect des règlements en vigueur en matière de limitation de vitesse nécessite alors une force d&#8217;âme exceptionnelle, pour ne pas dire qu&#8217;il est impossible&nbsp;&raquo;</em>, prenant exemple sur le Japon où les fabricants ont accepté <em>&laquo;&nbsp;de ne plus mettre en vente d&#8217;engins de plus de 750 cm³ de cylindrée&nbsp;&raquo;</em> lesquels ne trouveraient d&#8217;ailleurs guère d&#8217;acheteurs puisque <em>&laquo;&nbsp;des permis très approfondis ont été instaurés&nbsp;&raquo;</em>, de sorte que l&#8217;on <em>&laquo;&nbsp;a compté en 1977 7 % de reçus parmi les candidats à la conduite de motos de 350 à 750 cm³&nbsp;&raquo;</em>, tout en excluant l&#8217;adoption en France, <em>&laquo;&nbsp;compte tenu du contexte qui est le nôtre&nbsp;&raquo;</em> de <em>&laquo;&nbsp;mesures radicales&nbsp;&raquo;</em> (Gérondeau, La mort inutile, 1979, p. 127-131), se retrouvera intégralement, sous une forme à peine condensée et dans des termes à peine différents, dans le Livre Blanc élaboré dix ans plus tard. Pourtant, si l&#8217;analyse comme les recommandations sont identiques, le ton, entre le livre grand public, et le rapport rédigé dix ans plus tard, a bien changé. Dans un ouvrage qui entremêle sans cesse rationalisme technique et sentiments, Christian Gérondeau adopte à l&#8217;égard de cette même jeunesse une approche bien plus compréhensive, et paternaliste, reconnaissant que : <em>&laquo;&nbsp;À chaque époque, certes, la jeunesse a choisi le risque, et il serait vain de vouloir le lui interdire&nbsp;&raquo;</em> et limitant donc son objet à <em>&laquo;&nbsp;ramener à des proportions moins dramatiques les dangers que présente l&#8217;usage de ces engins, de façon à concilier au mieux l&#8217;appétit de liberté dont est éprise la jeunesse et la sécurité dont elle a besoin&nbsp;&raquo;</em>. (Gérondeau, La Mort inutile, 1979, p. 124). Aussi, le catalogue de solutions qu&#8217;il propose alors va-t-il bien au delà de celles qu&#8217;il reprendra dans le Livre Blanc, postulant que <em>&laquo;&nbsp;C&#8217;est d&#8217;abord par l&#8217;amélioration de la formation de conducteurs qu&#8217;il est possible d&#8217;espérer une réduction des accidents&nbsp;&raquo;</em>, évoquant <em>&laquo;&nbsp;Des mesures d&#8217;une toute autre nature, qui concernent l&#8217;amélioration de l&#8217;infrastructure routière (..) l&#8217;abandon du rainurage longitudinal des chaussées d&#8217;autoroutes (&#8230;) la modification de certaines glissières de sécurité, dont les supports sont très dangereux pour les motocyclistes tombés à terre, et (&#8230;) l&#8217;amélioration de l&#8217;adhérence des marquages du sol sur lequel dérapent trop souvent les motards&nbsp;&raquo;</em>, avant de se faire l&#8217;écho d&#8217;une <em>&laquo;&nbsp;dernière mesure réclamée depuis longtemps par les associations de motards : il s&#8217;agit de l&#8217;ouverture de circuits spécialisés où il serait possible d&#8217;exploiter sans danger excessif les capacités des motos modernes&nbsp;&raquo;</em>, ce pourquoi <em>&laquo;&nbsp;l&#8217;on ne peut que se réjouir de l&#8217;ouverture en 1979 à Tremblay-les-Gonesse du premier circuit véritablement conçu pour les motards en région parisienne&nbsp;&raquo;</em> (Gérondeau, 1979, p. 132-133).</p>
<p>Si bref soit-il, ce catalogue présente un double intérêt. Il élargit d&#8217;abord sensiblement, et bien au delà de la faute volontaire du conducteur seule évoquée dans le Livre Blanc, les raisons de l&#8217;accidentalité des motocyclistes, et, en conséquence, propose des solutions positives, l&#8217;amélioration de la formation, l&#8217;adaptation de l&#8217;infrastructure routière aux particularités des motocycles, ou l&#8217;accès à une pratique sportive sans risques grâce à un circuit réservé aux motards. Mais ces propositions ne doivent rien à la fonction qui était alors celle de Christian Gérondeau, en tant que Délégué à la sécurité routière : il se contente en effet de reprendre à son compte les revendications les plus acceptables d&#8217;un mouvement motard tout juste né et en voie d&#8217;organisation, dont on a vu par <a href="http://sociomotards.net/2010/02/05/roulez-jeunesse/">ailleurs</a> comment il trouvait alors des avocats jusque sur les bancs de l&#8217;Assemblée Nationale. Ainsi, la radicalisation de sa position, telle qu&#8217;elle apparaît dans le Livre Blanc, découle-t-elle peut-être, en partie, à la fois de la cristallisation d&#8217;un mouvement alors constitué de plusieurs groupes concurrents mais qui s&#8217;incarnera finalement dans la seule FFMC, organisation activiste et proche d&#8217;une gauche qui arrivera bientôt au pouvoir, et de son destin personnel une fois la nouvelle administration en place, puisqu&#8217;il perdra en 1982 au profit de Pierre Mayet son poste à la sécurité routière pour se retrouver en charge de la planification aux Charbonnages de France. Dans le contexte de l&#8217;époque, il semblerait bien hasardeux de voir là une promotion.</p>
<p>Quittant dès 1984 cette voie de garage pour retrouver des occupations plus conformes à son statut, d&#8217;abord vice-président des hôtels Méridien, puis président de la filiale tourisme de la Caisse des Dépôts et Consignations, Christian Gérondeau reviendra en 1991 au Ministère de l&#8217;Équipement. Entre temps, il aura présidé à Bruxelles un &laquo;&nbsp;Groupe d&#8217;experts à haut niveau sur la sécurité routière&nbsp;&raquo; et, à ce titre, remis un rapport reprenant, à un niveau désormais européen, la thématique du Livre Blanc. On y apprend ainsi, dans les deux courtes pages consacrées aux motocycles : <em>&laquo;&nbsp;(qu&#8217;il) y a d&#8217;ailleurs lieu de constater à cet égard que le Japon, qui exerce un quasi monopole sur la production mondiale de motos, a pratiquement rendu impossible la vente sur son territoire des engins les plus puissants (plus de 750 cm³) et mis des conditions si draconiennes à l&#8217;obtention du permis de conduire des autres que le taux d&#8217;échec dépasse parfois 90 %. Il faut souligner que sur certaines motos, la vitesse de 90 km/h peut être atteinte en première, et que leur puissance, excédant largement celle de la plupart des automobiles, est telle qu&#8217;il est presque impossible de respecter avec elles les limitations de vitesse en vigueur.&nbsp;&raquo;</em> (Rapport du groupe d&#8217;experts à haut niveau, p. 61). De La Mort inutile au Livre Blanc, du Livre Blanc au Rapport du groupe de travail, la rhétorique du prohibitionniste recycle des arguments, des références et des justifications identiques jusque dans la manière de les formuler. Et, parce qu&#8217;ils en disent long sur les représentations qu&#8217;un haut fonctionnaire peut entretenir sur une catégorie d&#8217;usagers dont il préfère tout ignorer, quand bien même il aurait comme fonction de veiller à leur sécurité, et parce qu&#8217;ils produisent des effets, ces arguments méritent d&#8217;être analysés en détail.</p>
<h3>portrait du motard en surhomme</h3>
<p>D&#8217;une manière assez habituelle, l&#8217;argumentaire de Christian Gérondeau s&#8217;appuie sur la lecture de données statistiques censées démontrer l&#8217;existence d&#8217;un problème particulier auquel la puissance publique tentera d&#8217;apporter une réponse. En l&#8217;espèce, dans le Livre Blanc, un ratio atteste de la dangerosité des motocyclettes de forte cylindrée : 4,84 tués &laquo;&nbsp;pour 1000 impliqués dans un accident&nbsp;&raquo;, chiffre qui tombe à 2,1 pour les cyclomoteurs, et justifie donc d&#8217;imposer des restrictions visant les seuls motards. On imagine dès lors qu&#8217;un tel ratio, pour les autres catégories d&#8217;usagers et en particulier les automobilistes, ne pourra être que sensiblement inférieur ; or, il n&#8217;en est rien. Disponible en ligne sur le site de la <a href="http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/014000396/index.shtml" target="_blank">Documentation Française</a> depuis 2000, le bilan annuel de la sécurité routière donne bien, pour l&#8217;année 1999, un ratio de 2,26 tués pour cent, et non pas mille, victimes chez les cyclomotoristes, et de 4,5 tués chez les motocyclistes. Mais pour les automobilistes, ce chiffre monte à 5,05. Au fil du temps, ces données évoluent peu puisque, en 2007, les chiffres pour chaque catégorie étaient respectivement de 2,04, 4,45 et 5,05. L&#8217;argument, en somme, ne démontre rien d&#8217;autre que la volonté de son auteur de ne rendre publics que les chiffres qui viendront appuyer sa position. Et cette attention sélective fonctionne à l&#8217;identique ailleurs, en particulier avec cette présentation du pays modèle, le Japon, modèle d&#8217;autant plus utile que son éloignement géographique et culturel rend la contestation des arguments avancés bien plus délicate. Pourtant, même si les données restent peu détaillées, les statistiques de la <a href="http://jama.org/statistics/motorcycle/inuse/mc_use_year.htm" target="_blank">JAMA</a> montrent une croissance continue du parc des grosses cylindrées, ici définies comme supérieures à 250 cm³, et une baisse symétrique, à partir de 1990, du parc des cyclomoteurs, situation qui n&#8217;est pas sans rapport avec celle de la France. Par ailleurs, au Japon, la partition entre motocyclettes moyennes et grosses se retrouve à l&#8217;identique dans le monde de l&#8217;automobile, avec les voitures compactes d&#8217;une cylindrée inférieure à 600 cm³ réservées aux marché local, et n&#8217;a donc pas la vertu stigmatisante que lui prête Christian Gérondeau. Importé tel quel alors qu&#8217;il était Délégué à la sécurité routière, avec ses deux options, A2 pour les cylindrées moyennes, A3 pour les grosses, le permis moto japonais, réduit à une unique catégorie A en 1985 tout en conservant les lourdes épreuves du modèle d&#8217;origine, sera loin de donner les résultats attendus par son initiateur puisque, en dépit de sa complexité, et sans doute à cause de l&#8217;auto-sélection qu&#8217;il entraîne, il reste celui qui connaît le taux de réussite le plus élevé.</p>
<p>Mais l&#8217;appareil justificatif de l&#8217;ingénieur des Ponts déborde largement du cadre que sa profession maîtrise, celui des statistiques et de la réglementation, pour s&#8217;aventurer sur un terrain bien moins solide, celui d&#8217;une explication relevant d&#8217;une psychologie grossière et étroitement déterministe. Les quelques lignes qui justifient sa politique prohibitionniste ne montrent pas seulement à quel point il ignore tout de l&#8217;univers des motards : elle présentent, de façon bien plus globale, un habitus en action, celui d&#8217;un haut fonctionnaire et ingénieur des Ponts. Parce qu&#8217;il ne conçoit pas l&#8217;usage d&#8217;un véhicule en dehors d&#8217;une étroite rationalité utilitariste, il lui faut trouver un moyen de mettre en accord cette certitude avec une réalité qu&#8217;il ne peut nier, celle du développement continu de la pratique de la moto. L&#8217;utilitarisme peut expliquer pourquoi, faute de mieux, certaines catégories défavorisées emploient des deux-roues légers, au faible coût d&#8217;achat et d&#8217;entretien, aux performances limitées. Mais <em>&laquo;&nbsp;les motocyclettes de grosse cylindrée, au contraire, peuvent atteindre des prix très élevés sans présenter une utilité sociale et économique véritable</em>&nbsp;&raquo; : expliquer pourquoi, malgré tout, elles connaissent un succès commercial grandissant le contraint à s&#8217;aventurer sur le terrain d&#8217;une explication essentialiste et psychologisante. Puisque le seul argument rationnel qui justifie encore l&#8217;achat de ces <em>&laquo;&nbsp;engins&nbsp;&raquo;</em> tient à leurs performances sans équivalent, en vitesse comme en accélération, c&#8217;est donc qu&#8217;ils seront en permanence exploités au maximum de leurs possibilités. Alors leurs &laquo;&nbsp;pilotes&nbsp;&raquo;, jeunes, donc inconscients, seront victimes de leur irrépressible propension au risque et, puisque bien peu d&#8217;entre eux possèdent <em>&laquo;&nbsp;l&#8217;habileté&nbsp;&raquo;</em>, les <em>&laquo;&nbsp;aptitudes et un entraînement tout à fait spéciaux&nbsp;&raquo;</em>, voire la <em>&laquo;&nbsp;force d&#8217;âme exceptionnelle&nbsp;&raquo;</em> sans laquelle, avec ces machines sur lesquelles <em>&laquo;&nbsp;la vitesse de 90 km/h peut être atteinte&#8230; en première&nbsp;&raquo;</em>, &laquo;&nbsp;<em>le respect des règlements en vigueur en matière de limitation de vitesse </em>(&#8230;) <em>est impossible&nbsp;&raquo;</em>, ils seront victimes de cette mortelle passion qui les dévore, et rejoindront inévitablement les statistiques d&#8217;accidents mortels. Cette démonstration particulièrement sommaire, on le voit, doit tout à une méconnaissance profonde des pratiques des motards, et à la position sociale de son auteur, laquelle lui permet à la fois de faire l&#8217;économie de cette connaissance préalable d&#8217;un univers étranger tout en élaborant une politique restrictive que quelques banalités de sens commun suffisent à justifier, et de tenter de l&#8217;imposer, effectivement, alors qu&#8217;il était Délégué à la sécurité routière,  symboliquement, maintenant qu&#8217;il ne possède d&#8217;autre pouvoir que de préconisation. On est, cependant, pleinement en mesure de rassurer Christian Gérondeau : à moto, pour respecter les règlements, nul besoin d&#8217;être un surhomme : il suffit juste de vouloir le faire.</p>
<p>On retrouve là une forme rudimentaire de ce &laquo;&nbsp;bavardage bourgeois&nbsp;&raquo; caractéristique d&#8217;une &laquo;&nbsp;nouvelle idéologie de l&#8217;automobile&nbsp;&raquo; dont Luc Boltanski donnait quelques exemples en 1975 dans <em>Les usages sociaux de l&#8217;automobile : concurrence pour l&#8217;espace et accidents</em> : &laquo;&nbsp;S&#8217;accordant un individu générique, donc abstrait, dont les comportements sont le produit de la rencontre entre des propriétés ou des propensions anthropologiques et les caractéristiques de l&#8217;objet technique, elle imagine&nbsp;&raquo; écrit-il &laquo;&nbsp;des conducteurs uniformisés par l&#8217;usage d&#8217;un même instrument qui les dépouille de la plupart des attributs que leur confère l&#8217;appartenance à des groupes sociaux. (&#8230;) La naturalisation du conducteur automobile esclave de ses &laquo;&nbsp;pulsions&nbsp;&raquo; ou de ses &laquo;&nbsp;instincts&nbsp;&raquo; trouve une caution scientifique dans l&#8217;utilisation de la psychanalyse ou de l&#8217;éthologie qui, au moins en leur forme vulgaire, permettent d&#8217;évacuer les différences sociales et particulièrement les différences de classes au profit des différences purement psychologiques ou biologiques&nbsp;&raquo; <em>(Boltanski, 1975, ARSS vol. 1 n°2 p.28)</em>. Si, quinze ans plus tard, le discours de sécurité routière n&#8217;a presque fait aucun progrès dans la prise en compte des distinctions sociales entre les conducteurs ni dans le rôle que ces distinctions jouent dans les accidents, la référence rapide aux &laquo;&nbsp;gros rouleurs&nbsp;&raquo; mentionnés plus haut constituant une rare exception, la banalisation d&#8217;une automobile désormais répandue dans toutes les classes sociales, et également répartie entre les sexes, aura du moins comme effet d&#8217;entraîner la disparition de ces discours pseudo-savants qui, postulant l&#8217;existence d&#8217;un homme-machine possédé par une voiture dont il deviendrait esclave et qui lui dicterait ses actes, ne peuvent résister à l&#8217;évidence chaque jour plus tangible qu&#8217;un tel homme n&#8217;existe pas. Alors, si Christian Gérondeau peut encore se permettre de reprendre à son compte ce type d&#8217;arguments, c&#8217;est parce que les motards sont suffisamment peu nombreux, suffisamment distincts des usagers majoritaires de la route, et suffisamment méconnus, pour à la fois constituer une population susceptible d&#8217;être ainsi cataloguée, et nécessiter une explication de cet ordre qui permet seule de comprendre leur comportement déviant, étant entendu qu&#8217;il a par avance récusé la conception qui verrait là des citoyens ordinaires exerçant librement, à l&#8217;intérieur du cadre réglementaire qui leur est imposé, leur choix du moyen de transport qui leur convient, puisque cette conception va à la fois ruiner sa théorie de l&#8217;irréductible altérité des motards, et invalider la justification de son interventionnisme.</p>
<p>Le Livre Blanc livre donc un programme d&#8217;action, avec un catalogue de mesures systématiquement résumées dans un encadré à la fin de chaque chapitre. En conclusion, il sera d&#8217;autant plus pertinent de s&#8217;intéresser au destin de ces préconisations que, en 2002, celles-ci ont fait l&#8217;objet d&#8217;un rapide et fort diplomatique état d&#8217;avancement ; entre le vieux serpent de mer de la création d&#8217;une police de la route, la mise en place d&#8217;un contrôle technique, non pas des véhicules, mais des aménagements routiers eux-mêmes, ou la fondation d&#8217;un centre d&#8217;études indépendant consacré à la sécurité routière, celui-ci doit pourtant bien constater que, pour l&#8217;essentiel, les mesures proposées par la Commission n&#8217;ont connu aucune application. Dès lors, le cadre d&#8217;analyse développé par Pierre Lascoumes, qui distingue trois échecs possibles des politiques publiques, l&#8217;inefficience &#8211; les mesures sont mises en œuvre, mais à un coût sans commune mesure avec leur utilité &#8211; l&#8217;inefficacité &#8211; les mesures sont appliquées mais leur effet est nul, ou dérisoire &#8211; et l&#8217;ineffectivité &#8211; les mesures ne sont même pas mises en œuvre &#8211; se révèle fort pertinent. Car, sauf exception, la question de l&#8217;efficience ne se pose pas, puisque, pour l&#8217;essentiel, le coût des préconisations est soit nul, dans le cas du renforcement de l&#8217;action pénale, soit faible, avec la réorganisation d&#8217;un certain nombre de services administratifs, soit supporté par d&#8217;autres, les usagers ou les constructeurs de véhicules, lorsque l&#8217;on aborde la généralisation des dispositifs de retenue pour les passagers ou la limitation de vitesse par construction. L&#8217;efficacité des mesures appliquées reste, comme toujours, à démontrer. Quant à leur effectivité, elle varie en proportion inverse des difficultés de mise en œuvre, et des résistances qu&#8217;elles pourraient susciter. Ainsi, malgré l&#8217;opposition des auto-écoles, l&#8217;apprentissage anticipé de la conduite se généralisera ; sans même qu&#8217;une forte mobilisation des constructeurs soit nécessaire, et largement à cause de son évidente inutilité, la limitation par construction de la vitesse des automobiles appartient, sans doute encore pour longtemps, au catalogue des mesures systématiquement évoquées et jamais appliquées.</p>
<p>Ainsi en est-il des deux seules mesures que la Commission préconise pour la moto. Avec la très ferme opposition qu&#8217;il rencontrerait, et a rencontré en Suisse, de la part des mouvement motards, le bridage des performances des motocyclettes n&#8217;a aucune chance d&#8217;aboutir. A l&#8217;inverse, l&#8217;instauration d&#8217;une période d&#8217;apprentissage de deux ans après l&#8217;obtention du permis de conduire, durant laquelle le jeune motard n&#8217;aura accès qu&#8217;à des motocyclettes de faible puissance, sera bien intégré à la nouvelle formule du permis moto français, entrée en vigueur le 1er juillet 1996. Prévue pour s&#8217;appliquer à l&#8217;identique aux jeunes automobilistes, cette proposition restera lettre morte : le Livre Blanc, pour une bonne part, aura bel et bien fini oublié sur une étagère.</p>
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		<pubDate>Mon, 15 Mar 2010 11:47:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Denis Berger</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Principal moyen, sinon de populariser un désaccord, du moins de le rendre public, la manifestation constitue une composante essentielle, et déclinable en de multiples sous-catégories, du répertorie de l&#8217;action collective. On a déjà eu l&#8217;occasion de décrire le processus tout à fait particulier selon lequel, à l&#8217;appel de la FFMC, les motards et motocyclistes manifestent. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Principal moyen, sinon de populariser un désaccord, du moins de le rendre public, la manifestation constitue une composante essentielle, et déclinable en de multiples sous-catégories, du répertorie de l&#8217;action collective. On a déjà eu l&#8217;occasion de <a href="http://sociomotards.net/2008/05/15/la-manifestation/">décrire</a> le processus tout à fait particulier selon lequel, à l&#8217;appel de la <a href="http://www.ffmc.asso.fr/" target="_blank">FFMC</a>, les motards et motocyclistes manifestent. Mais l&#8217;écrit à lui seul ne saurait rendre justice à un mode de protestation qui, contraint à une communication non verbale, s&#8217;exprime par le nombre, le bruit, la disposition spatiale des participants, et l&#8217;organisation d&#8217;une action symbolique particulière, pas plus qu&#8217;il ne permet de bien comprendre le dispositif mis en oeuvre par la FFMC pour accueillir des manifestants qui sont très loin de tous être des militants, leur transmettre consignes et objectifs, ou assurer leur sécurité, étant entendu que les forces de l&#8217;ordre se désintéressent de cette fonction qui relève pourtant de leurs seules prérogatives.</p>
<p>Cette manifestation reste un objet rare : en fait, celle qui sera décrite ici en images, et en son, qui a eu lieu le samedi 13 mars 2010, marque le retour sur ce terrain d&#8217;une organisation qui, pour des raisons diverses, s&#8217;en était un peu éloignée depuis 2007. Comme en avril 2007, il s&#8217;agit d&#8217;une manifestation nationale, avec plusieurs <a href="http://www.ffmc.asso.fr/spip.php?article1817" target="_blank">dizaines</a> de cortèges prévus dans toute la France. Et tout comme en avril 2007, son objectif, faire reconnaître l&#8217;existence et la spécificité des deux-roues motorisés, en particulier à l&#8217;intérieur des zones urbaines, pose une question de légitimité, et lance donc aux pouvoirs publics un défi, celui de tenir enfin compte de l&#8217;ampleur d&#8217;une pratique dont <a href="http://www.pierrekopp.com/downloads/2RM.pdf">Pierre Kopp</a>, en particulier, a bien montré la place considérable qu&#8217;elle a acquise dans les villes, et à Paris, en très peu d&#8217;années. Le mode d&#8217;opération retenu rappelle le principe de la grève du zèle, puisqu&#8217;il s&#8217;agit ici d&#8217;appliquer strictement le code de la route, et, au lieu de circuler entre les files, procédé qui a aujourd&#8217;hui valeur de <a href="http://www.ydikoi.net/Echange-de-bons-procedes" target="_blank">norme</a>, d&#8217;occuper autant d&#8217;espace qu&#8217;une automobile. Comme en 2007, à Paris, le boulevard périphérique, lieu de démonstration idéal, sera mis à contribution. La manifestation, partant du château de Vincennes, empruntera donc le périphérique à la porte de Charenton et jusqu&#8217;á la porte de Choisy, avant de remonter par l&#8217;avenue d&#8217;Italie et le boulevard de l&#8217;Hôpital jusqu&#8217;à la place de la Bastille, et s&#8217;achèvera rue Saint-Antoine et rue de Rivoli, où se produira l&#8217;action qui précèdera la dispersion. Pour la FFMC, à Paris, manifester un samedi reste quelque chose d&#8217;exceptionnel : si le premier tour des élections régionales, qui aura lieu le lendemain, explique en partie le choix de cette date, celle-ci découle aussi de la tenue, la veille, d&#8217;une séance plénière de la <a href="http://blogs.motomag.com/concertation2RM/index.php?" target="_blank">concertation</a> sur les deux-roues motorisés qui se déroule depuis quelques mois au Ministère des Transports. La période, par ailleurs, fait courir à la manifestation le risque d&#8217;une météorologie défavorable : de fait, si le temps sera couvert, il sera aussi calme et sans pluie, avec une température acceptable, permettant ainsi aux nombreux participants provinciaux, venus par exemple de Rouen, Troyes, ou Auxerre, de rejoindre la capitale sans grosses difficultés. Toutes ces propriétés ont contribué au succès exceptionnel de la démonstration, avec une participation bien supérieure à celle qu&#8217;attendaient les organisateurs. Ne manque plus, pour compléter la description, que l&#8217;odeur du burn-out que de rares écervelés s&#8217;obstinent à pratiquer ; d&#8217;un certain point de vue, ce n&#8217;est pas nécessairement un mal. En piste.</p>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/01FFMCvinc_12h24.jpg" alt="13h24, l'esplanade est d&amp;eeacute;serte" /></p>
<p class="FFMCtitre">12h24</p>
<p>Arrivée sur les lieux vers 12h30. Le lieu de rassemblement, l&#8217;esplanade Saint Louis, située au sud du château de Vincennes, au débouché de l&#8217;avenue Dausmenil et de la route de la Pyramide, est encore déserte. Normalement utilisée comme parking, elle est toujours encombrée par quelques véhicules. On remarque la présence, tout à fait exceptionnelle, d&#8217;une poignée de policiers appartenant aux brigades d&#8217;intervention de la Police Nationale. Le travail des premiers militants arrivés sur place le matin sur consiste à dissuader poliment les automobilistes de garer ici leur véhicule ; évidemment, ils n&#8217;ont aucun moyen d&#8217;enlever les voitures déjà présentes.
</p></div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/02FFMCvinc_preparatif.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">12h26</p>
<p>Les préparatifs commencent&nbsp;: à gauche du fourgon de la FFMC, avec son casque au côté, Éric, le délégué général du mouvement.
</p></div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/04FFMCvinc_accueil.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">13h02</p>
<p>Les manifestants sont accueillis en un point unique, à l&#8217;est de l&#8217;esplanade, au débouché de la route de la Pyramide.
</p></div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/03FFMCvinc_chacal.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">13h00</p>
<p>En charge de cette fonction, Chacal indique aux manifestants où se placer tout en leur distribuant un tract.
</p></div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/05FFMCvinc_mj.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">13h30</p>
<p>De dos, au milieu des policiers motocyclistes, Marie-Jo, la responsable du service d&#8217;ordre de la FFMC, discute avec ceux-ci du déroulement des opérations. A droite, avec son gilet orange, un volant, membre du service d&#8217;ordre qui a comme fonction de bloquer le premier les carrefours.
</p></div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/06FFMCvinc_police.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">13h30</p>
<p>Pour encadrer le défilé, et en particulier interdire aux automobilistes de forcer le passage et de compromettre la sécurité et l&#8217;intégrité du cortège, la Préfecture de Police a délégué onze motocyclistes chargés d&#8217;accompagner les manifestants. Il représentent à eux seuls, si l&#8217;on excepte les quelques policiers des brigades d&#8217;intervention présents en fin de parcours pour surveiller la dispersion, l&#8217;ensemble des effectifs affectés à cette tâche. Si l&#8217;on retient les chiffres fournis par la FFMC, le taux d&#8217;encadrement s&#8217;élève donc à un policier pour 900 manifestants. Évidemment, selon la police, c&#8217;est un peu plus.
</p></div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/07FFMCvinc_arrive_13h54.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">13h54</p>
<p>Le rendez-vous étant donné pour 14h00, les participants commencent à arriver en nombre. Chacal est toujours fidèle au poste.
</p></div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/08FFMCvinc_arrive.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">13h59</p>
<p>Sportives, gros custom, roadster classique, grande routière BMW et même un original tricycle Spyder : avec les salons et foires commerciales, la manifestation organisée par la FFMC reste le seul type d&#8217;événement susceptible de rassembler toutes les composantes d&#8217;un univers motard très segmenté.
</p></div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/09FFMCvinc_gold.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">14h05</p>
<p>Un contingent important de Goldwing, outil de travail habituel des entreprises de transport de personnes communément appelées <a href="http://sociomotards.net/2006/10/30/motards-de-circonstance/">&laquo;&nbsp;moto-taxis&nbsp;&raquo;</a>, sera de la partie. Entièrement dépendants de la circulation entre les files, principal objet revendicatif de la manifestation, les artisans exerçant cette activité se trouvent par ailleurs confrontés à une réglementation qui, en organisant cette profession neuve, procure un certain avantage aux principales entreprises du secteur, incitant les indépendants à se regrouper au sein d&#8217;un <a href="http://www.satpm.fr/index.php" target="_blank">syndicat</a> professionnel.
</div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/10FFMCvinc_so.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">14h11</p>
<p>Les membres du service d&#8217;ordre se rassemblent à l&#8217;ouest de l&#8217;esplanade, avenue Daumesnil et avenue des Minimes. On distingue, en orange, les volants, les plus expérimentés et les mieux formés, auxquels revient la mission périlleuse d&#8217;aborder les premiers les carrefours pour arrêter le trafic automobile. Cette tâche une fois accomplie, ils sont relayés par les flanqueurs, en jaune, qui doivent en principe maintenir cette position jusqu&#8217;au passage du dernier manifestant, puis remonter le cortège, et recommencer.<br />
Du fait de la participation massive, les effectifs du service d&#8217;ordre seront vite épuisés, et la queue du défilé naviguera de la place d&#8217;Italie à la place de la Bastille sans encadrement, ni protection.
</div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/11FFMCvinc_jeunes.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">14h16</p>
<p>Pour des participants qui, souvent, appartiennent à des groupes de petite taille et de toutes espèces, et se sont rassemblés à un endroit donné avant de faire route ensemble, la manifestation offre aussi une occasion de se retrouver entre gens du même monde, et entre connaisseurs. Avec la quasi-disparition des concentrations qui rythmaient le calendrier de la moto dans les années 1970 et 1980, les situations propices aux rencontres informelles ne sont pas si nombreuses.
</p></div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/12FFMCvinc_scoot.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">14h19</p>
<p>Les jeunes utilisateurs de cyclomoteurs font eux aussi partie des catégories qui possèdent des raisons spécifiques de manifester. Ils sont en effet sous la menace d&#8217;une <a href="http://www.securiteroutiere.gouv.fr/article.php3?id_article=3293" target="_blank">décision</a> récente, qui leur impose un contrôle technique expressément destiné à vérifier leur respect des normes de bridage de leurs machines, mesure qui a toutes les chances de se révéler impraticable, et de ne guère constituer qu&#8217;un motif d&#8217;incrimination, et de stigmatisation, supplémentaire.
</div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/13FFMCvinc_vieille.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">14h20</p>
<p>Les amateurs de petites vieilles n&#8217;hésitent pas à ressortir le costume d&#8217;époque.
</p></div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/14FFMCvinc_foule.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">14h21</p>
<p>Plus d&#8217;une demi-heure avant le départ, l&#8217;esplanade est complètement envahie ; pourtant, le flot des arrivants ne faiblit pas.
</p></div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/15FFMCvinc_filles.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">14h24</p>
<p>Même si, aujourd&#8217;hui encore, le milieu motard reste majoritairement masculin les femmes, passagères ou conductrices, en représentent une fraction significative.
</p></div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/16FFMCvinc_gs.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">14h25</p>
<p>On les retrouve au guidon des machines les plus diverses, comme ici la GS Adventure, imposant trail routier BMW. Pour des raisons historiques, sociologiques, voire banalement pratiques, puisque l&#8217;annonce d&#8217;une manifestation ne sera guère répercutée en dehors du milieu motard, l&#8217;assistance comprend essentiellement des motos, et des motards. Malgré tout, la thématique urbaine des revendications, l&#8217;effet d&#8217;une répression qui frappe de manière identique tous les usagers de deux et trois roues motorisés, l&#8217;intérêt enfin que certains utilisateurs de scooters, au travers de leurs <a href="http://www.club-scootergt.com/comptes-rendus/17481-cr-manif-ffmc-paris-13-mars.html" target="_blank">forums</a> Internet, montrent pour le mouvement motard, se traduisent par un élargissement de la participation, avec ici une Vespa, un couple sur une 125 cm³ et, en arrière plan, un scooter trois roues Gilera.
</div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/17FFMCvinc_ss.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">14h32</p>
<p>Cette période d&#8217;attente avant le début de l&#8217;action fournit aussi l&#8217;occasion de s&#8217;essayer à la position de conduite de la GSX-R du collègue.
</p></div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/18FFMCvinc_pano1.jpg" alt="" /><img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/19FFMCvinc_pano2.jpg" alt="" /><img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/20FFMCvinc_pano3.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">14h36</p>
<p>Le toit du fourgon de la FFMC, le plus haut point disponible, permet de constater l&#8217;ampleur de la mobilisation.
</p></div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/21FFMCvinc_adhere.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">14h39</p>
<p>Au pied du fourgon Jacques, responsable des adhésions à la FFMC ppc, engrange les cotisations. Si chaque antenne du mouvement reste, à l&#8217;intérieur d&#8217;un cadre assez souple, libre de mener les actions qui lui conviennent, il lui appartient de les financer. Normalement, et indépendamment des adhésions au mouvement, quelques volontaires passent quêter dans les rangs pour couvrir les frais spécifiques de la manifestation.
</p></div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/22FFMCvinc_brief.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">14h41</p>
<p>Dernier conciliabule au sein du service d&#8217;ordre avant le départ ; au centre, Marie-Jo.
</p></div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/23FFMCvinc_jm.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">14h48</p>
<p>Juste avant le départ, Jean-Marc, coordinateur de la puissance invitante, l&#8217;antenne FFMC Paris-Petite Couronne, chauffe l&#8217;esplanade, et présente les motifs de revendication, et le programme de la manifestation. Il annonce notamment le chiffre de 7200 participants : tactiquement, le premier à faire cette annonce a gagné et, en effet, le chiffre sera repris par l&#8217;AFP, puis porté à 8000 motos et 10 000 manifestants.<br />
La couverture de presse, squelettique, sera quasi-exclusivement le fait de radios et de télévisions : ainsi, le journaliste reporter d&#8217;images d&#8217;i&gt;TELE, à la droite de Jean-Marc, suivra l&#8217;ensemble du défilé, jusqu&#8217;à l&#8217;action finale. Une journaliste de <a href="http://www.france-info.com/france-societe-2010-03-13-manifestation-ronflante-de-motards-en-colere-417119-9-12.html" target="_blank">France Info</a> accompagnera par ailleurs Éric durant quelques kilomètres. La station régionale de France 3 s&#8217;en tiendra quant à elle au minimum syndical. À la seule et coutumière exception du Parisien qui, dans ses éditions papier aussi bien que sur le <a href="http://blog.leparisien.fr/roues_libres/2010/03/9-000-motards-sen-vont-au-bois.html" target="_blank">blog</a> tenu par deux de ses journalistes, relatera la manifestation, les quotidiens nationaux, comme à leur habitude, passeront totalement l&#8217;événement sous silence, ne diffusant même pas les dépêches d&#8217;agence.
</div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/24FFMCvinc_so.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">14h54</p>
<p>Le service d&#8217;ordre se met en place.
</p></div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/25FFMCvinc_depart.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">15h00</p>
<p>Départ dans quelques minutes.
</p></div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/26FFMCso.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">15h31</p>
<p>Un flanqueur au travail, un peu avant d&#8217;entrer sur le périphérique. Comme on le constate, sa position est essentiellement dissuasive, puisqu&#8217;il ne dispose pas des moyens physiques ou légaux qui lui permettraient d&#8217;interdire effectivement le passage aux automobilistes.<br />
Bien que la manifestation ait, comme toujours, été règlementairement déclarée, et accompagnée d&#8217;un communiqué de presse, la Préfecture de Police n&#8217;a diffusé l&#8217;information sur son <a href="http://www.prefecturedepolice.interieur.gouv.fr/circulation/circulations" target="_blank">site</a> que le matin même, se contentant de préciser horaires et parcours du défilé sans faire aucune allusion à sa nature. Les automobilistes ont donc quelque excuse de ne pas en être informés.
</div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/27FFMCperiph.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">15h38</p>
<p>Emprunté entre la porte de Charenton et la porte de Choisy, le boulevard périphérique intérieur fournira le premier terrain d&#8217;expression des revendications. Il s&#8217;agira, en utilisant les quatre voies et en ménageant un espace réglementaire entre chaque machine, de prendre, conformément au code de la route, autant de place qu&#8217;une automobile. Côté nord, le boulevard est bloqué par des flanqueurs et un fourgon de police.
</p></div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/28FFMCperiph.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">15h39</p>
<p>Alors que côté sud d&#8217;autre flanqueurs, disposés en file, indiquent par gestes aux manifestants la marche à suivre.
</p></div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/29FFMChopital.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">16h11</p>
<p>Boulevard de l&#8217;Hôpital, à hauteur de la rue Jeanne d&#8217;Arc, dans le troisième tiers du cortège. Celui-ci s&#8217;arrête pour reformer les rangs dispersés après un périlleux et difficile trajet depuis la porte d&#8217;Italie, au milieu des automobiles. À gauche, un volant remonte la file et rejoint la tête. La distance jusqu&#8217;au quai d&#8217;Austerlitz est de l&#8217;ordre du kilomètre ; l&#8217;espace est entièrement occupé par les manifestants.
</p></div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/30FFMChopital.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">16h12</p>
<p>Un peu plus bas, rue des Wallons, la densité des motos au mètre carré augmente sensiblement. Le cortège a déjà tourné à droite, en direction du pont Charles de Gaulle. Il rejoindra ensuite la place de la Bastille, puis la rue Saint-Antoine.
</p></div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/31FFMCst_ant.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">16h37</p>
<p>Rue Saint-Antoine, nouvel arrêt. Au loin, on aperçoit le début de la rue de Rivoli.
</p></div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/32FFMCst_ant.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">16h42</p>
<p>Après quelques minutes de marche, on approche enfin de la queue du cortège, qui bloque la rue Saint Antoine jusqu&#8217;à la place de la Bastille.
</p></div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/33FFMCmetro.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">17h24</p>
<p>Le plus souvent, la manifestation s&#8217;accompagne d&#8217;une action, terme qui, dans le langage de la FFMC, désigne une opération particulière, brève, menée par un nombre limité de participants, parfois illégale, souvent humoristique, et qui vise à mettre en valeur un motif spécifique de revendication. Ici, il s&#8217;agit de prendre au mot la Déléguée Interministérielle à la Sécurité Routière qui <a href="http://blogs.motomag.com/concertation2RM/index.php?post/Main-de-velours-et-gant-de-fer" target="_blank">conseillait</a> voici peu aux motards mécontents de prendre le métro.<br />
Annoncée à Vincennes, préparée par la distribution de tickets aux volontaires, l&#8217;action aura donc lieu à la station de métro Hôtel de Ville, où quelques dizaines de participants casqués tenteront de monter dans une rame, retardant ainsi son départ de quelques minutes.
</div>
<div id="style.css" class="FFMCpic">
<img src="http://sociomotards.net/wp-content/images/34FFMCfin.jpg" alt="" /></p>
<p class="FFMCtitre">17h28</p>
<p>A 17h30, place de l&#8217;Hôtel de Ville, un peu avant la fin du parcours prévu qui devait s&#8217;achever place du Châtelet, Jean-Marc annonce la dispersion. Le panneau d&#8217;affichage municipal indique une température de 7°C. Nombreux sont ceux qui ont encore une longue route à faire.
</p></div>
<p>Ne reste donc plus, après les images, qu&#8217;à tenter de rendre compte, sinon des discours prononcés lors des pauses durant le défilé, inaudibles faute de relais efficaces le long du cortège, du moins d&#8217;une ambiance sonore de haute intensité, avec les moteurs, les accélérations à l&#8217;arrêt, les avertisseurs sonores, les sifflets et sirènes apportés par les participants, et les limiteurs de régime, qui provoquent de fortes détonations lorsqu&#8217;ils entrent en service. Enregistré à l&#8217;aide d&#8217;un dictaphone et de son micro, perturbé par le vent et les bruits de manipulation, le son ainsi produit, fortement compressé, ne rend malheureusement guère compte de l&#8217;amplitude du volume sonore d&#8217;origine. <a href="http://sociomotards.net/wp-content/files/100313FFMCppc_manif.ogg">Ça</a> s&#8217;écoute à fond.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>roulez jeunesse</title>
		<link>http://sociomotards.net/2010/02/05/roulez-jeunesse/</link>
		<comments>http://sociomotards.net/2010/02/05/roulez-jeunesse/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 05 Feb 2010 18:26:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Denis Berger</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://these.mondomicile.perso/?p=101</guid>
		<description><![CDATA[A l&#8217;automne 1979, le mouvement motard français qui, déjà, depuis plusieurs années, par ses manifestations comme dans ses contacts avec les pouvoirs publics, en particulier le Ministère de la Jeunesse et des Sports, revendiquait, pour la création d&#8217;un circuit de vitesse qui deviendra Carole, ou contre les fortes hausses que leur imposaient des compagnies d&#8217;assurance [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A l&#8217;automne 1979, le mouvement motard français qui, déjà, depuis plusieurs années, par ses manifestations comme dans ses contacts avec les pouvoirs publics, en particulier le Ministère de la Jeunesse et des Sports, revendiquait, pour la création d&#8217;un circuit de vitesse qui deviendra Carole, ou contre les fortes hausses que leur imposaient des compagnies d&#8217;assurance cherchant à leur faire supporter seuls le coût d&#8217;accidents dont ils étaient rarement responsables, connut une brusque intensification des luttes. Affrontant la politique ouvertement prohibitionniste initiée par le Délégué Interministériel à la Sécurité Routière, Christian Gérondeau, sous la menace de l&#8217;extension aux motocycles de la taxe différentielle sur les véhicules à moteur, plus communément appelée vignette, disposant, en somme, grâce à la complaisance des pouvoirs publics, de thèmes mobilisateurs, un activisme jusque là assez peu virulent et essentiellement parisien se développa en une vague de manifestations qui touchèrent toute la France et ne prirent provisoirement fin qu&#8217;avec l&#8217;arrivée de la gauche au pouvoir, en mai 1981. Personne ne l&#8217;ignore, c&#8217;est ainsi que naquit, voilà exactement trente ans, la <a href="http://www.ffmc.asso.fr/spip.php?article106" target="blank">FFMC</a> ; mais au-delà de l&#8217;action collective, et réactive, ce mouvement rendait visible dans l&#8217;espace politique une dimension sociale nouvelle, celle de ces jeunes motards, population essentiellement masculine et souvent de condition modeste, et qui, presque disparue durant les années soixante lorsque la moto n&#8217;était plus que l&#8217;affaire de quelques esthètes, et des blousons noirs, connaissait alors une véritable explosion.</p>
<p>D&#8217;un point bas touché en 1967, avec seulement 11 838 immatriculations de motocycles neufs, l&#8217;arrivée des motos japonaises, la diffusion d&#8217;une culture libertaire caractéristique de cette jeunesse du baby-boom, poussèrent en un élan continu les immatriculations annuelles jusqu&#8217;au chiffre de 136 399 unités en 1980, soit précisément au moment de plus grande intensité des luttes, un record qui ne sera pas battu avant 1997.</p>
<p>Même si, dans l&#8217;absolu, et comparés aux automobilistes, les motards restaient peu nombreux, un tel changement, comme aujourd&#8217;hui le développement urbain du scooter, ne pouvait manquer d&#8217;intriguer tous ceux qui, d&#8217;une façon ou d&#8217;une autre, ont comme fonction de s&#8217;intéresser à la réalité sociale, démographes, statisticiens, journalistes, psychosociologues, parlementaires même. Par l&#8217;effet d&#8217;une étrange cécité qui perdure encore largement aujourd&#8217;hui, seuls les sociologues manquent à l&#8217;appel : de son expérience acquise à ce moment-là dans un moto-club pirate du Creusot, <a href="http://terrain.revues.org/index3104.html" target="_blank">François Portet</a> ne rendra compte qu&#8217;en 1994. De fait, on peut ainsi constituer un petit corpus de textes qui, d&#8217;une façon ou d&#8217;une autre, traitent à ce moment-là des deux-roues motorisés. A ces textes, il est intéressant de faire dire ce qu&#8217;ils ne disent pas vraiment, de les employer, en somme, en tant que matériau sociologique pour eux-mêmes, et pas pour leurs énoncés. Car entre les lignes, dans les marges, ici dans la surprise, là dans l&#8217;intérêt, parfois dans la réprobation, dans tout ce qui sort du strict objet scientifique ou réglementaire auquel les auteurs se consacrent, se lisent des positions et des représentations, des préjugés et des attentes, qui dévoilent des attitudes sans doute bien plus globales, et largement partagées, que celles de leurs seuls auteurs, et concernent une catégorie bien plus large que les seuls motards, mais avec laquelle ceux-ci étaient alors totalement confondus, la jeunesse. Obtenu par l&#8217;intermédiaire d&#8217;un irremplaçable <a href="http://www.authueil.org/" target="_blank">assistant</a> parlementaire, le compte-rendu de la discussion sur la loi de finances pour 1980 qui eut lieu à l&#8217;Assemblée Nationale le 20 octobre 1979, et durant laquelle une majorité de droite décida la création de la vignette moto, mérite, par sa richesse factuelle et symbolique, que l&#8217;on s&#8217;y intéresse en premier lieu.</p>
<h3>dans l&#8217;hémicycle</h3>
<p>Ce n&#8217;est pas tant le principe de l&#8217;impôt qu&#8217;il convient d&#8217;analyser ici : l&#8217;exonération dont les motocycles avaient jusqu&#8217;ici bénéficié s&#8217;expliquait en effet par de très ordinaires raisons pratiques. Et de la même façon que la taxation d&#8217;une classe de véhicules dont on ne dénombrait que quelques dizaines de milliers d&#8217;unités se serait révélée sans objet, il était inévitable que la forte croissance des effectifs de cette même classe excitât la convoitise d&#8217;une administration fiscale toujours insatiable, et d&#8217;un État déjà impécunieux. L&#8217;affrontement entre une gauche dans laquelle le PC et le PS disposaient de forces sensiblement égales, et une droite où règne sans partage la figure du président de la commission des finances, le RPR <a href="http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/trombinoscope/Vrepublique/Legis05/vivien-robert-andre-21021923.asp" target="_blank">Robert-André Vivien</a>, laissant dans l&#8217;ombre le ministre du budget du gouvernement Barre, Maurice Papon, se fera en opposant deux thématiques, la justice sociale contre l&#8217;équité. A l&#8217;évidence fort bien renseignés, le communiste <a href="http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/trombinoscope/Vrepublique/Legis05/jans-parfait-07071926.asp" target="_blank">Parfait Jans</a>, député-maire de Levallois-Perret et membre de la commission des finances, et le tout jeune député socialiste de Seine-Maritime, <a href="http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/trombinoscope/Vrepublique/Legis06/fabius-laurent-20081946.asp" target="_blank">Laurent Fabius</a>, mettront en avant les propriétés sociométriques d&#8217;une population de motards alors très majoritairement composée d&#8217;hommes jeunes et de faible niveau social, ouvriers et employés pour l&#8217;essentiel, dont les ressources financières limitées souffriraient de cette ponction supplémentaire. Fort habilement, Laurent Fabius illustrera cet argument en allant chercher des exemples dans son électorat :</p>
<p><em>&laquo;&nbsp;Je voudrais vous lire (&#8230;) deux témoignages que j&#8217;ai recueillis dans ma région. Il s&#8217;agit de deux jeunes qui font de la moto et qui expliquent leur réaction  par rapport à cette proposition. Une employée à l&#8217;INRA déclare : &laquo;&nbsp;Je fais de la moto depuis dix ans. Je gagne environ 3 000 francs par mois. C&#8217;est tout juste pour venir à bout de l&#8217;entretien de ma 750 Kawa. Si la vignette vient s&#8217;ajouter à l&#8217;assurance monumentale, je n&#8217;y arriverai plus. (&#8230;) Je trouve dommage &#8230;&nbsp;&raquo; &#8211; me dit cette jeune femme &#8211; &laquo;&nbsp;&#8230; de priver des milliers de jeunes qui, comme moi, ont la passion de la moto. On finit par se demander dans quel but le Gouvernement suggère une telle mesure.&nbsp;&raquo; (&#8230;)</em></p>
<p><em>Une autre jeune, qui a vingt et un ans et qui est propriétaire d&#8217;une 1000, répond à la question que pose sa collègue : &laquo;&nbsp;Pour des raisons économiques, pour trouver de l&#8217;argent, on s&#8217;en prend à tout le monde, et pourquoi pas, alors, dit le Gouvernement, aux motards ? Les responsables&#8230;&nbsp;&raquo; &#8211; ajoute cette jeune femme &#8211; &laquo;&nbsp;&#8230; ne s&#8217;embarrassent pas de scrupules en prenant en considération la condition sociale de leur propriétaire. Mais alors qu&#8217;on ne parle pas de justice.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p>Masquée sous l&#8217;ordinaire position du député se faisant le porte-parole de son électorat, on remarque la subtilité avec laquelle Laurent Fabius argumente, choisissant, dans un monde d&#8217;hommes, de faire parler des femmes, sortant du cercle étroit de la défense corporatiste des motards pour passer à ceux, bien plus vastes et bien plus nobles, de la jeunesse, et de l&#8217;injustice sociale ; il conclura son intervention en ces termes :</p>
<p><em>&laquo;&nbsp;Je me résume : nous sommes opposés à toute disposition qui aurait pour effet d&#8217;opérer un prélèvement supplémentaire sur le pouvoir d&#8217;achat de familles et de jeunes de condition souvent très modeste. C&#8217;est la raison pour laquelle nous avons déposé un amendement en ce sens auquel nous tenons, au nom même de la solidarité qui nous lie aux motards.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p>Député communiste, Parfait Jans développe un argumentaire plus en ligne avec les préoccupations du parti, la lutte sociale, et la défense de l&#8217;emploi menacé. Dans son intervention, il dresse un parallèle entre un marché entièrement au mains des importateurs japonais, et les capacités de l&#8217;industrie nationale illustrées par les victoires de la <a href="http://alaincortotracing.techneologies.com/data_site/photos-moto/moto-motobecane-125-grand-prix-bertin-alaincortotracing.com-01.jpg" target="_blank">125</a> Motobécane pilotée par Guy Bertin, pour plaider contre la taxe, et pour le soutien à Motobécane. Mais sa conclusion fait intervenir un nouvel acteur, le mouvement motard qui se cristallise alors dans son opposition à la vignette :</p>
<p><em>&laquo;&nbsp;La lutte de milliers de motocyclistes pour empêcher que soit prise cette scandaleuse mesure vient ainsi compléter celle des travailleurs de<br />
Motobécane contre les licenciements et la destruction de leur outil de travail&nbsp;&raquo;</em>.</p>
<p>Historiquement fondée, cette proximité entre la gauche et une FFMC en devenir n&#8217;a pas échappé à l&#8217;adversaire, Robert-André Vivien, qui répond en ces termes à Parfait Jans :</p>
<p><em>&laquo;&nbsp;Je peux vous dire d&#8217;ailleurs que vous avez très mal servi la cause des motards hier soir en les mobilisant. J&#8217;ai reçu les représentants nationaux des motards. Ce sont des gens sérieux, pondérés. Ils m&#8217;ont fait part de leurs inquiétudes à l&#8217;égard d&#8217;une récupération politique par le parti communiste d&#8217;un mouvement d&#8217;indignation des jeunes.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p>Et se présente, lui aussi, comme à l&#8217;écoute d&#8217;une revendication motarde sans doute portée par les organisations concurrentes de la future FFMC, et nettement plus coopératives, ce qui lui permet, à son tour, de développer ses arguments :</p>
<p><em>&laquo;&nbsp;Motard ne signifie pas nécessairement &laquo;&nbsp;loubard&nbsp;&raquo; (&#8230;) S&#8217;occuper des motards, ce n&#8217;est pas seulement s&#8217;occuper de ceux qui font du bruit à Paris autour du périphérique (&#8230;) C&#8217;est s&#8217;occuper également de ceux qui partent très tôt le matin et qui n&#8217;ont pas de transports en commun à leur disposition. (&#8230;) C&#8217;est s&#8217;occuper également de ceux qui pratiquent un sport&nbsp;&raquo;</em>.</p>
<p>Au nom de ces usagers, et de ces usages, apolitiques, puisque leurs revendications, quand elles existent, ne s&#8217;exercent pas sur ce terrain, le président de la commission des finances va, dans un long développement, faire à la fois la preuve d&#8217;une connaissance du milieu motard, parlant de <em>&laquo;&nbsp;gros cubes</em>&laquo;&nbsp;, évoquant ce <em>&laquo;&nbsp;vêtement de cuir, équipement fort nécessaire pour faire de la moto&nbsp;&raquo;</em>, suffisamment bonne pour qu&#8217;on puisse envisager qu&#8217;il en possède une expérience personnelle, et, déplorant le taux de TVA qui s&#8217;applique à ces mêmes vêtements aussi bien que le coût de l&#8217;assurance des motocyclistes, se faire à son tour le porte-parole des revendications motardes. Il exposera plus loin d&#8217;autres sujets qu&#8217;il considère comme légitimes, contestant la réforme d&#8217;un permis moto élaborée <em>&laquo;&nbsp;dans des conditions telles que la concertation n&#8217;a pas été la règle d&#8217;or&nbsp;&raquo;</em>, ou mettant en doute l&#8217;appréciation officielle de l&#8217;accidentalité des motards, donc les affirmations de Christian Gérondeau : <em>&laquo;&nbsp;Quant à la part de responsabilité des motos de grosse cylindrée dans les accidents de la route, est-elle si considérable qu&#8217;on le prétend ? On m&#8217;a fourni des chiffres que je m&#8217;interdis de présenter à l&#8217;Assemblée car je n&#8217;en ai pas la confirmation, mais le Gouvernement s&#8217;honorerait en essayant de cerner la vérité&nbsp;&raquo;</em>.</p>
<p>Dans un monde motard qui s&#8217;agite depuis quelques années déjà, et dont la contestation se cristallise autour des trois revendications principales que sont la réforme du permis moto, le coût prohibitif des assurances et le refus de la vignette, deux tendances émergent en cette fin 1979. Nettement marquée à gauche, la mouvance qui regroupe autour de Jean-Marc Maldonado des militants politiques et syndicaux proches du PC et du PS, et qui donnera quelques mois plus tard naissance à la FFMC, trouve en Laurent Fabius et Parfait Jans des relais dans l&#8217;assemblée aussi attentifs que bien informés. Mais avec Robert-André Vivien, le RPR de Jacques Chirac montre que, grâce sans doute aux organisations qui, un peu plus tard, abandonneront le terrain à la seule FFMC et se proclament apolitiques ce qui, dans le langage de l&#8217;époque, signale d&#8217;abord une absence d&#8217;engagement à gauche, il dispose lui aussi d&#8217;informateurs compétents et accepte volontiers, contre le gouvernement de Raymond Barre, contre les thèses de l&#8217;appareil d&#8217;État, de s&#8217;en faire le porte-parole. Ainsi, grâce à lui, l&#8217;assiette de la nouvelle taxe sera réduite puisque, alors que le projet initial prévoyait de la percevoir sur toutes les motos de plus de 500 cm³, la loi s&#8217;appliquera seulement aux cylindrées supérieures à 750 cm³. Sans doute en partie, à six mois des présidentielles, dans une perspective électoraliste, si la droite et la gauche s&#8217;affrontent, c&#8217;est en se posant l&#8217;une comme l&#8217;autre en défenseurs d&#8217;une cause motarde qui se trouve ainsi légitimée. Et tout en stigmatisant les &laquo;&nbsp;loubards&nbsp;&raquo;, un député UdF parisien prend soin de préciser que son <em>&laquo;&nbsp;intervention ne revêt aucun caractère &laquo;&nbsp;motophobe&nbsp;&raquo;. Je ne suis pas persuadé que tous les motards soient des loubards, encore que certaines manifestations qui ont eu lieu dans les rues de Paris ces dernières semaines tendent à montrer qu&#8217;un certain nombre de loubards se comptent parmi eux&nbsp;&raquo;.</em> En somme, on s&#8217;oppose, assez classiquement, sur les moyens de l&#8217;action &#8211; la manifestation de rue contre le recours au patronage d&#8217;un élu &#8211; sur ses modalités, sur les proximités politiques et sociales que ces modalités suggèrent. Mais, même avec des discours et des objectifs distincts, droite comme gauche évitent soigneusement toute stigmatisation de l&#8217;univers motard, et notamment parce que celui-ci s&#8217;identifie à une population que l&#8217;on souhaite ménager, et à laquelle on accorde alors le bénéfice de l&#8217;indulgence, la jeunesse.</p>
<h3>chez les experts</h3>
<p>Ni la discussion d&#8217;un projet de loi fiscale, ni même les débuts de l&#8217;activisme motard ne risquaient alors de retenir l&#8217;attention de chercheurs spécialistes de sciences sociales ; l&#8217;époque voit pourtant la publication de plusieurs travaux, qui témoignent de l&#8217;émergence de cette catégorie nouvelle, tentent, à partir des informations disponibles, de définir ses propriétés et, par ailleurs, font preuve d&#8217;une neutralité, et parfois d&#8217;une sympathie, d&#8217;autant plus remarquables qu&#8217;elles contrastent fortement avec les positions que les mêmes acteurs adopteraient aujourd&#8217;hui à l&#8217;égard des mêmes motocyclistes. Les deux premiers textes de ce très court corpus se fondent sur l&#8217;analyse des données statistiques produites par l&#8217;INSEE, en l&#8217;espèce l&#8217;enquête Transports de 1974. Menée avec une périodicité irrégulière mais approximativement décennale, cette étude fait partie des grosses machines de l&#8217;INSEE, puisque la <a href="http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=sources/ope-enq-transports-deplac-2007.htm">dernière</a> en date, en 2007 et 2008, impliquait la participation de plus de 20 000 foyers qui chacun reçoivent deux visites d&#8217;un enquêteur venu administrer un copieux questionnaire. S&#8217;intéressant à tous les modes de déplacements, elle va nécessairement permettre de recueillir des données sur les deux-roues motorisés. Sauf que, en 1974, après la traversée du désert des années 1960, le taux des ménages équipés reste très faible : Dominique Fleury qui, pour le compte de l&#8217;Institut de Recherche des Transports, ancêtre de l&#8217;INRETS, effectue une recherche d&#8217;abord publiée sous la forme d&#8217;un article dans <a href="http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/estat_0336-1454_1978_num_98_1_3080" target="_blank">Economie et Statistique</a> en 1978, puis dans un <a href="http://temis.documentation.equipement.gouv.fr/documents/temis/15062/15062_49.pdf">rapport</a> plus détaillé en 1980, recense ainsi, parmi les 12 500 foyers de l&#8217;enquête INSEE, seulement 90 motocyclettes.<br />
La faiblesse de cet effectif ne l&#8217;empêche pourtant pas de se livrer à une assez hasardeuse exploration sociométrique, qui, faute d&#8217;effectifs, atteint vite les limites de la validité statistique. C&#8217;est qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;expliquer ce <em>&laquo;&nbsp;phénomène deux roues&nbsp;&raquo;</em>, et d&#8217;identifier son instigateur : <em>&laquo;&nbsp;L&#8217;utilisateur-type de deux roues à moteur est l&#8217;homme jeune. La jeunesse du conducteur habituel est particulièrement frappante dans le cas de la motocyclette. Dans 55 % des cas, un moins de 25 ans est juché sur ce type de machine&nbsp;&raquo;</em> (Fleury, Économie et statistique, 1978 vol 98 n°1 p. 69). L&#8217;auteur conclura son article par un paragraphe qui, sortant du strict commentaire statistique, dévoilera une position là encore dénuée d&#8217;antipathie, tout en restant pleinement d&#8217;actualité : <em>&laquo;&nbsp;D&#8217;aucuns expliquent ces évolutions rapides par des modes éphémères, d&#8217;autres par la nécessité d&#8217;un substitut à la circulation automobile qui sature de plus en plus les centres-ville, ou par un souci d&#8217;économie et de retour à la nature. Certains voient dans ces véhicules des engins instables et dangereux, d&#8217;autres un symbole de liberté, et tous réagissent de façon passionnée&nbsp;&raquo;</em>.</p>
<p>Il est tout à fait symptomatique de constater que les éditions suivantes de la même enquête n&#8217;ont, a priori et d&#8217;après les bibliothécaires de l&#8217;INSEE, et malgré la hausse continue de l&#8217;équipement des ménages, donné lieu à aucune exploitation du même ordre. Les immatriculations annuelles de motocycles ont pourtant triplé, passant de 81 000 en 1974 à 240 000 en 2008 : ces effectifs bien plus fournis à la fois améliorent la validité des données recueillies par l&#8217;INSEE, et augmentent la pertinence d&#8217;une enquête spécifiquement consacrée aux eux-roues. Le renversement des positions, puisque l&#8217;INSEE a cessé de s&#8217;intéresser au &laquo;&nbsp;phénomène deux roues&nbsp;&raquo; alors même que celui-ci prenait de l&#8217;ampleur, montre sans doute à quel point, la nouveauté une fois passée, l&#8217;institution se désintéresse de cette pratique, parce qu&#8217;elle reste minoritaire, peut-être aussi parce que, rapidement, sa légitimité va être mise en cause. En dehors de l&#8217;INSEE, une seule et unique enquête par questionnaire, conduite en deux vagues auprès de publics motocyclistes, et destinée à mieux connaître aussi bien les praticiens que les pratiques, semble avoir été commanditée à un échelon ministériel. Et elle sera menée précisément en 1974, sur commande du Secrétariat à la Jeunesse et aux Sports, lequel, cherchant ainsi à mieux connaître une population jeune et souvent sportive, et à répondre à ses attentes, en particulier en matière d&#8217;infrastructures sportives, restait étroitement dans son rôle.</p>
<p>Quelques années plus tard et dans un contexte tout différent, Monique Fichelet, psychosociologue chargée de mission à la Sécurité Routière et auprès de son Délégué, Pierre Mayet, tirera de son expérience un <a href="http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ds_0378-7931_1984_num_8_1_1399" target="_blank">article</a> paru en 1984 dans Déviance et Société. L&#8217;arrivée de la gauche au pouvoir se manifeste aussi dans les couloirs du Ministère des Transports, puisqu&#8217;à la politique <em>&laquo;&nbsp;nourrie de l&#8217;idéologie technico-économique dominante à une époque où la rationalisation des choix budgétaires était en quelque sorte l&#8217;alpha et l&#8217;oméga des milieux de la décision&nbsp;&raquo;</em> caractéristique de la manière de Christian Gérondeau, le prédécesseur de Pierre Mayet, et dont l&#8217;efficacité a vite trouvé ses limites, Monique Fichelet oppose la nouvelle politique de Pierre Mayet qui introduit <em>&laquo;&nbsp;une approche qualitative et une remise en question des pratiques administratives classiques&nbsp;&raquo;</em>, notamment avec <a href="http://dirtydenys.net/index.php?post/2006/12/24/166-feue-sur-l-expertise-citoyenne">REAGIR</a>, un programme que l&#8217;on qualifierait aujourd&#8217;hui de participatif et qui, impliquant une collaboration entre acteurs administratifs et associatifs, ne pouvait manquer de rencontrer la FFMC.</p>
<p>C&#8217;est qu&#8217;une politique de ce type a besoin d&#8217;acteurs collectifs, représentant les usagers de la route : et, alors comme aujourd&#8217;hui, personne d&#8217;autre que la FFMC ne peut représenter le point de vue des motocyclistes. Monique Fichelet, dissimulant ses sentiments personnels sous un discours neutre, retrace le cheminement d&#8217;un parcours d&#8217;abord emprunt de réticence, puisque : <em>&laquo;&nbsp;(&#8230;) le dialogue, d&#8217;abord difficile, qui s&#8217;est instauré depuis un an entre le Délégué Interministériel et cette fraction des usagers de la route souvent rejetée par l&#8217;opinion comme déviante : les jeunes amateurs de moto (Fédération Française des Motards en Colère)&nbsp;&raquo;</em> portera ses fruits avec <em>&laquo;&nbsp;un projet de réforme du permis moto qui satisfait les deux parties.&nbsp;&raquo;</em> Plus globalement, citant un communiqué de la FFMC, Monique Fichelet se félicitera que : <em>&laquo;&nbsp;La référence à des notions comme « l&#8217;auto-responsabilité » ou la prise en compte de la sécurité routière comme « affaire de tous » constitue une véritable mutation dans un discours d&#8217; « usager ». Il semble que l&#8217;on n&#8217;ait, pour une fois, plus affaire à deux logiques irréductibles : celle du pouvoir, des décideurs, des technocrates&#8230;, d&#8217;un côté et, de l&#8217;autre, celle des administrés, des usagers, des justiciables&#8230; Il semble que, cette fois, l&#8217;administré cède la place au citoyen&nbsp;&raquo;.</em><br />
La surprise de l&#8217;universitaire, laquelle, au départ, partage à l&#8217;évidence le préjugé qu&#8217;elle décrit à l&#8217;égard de cette jeunesse déviante, sera donc d&#8217;autant plus grande qu&#8217;elle trouvera auprès des activistes de la FFMC des interlocuteurs, des partenaires, et des partenaires dont le militantisme associatif même les conduira à soutenir d&#8217;autant plus la politique de Pierre Mayet que, dans sa dimension participative, celle-ci correspondait finalement à leurs attentes. Mais ce préjugé, cette surprise, et cette satisfaction, tout en témoignant encore d&#8217;une certaine sympathie à l&#8217;égard du monde motard, montre à quel point celui-ci, dix ans après les premiers travaux de Michel Fleury, reste encore un univers inconnu.</p>
<h3>le jeune et le risque</h3>
<p>Rien d&#8217;autre ne rapproche le compte-rendu d&#8217;un débat parlementaire, une analyse de données statistiques, et la description des particularités d&#8217;une politique publique faite par l&#8217;un des experts qui ont pris part à son élaboration que leur sujet commun, les motards. Mais, au-delà de la disparité des contextes et des positions des intervenants, ces textes témoignent à la fois d&#8217;une même nécessité, celle de mieux connaître une population étrange et étrangère, puisqu&#8217;on la rencontre pour la première fois et qu&#8217;elle cumule deux propriétés inhabituelles, la jeunesse et la pratique de la moto, et d&#8217;une commune approche, une curiosité emprunte de sympathie et, parfois même, d&#8217;empathie. On retrouvera ces mêmes propriétés dans d&#8217;autres occasions, en particulier dans ce reportage de Temps présent, le grand magazine de la Télévision Suisse Romande, simplement intitulé <a href="http://archives.tsr.ch/player/route-motards" target="_blank">Les Motards</a>. Diffusé en 1972 et réalisé par Claude Goretta, lequel fut, avec Alain Tanner et Michel Soutter, un des principaux représentants de cette nouvelle vague du cinéma helvétique dont les protagonistes avaient fait leur premières armes à la télévision, ce document qui, tout en cherchant à varier les portraits, s&#8217;appuie essentiellement sur les pratiques d&#8217;une bande d&#8217;un bar à motards, en plus de son exceptionnelle valeur ethnographique, relève bien de la même approche de ce monde inconnu et qui, quelques années plus tard, aura cessé d&#8217;intéresser.</p>
<p>Ce qu&#8217;on voit ici à l&#8217;œuvre et qui, depuis lors, a disparu, c&#8217;est une tolérance à l&#8217;égard d&#8217;une pratique dont on sait qu&#8217;elle génère un risque supérieur à celui qui est généralement posé comme norme, mais dont le risque sera à peine évoqué, et jamais stigmatisé. Ainsi, le même député UdF qui se défendait de toute &laquo;&nbsp;motophobie&nbsp;&raquo; déclarait : <em>&laquo;&nbsp;M. Jans, qui est très bien informé et qui a donné des chiffres précis, a souligné combien les primes d&#8217;assurances étaient élevées pour les motocyclettes. Mais je lui rappelle que si ces primes sont élevées, c&#8217;est parce que les risques le sont également&nbsp;&raquo;</em> précisait au préalable qu&#8217;il <em>&laquo;&nbsp;admire et apprécie le sport motocycliste et les belles mécaniques&nbsp;&raquo;</em>. Cette conception, en quelque sorte, adulte, du risque, comme épreuve à affronter, et épreuve fondatrice sans laquelle la jeunesse ne serait pas pleinement jeunesse, vivait alors ses derniers instants. Et elle doit sans doute beaucoup aux parcours, à gauche comme à droite, de la fraction la plus âgée du personnel politique alors en poste, et dont on pourra trouver un type emblématique en la personne d &#8216;André Jarrot, Ministre de la &laquo;&nbsp;Qualité de la Vie&nbsp;&raquo; entre mai 1974 et janvier 1976 et donc, à ce titre, exerçant sa tutelle sur le Secrétariat à la Jeunesse et aux Sports.</p>
<p>Electromécanicien, <a href="http://www.ordredelaliberation.fr/fr_compagnon/497.html" target="_blank">Compagnon</a> de la Libération, André Jarrot sera aussi, avant la Seconde Guerre Mondiale, champion motocycliste. En 1974, <a href="http://vibmoto.free.fr/monneret.htm" target="_blank">Georges Monneret</a> disait de lui dans Moto-Journal : <em>&laquo;&nbsp;on l&#8217;appelait le Dingue : il était impossible à suivre sur la route&nbsp;&raquo;.</em> Résistant, spécialiste du sabotage des installations électriques, André Jarrot participera aux combats jusqu&#8217;en mai 1945, où il sera parachuté près de Hambourg. On comprend que pour les hommes de sa génération, comme pour un Robert-André Vivien qui, plus jeune, a fait partie du corps expéditionnaire français durant la guerre de Corée, la notion de risque revête une signification très éloignée de celle que peut lui accorder le sens commun.</p>
<p>Mais cette absence d&#8217;a priori négatif à l&#8217;égard d&#8217;une population qui, par son âge, son niveau social et ses pratiques, n&#8217;avait rien de commun avec ces députés RPR que, dix ans après mai 1968, l&#8217;on pouvait difficilement suspecter d&#8217;entretenir avec elle une profonde connivence, soulève quelques interrogations. Cette tolérance si contraire à la pratique actuelle des mêmes acteurs politiques, cette mansuétude sans doute un peu paternaliste envers une jeunesse dont on accepte les débordements trouve peut-être son principe dans une situation sociale et économique qui, depuis lors, s&#8217;est profondément modifiée. La jeunesse, devenue un problème, celui du chômage en particulier là où, alors, elle était encore une solution, cette génération nouvelle qui allait pousser encore un peu plus loin le progrès et le bien-être, perdra progressivement sa capacité à influer sur les rapports de forces politiques, et son autonomie. Et le risque ou, plus précisément, la capacité à le définir, son contenu, son degré d&#8217;acceptation, en un mot ce construit social par excellence, infiniment variable en fonction des critères les plus divers, va voir ses propriétés bouleversées, et sa polarité s&#8217;inverser puisque, dans le secteur étroit des accidents de la route, la rançon inévitable du progrès deviendra une intolérable saignée,  que, comme d&#8217;autres avant lui, Christian Gérondeau comparera à une situation de guerre, au moment même où, pour les citoyens européens, celle-ci, de plus en plus, se réduisait à un souvenir. Cette métaphore, pour ceux qui avaient connu les combats, devait sans doute paraître, pour le moins, outrancière ; mais, biologie oblige, ceux-ci devenaient de moins en moins nombreux. Ainsi a pu naître et prospérer cette &laquo;&nbsp;société du risque&nbsp;&raquo; dans lequel celui-ci devenait un enjeu d&#8217;autant plus cardinal que son importance objectivement mesurable diminuait et, donc, qu&#8217;il se déplaçait pour l&#8217;essentiel sur le seul terrain de la subjectivité, contre laquelle la raison lutte en vain. Cette évolution permettait à des acteurs d&#8217;une nature nouvelle, comme les associations de victimes de la route, de définir en quoi, et à quel hauteur, il était acceptable. Comme on le sait, ce niveau est très bas, et diminue sans cesse : légitimé comme une norme, il permet dès lors à ces acteurs de disqualifier les pratiques &laquo;&nbsp;à risque&nbsp;&raquo; quand bien même elles ne mettraient personne d&#8217;autre en danger que leurs adeptes, et, donc, à l&#8217;opposé des positions lisibles dans les textes analysés ici, de justifier la prohibition des motocyclettes.</p>
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		<title>la longue durée</title>
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		<pubDate>Tue, 26 May 2009 15:40:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Denis Berger</dc:creator>
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		<description><![CDATA[On sait, pour l&#8217;avoir &#233;voqu&#233; &#224; mainte reprises, &#224; quel point le discours explicatif et justificatif pr&#233;sent&#233; par le Comit&#233; Interminist&#233;riel de S&#233;curit&#233; Routi&#232;re depuis sa cr&#233;ation, en 1973, se contente, dans sa communication destin&#233;e au grand public, de recenser les m&#234;mes causes, et de ressasser les m&#234;mes effets. Les accidents, en simpliifant, sont dus [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>On sait, pour l&#8217;avoir &eacute;voqu&eacute; &agrave; mainte reprises, &agrave; quel point le discours explicatif et justificatif pr&eacute;sent&eacute; par le Comit&eacute; Interminist&eacute;riel de S&eacute;curit&eacute; Routi&egrave;re depuis sa cr&eacute;ation, en 1973, se contente, dans sa communication destin&eacute;e au grand public, de recenser les m&ecirc;mes causes, et de ressasser les m&ecirc;mes effets. Les accidents, en simpliifant, sont dus &agrave; l&#8217;alcool et &agrave; la vitesse, et les victimes en sont d&#8217;innocents pi&eacute;tons, de pauvres cyclistes, mais surtout ces incorrigibles <a href="http://www2.securiteroutiere.gouv.fr/data/revue/revue145/dossier/dossier_un.html" target="_blank">motocyclistes</a> qui s&#8217;obstinent &agrave; rouler trop vite, et ne font pas preuve d&#8217;une sobri&eacute;t&eacute; exemplaire. Ainsi, les bonnes ann&eacute;es, comme en <a href="http://www2.securiteroutiere.gouv.fr/vos-infos/presse/communiques/2-2005/CP_10-05-05.html" target="_blank">2004,</a> les motards font seuls exception &agrave; la baisse g&eacute;n&eacute;rale de la mortalit&eacute;. Pendant les mauvaises, <a href="http://www2.securiteroutiere.gouv.fr/vos-infos/presse/communiques/2-2006/CP_06-06-06.html" target="_blank">2005</a> par exemple, ils font partie des cat&eacute;gories dont la mortalit&eacute; cro&icirc;t. Comme tout discours normatif et r&eacute;ducteur, celui-ci oppose les vertueux et les coupables, rang&eacute;s en un certain nombre de cat&eacute;gories, bons conducteurs et chauffards, adultes responsables et jeunes inexp&eacute;riment&eacute;s, mais aussi, plus sch&eacute;matiquement, automobilistes et motocyclistes, bons, et mauvais &eacute;l&egrave;ves. Naturellement, et la S&eacute;curit&eacute; Routi&egrave;re qui tient, dans des <a href="http://www2.securiteroutiere.gouv.fr/IMG/Synthese/Motocyclettes.pdf">documents</a> moins directement accessibles, un discours un peu plus nuanc&eacute; m&ecirc;me s&#8217;il n&#8217;est pas exempt d&#8217;erreurs grossi&egrave;res, le sait bien, ces affirmations sont vides de sens. Elles se contentent, en effet, d&#8217;appr&eacute;cier, d&#8217;une ann&eacute;e sur l&#8217;autre, et gu&egrave;re plus, les &eacute;volutions parfois infimes de la seule accidentalit&eacute;, et ne tiennent aucun compte d&#8217;un facteur d&eacute;terminant, l&#8217;exposition au risque. Le probl&egrave;me, c&#8217;est que celui-ci n&#8217;est pas si simple &agrave; calculer.</p>
<h3>principes m&eacute;thodologiques</h3>
<p>Le principe, pourtant, n&#8217;a rien de compliqu&eacute;&nbsp;: ils s&#8217;agit de rapporter une s&eacute;rie statistique, la mortalit&eacute; routi&egrave;re, &agrave; une autre, le risque encouru par les victimes. Malheureusement, les m&eacute;thodes employ&eacute;es par la S&eacute;curit&eacute; Routi&egrave;re pour calculer la seconde s&eacute;rie sont parfaitement fantaisistes, tandis que, sur le long terme, la premi&egrave;re souffre de changements p&eacute;riodiques de d&eacute;finition. Ainsi, jusqu&#8217;en 1965, seuls les d&eacute;c&egrave;s se produisant au plus trois jours apr&egrave;s l&#8217;accident &eacute;taient recens&eacute;s au titre de l&#8217;accidentalit&eacute; routi&egrave;re&nbsp;; ensuite, la limite est port&eacute;e &agrave; six jours avant de rejoindre, en 2005, la norme europ&eacute;enne de trente jours. S&#8217;il est impossible de corriger les ruptures ainsi engendr&eacute;es, du moins jouent-elles &agrave; l&#8217;identique pour toutes les cat&eacute;gories d&#8217;usagers. Il n&#8217;en va pas du tout de m&ecirc;me avec l&#8217;exposition au risque.<br />
 Pour la conna&icirc;tre, la S&eacute;curit&eacute; Routi&egrave;re utilise une formule simple&nbsp;: elle multiplie le parc des v&eacute;hicules, en principe bien connu puisque tir&eacute; du fichier des immatriculations, par le kilom&eacute;trage moyen annuellement parcouru. C&#8217;est l&agrave; que les ennuis s&eacute;rieux arrivent. Si, pour les automobiles, le premier terme de l&#8217;op&eacute;ration est, en gros, valide, on sait d&eacute;j&agrave; qu&#8217;il n&#8217;en est rien pour les <a href="http://sociomotards.net/index.php/2006/03">motocycles</a>, dont le parc, inconnu, est estim&eacute; d&#8217;une fa&ccedil;on parfaitement douteuse, et par la Chambre Syndicale du Motocycle. Quant au second, on le calcule gr&acirc;ce &agrave; des sondages effectu&eacute;s on ne sait dans quel but par un instititut d&#8217;&eacute;tudes de march&eacute;. Si l&#8217;on peut postuler une certaine repr&eacute;sentativit&eacute; des r&eacute;sultats obtenus pour les automobilistes, on peut douter que l&#8217;&Eacute;tat ait la bont&eacute; de consacrer les sommes n&eacute;cessaires &agrave; la constitution d&#8217;un &eacute;chantillon repr&eacute;sentatif des utlisateurs de deux-roues motoris&eacute;s, &eacute;chantillon qui devrait comporter un minimum de 2&nbsp;000 individus, alors qu&#8217;il ne prend m&ecirc;me pas la peine de consulter son fichier de cartes grises pour simplement savoir combien ils sont. Et quand bien m&ecirc;me il consentirait &agrave; cet effort, et obtiendrait une bonne estimation du kilom&eacute;trage moyen parcouru, cette seule information ne lui permettrait en aucun cas de dresser une comparaison valide entre les diff&eacute;rentes cat&eacute;gories d&#8217;usagers, automobilistes et motocyclistes par exemple. Car pour utiliser le seul kilom&egrave;trage comme indicateur de risque, il faut supposer un usage uniforme des r&eacute;seaux par ces cat&eacute;gories distinctes&nbsp;; or, il n&#8217;en est rien.<br />
 Ainsi, soit parce qu&#8217;on &agrave; affaire &agrave; des scooters confin&eacute;s au domaine urbain et p&eacute;ri-urbain, soit parce qu&#8217;il s&#8217;agit de motards qui, &agrave; ce premier usage, rajoutent une dimension de loisir qui s&#8217;exprime essentiellement sur les routes ordinaires, l&#8217;autoroute, la voie la plus s&ucirc;re, massivement employ&eacute;e par les transports routiers et lourdement fr&eacute;quent&eacute;e par les automobilistes, est, en dehors des grandes migrations sportives, vide de motards, ce dont t&eacute;moigne l&#8217;accidentalit&eacute; infime que ceux-ci connaissent sur ce type d&#8217;infrastructure. C&#8217;est que chaque type de v&eacute;hicule correspond &agrave; un usage diff&eacute;rent, et, on doit avoir l&#8217;honn&ecirc;tet&eacute; de le constater, quand un motard part en vacances, voire en week-end, et prend l&#8217;autoroute, ils se trouve presque toujours derri&egrave;re un volant. A l&#8217;inverse, la densit&eacute; des motocycles conna&icirc;t son apog&eacute;e sur les routes secondaires, ou dans les zones urbaines, l&agrave; o&ugrave; se rencontre &eacute;galement l&#8217;accidentalit&eacute; la plus forte. En d&#8217;autres termes, quand bien m&ecirc;me il serait correctement estim&eacute;, le seul kilom&eacute;trage parcouru ne suffit pas &agrave; quantifier l&#8217;exposition au risque&nbsp;: il faut, en plus, conna&icirc;tre la mani&egrave;re dont il se r&eacute;partit selon le type de r&eacute;seau. Faute d&#8217;une telle ventilation, on va fatalement, comme le fait la S&eacute;curit&eacute; Routi&egrave;re dans sa vision toujours frapp&eacute;e d&#8217;ethnocentrisme, &eacute;riger en norme globale la seule pratique de l&#8217;automobile.</p>
<p>En somme, estimer l&#8217;exposition au risque des motocyclistes &agrave; la mani&egrave;re de la S&eacute;curit&eacute; Routi&egrave;re implique de multiplier un parc de machines inconnu par un kilom&eacute;trage ignor&eacute; et qui, s&#8217;il ne l&#8217;&eacute;tait pas, ne constituerait cependant pas &agrave; lui seul un indicateur valide. Alors, si l&#8217;on veut faire preuve d&#8217;un minimum de rigueur, et privil&eacute;gier la fiabilt&eacute;, il faut, en lieu et place de l&#8217;exposition au risque, retenir le seul indicateur utilisable&nbsp;: les immatriculations annuelles. En contrepartie, on peut alors, gr&acirc;ce au remarquable travail effectu&eacute; par le <a href="http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/rubrique.php3?id_rubrique=179" target="_blank">CDAT</a> du Minist&egrave;re des Transports, acc&eacute;der &agrave; des s&eacute;ries statistiques sur une p&eacute;riode tr&egrave;s confortable. Le Centre a en effet num&eacute;ris&eacute; la collection compl&egrave;te, jusqu&#8217;en 1960, voire m&ecirc;me 1955, de <a href="http://temis.documentation.equipement.gouv.fr/temis/document.xsp?id=Temis-0001048&amp;qid=sdx_q12&amp;n=6&amp;q=" target="_blank">l&#8217;Annuaire</a> statistique des Transports, lequel comporte notamment les deux s&eacute;ries qui nous int&eacute;ressent, les victimes d&#8217;accidents mortels, et les immatriculations de v&eacute;hicules neufs, pour les deux cat&eacute;gories d&#8217;usagers qui nous importent, les automobilistes, et les motocyclistes, c&#8217;est &agrave; dire les propri&eacute;taires de deux-roues motoris&eacute;s d&#8217;une cylindr&eacute;e sup&eacute;rieure &agrave; 50 cm&sup3;. En rapportant l&#8217;accidentalit&eacute; &agrave; l&#8217;&eacute;volution des immatriculations, on disposera d&#8217;une estimation de la mortalit&eacute; relative au seul crit&egrave;re d&#8217;exposition au risque disponible, l&#8217;&eacute;volution du nombre des v&eacute;hicules. En posant une base 100 en 1972, le point haut historique de la mortalit&eacute; routi&egrave;re, on pourra suivre cette &eacute;volution en indice. Et en rapportant l&#8217;indice relatif aux motocyclistes &agrave; celui des automobilistes, on obtiendra enfin la r&eacute;ponse &agrave; la question qui nous pr&eacute;occupe&nbsp;: ces motocyclistes sont-ils vraiment si m&eacute;chants que &ccedil;a, se comportent-ils tellement moins bien que les automobilistes, et m&eacute;ritent-il donc la d&eacute;consid&eacute;ration qui les frappe&nbsp;?</p>
<h3>interpr&eacute;tation graphique</h3>
<p>Mais quelques remarques s&#8217;imposent encore avant d&#8217;en arriver au coeur du sujet. D&#8217;abord, on constate deux lacunes dans les donn&eacute;es de mortalit&eacute; des motocyclistes, disponibles par ailleurs depuis 1959&nbsp;: 1968, et 1972, manques dont les valeurs ont &eacute;t&eacute; estim&eacute;es &agrave; partie des ann&eacute;es voisines. Ensuite, la s&eacute;rie des immatriculations pose un probl&egrave;me particulier&nbsp;: si le march&eacute; des automobiles, par ailleurs bien plus vaste que celui des motocycles, conna&icirc;t une &eacute;volution lente et r&eacute;guli&egrave;re, il n&#8217;en va pas du tout de m&ecirc;me pour les deux-roues. En 1955, on a en effet immatricul&eacute; 286&nbsp;000 deux-roues, et 440&nbsp;000 voitures, soit un rapport sup&eacute;rieur &agrave; un pour deux. Ensuite, les ventes s&#8217;effondrent totalement, pour toucher un point bas en 1967, seulement douze ans plus tard, avec 11&nbsp;800 motocycles contre 1&nbsp;230&nbsp;000 voitures, soit moins d&#8217;un deux-roues pour cent automobiles. Mais &agrave; partir de l&agrave;, les immatriculations de motocycles remontent progressivement, et constamment. Alors que le record de 2&nbsp;310&nbsp;000 automobiles immatricul&eacute;es en 1990 n&#8217;a jamais &eacute;t&eacute; battu, le nombre de deux-roues vendus continue &agrave; cro&icirc;tre, le record, avec 239&nbsp;000 unit&eacute;s, datant de 2007, soit la derni&egrave;re ann&eacute;e disponible. Ces &eacute;volutions tr&egrave;s fortes sur un temps tr&egrave;s court et avec des volumes faibles posent donc un probl&egrave;me de repr&eacute;sentation graphique, en particulier dans le cadre d&#8217;une comparaison avec une s&eacute;rie qui suit une &eacute;volution bien plus paisible. Pour r&eacute;duire les incoh&eacute;rences, on a donc pr&eacute;f&eacute;r&eacute; utiliser non pas le chiffre annuel des immatriculations, mais leur moyenne mobile sur les cinq ann&eacute;es pr&eacute;c&eacute;dentes, cette dur&eacute;e correspondant tr&egrave;s grossi&egrave;rement &agrave; l&#8217;&acirc;ge moyen du parc. On le verra, cette pond&eacute;ration ne suffit pas &agrave; gommer les accidents statistiques&nbsp;: mais utiliser une moyenne mobile calcul&eacute;e sur une dur&eacute;e plus longue faisait courir le risque inverse, celui de masquer des &eacute;volutions plus fines, mais int&eacute;ressantes.<br />
 Ainsi, on obtient donc, avec une base 100 en 1972, une repr&eacute;sentation graphique de l&#8217;indice d&#8217;&eacute;volution de la mortalit&eacute; relative &agrave; la moyenne mobile des immatriculations sur les cinq ann&eacute;es pr&eacute;c&eacute;dentes pour les motocyclistes, et pour les automobilistes. Cet indice se d&eacute;ploie sur une p&eacute;riode qui dure plus de quarante ans, entre 1965 et 2007, ann&eacute;e des derniers r&eacute;sultats connus.</p>
<p> <img onmouseover="window.open('http://sociomotards.net/wp-content/images/mortalite_png_large.html','mortalite-relative','width=1045,height=610')" style="width: 740px; height: 430px;" alt="" src="http://sociomotards.net/wp-content/images/mortalite_relative_740px.png"/>
<p>Alors, s&#8217;il fallait commenter ce diagramme d&#8217;une seule phrase, n&#8217;en retenir donc que le trait le plus saillant, son enseignement serait simple&nbsp;: sur le long terme, entre 1965 et 2007, soit plus de quarante ans, on ne constate aucune diff&eacute;rence significative entre l&#8217;&eacute;volution de la mortalit&eacute; routi&egrave;re relative &agrave; l&#8217;exposition au risque chez les automobilistes, et chez les motocyclistes. Avec une base 100 en 1972, pour les automobilistes, on atteint en 2007 l&#8217;indice 18,5, et leur mortalit&eacute; relative a donc &eacute;t&eacute; divis&eacute;e par cinq. Avec une base 100 en 1972, pour les motocyclistes, on atteint en 2007 l&#8217;indice 20, et leur mortalit&eacute; relative a donc &eacute;t&eacute; divis&eacute;e par cinq. Naturellement, dans le d&eacute;tail, il faudra &ecirc;tre un petit peu plus pr&eacute;cis, et expliquer en particulier l&#8217;&eacute;volution extr&ecirc;mement accident&eacute;e de la courbe des motocyclistes, avec cet indice qui remonte fortement entre 1967 et 1972, s&#8217;effondre ensuite jusqu&#8217;en 1981 avant de conna&icirc;tre une remont&eacute;e significative jusqu&#8217;en 1989. Pour une bonne part, ces variations sont la cons&eacute;quence fatale &agrave; la fois de la faiblesse des effectifs en jeu, et de leur variation tr&egrave;s brutale, cons&eacute;quence que le recours &agrave; la moyenne mobile ne suffit pas &agrave; temp&eacute;rer. Au demeurant, on reste totalement libre de choisir le mode de pr&eacute;sentation que l&#8217;on souhaite, les donn&eacute;es n&eacute;cessaires &eacute;tant disponibles <a href="http://sociomotards.net/wp-content/images/mortalite_relative-1965-2007.ods">ici</a>. Si l&#8217;indice monte entre 1967 et 1972, c&#8217;est parce que le nombre des morts, au plus bas en 1967 avec 184, remonte ensuite plus vite que la moyenne des immatriculations, pour atteindre le chiffre de 700 en 1972. Et alors que, avec 9&nbsp;276 tu&eacute;s, cette ann&eacute;e marque le pic de mortalit&eacute; pour les automobilistes, il n&#8217;en va pas de m&ecirc;me pour les motocyclistes, puisque les chiffres continueront &agrave; augmenter jusqu&#8217;&agrave; atteindre 1&nbsp;059 victimes en 1980. Et pourtant, c&#8217;est durant ces ann&eacute;es-l&agrave; que l&#8217;indice de mortalit&eacute; conna&icirc;t sa baisse la plus marqu&eacute;e. C&#8217;est que, au m&ecirc;me moment, les immatriculations explosent&nbsp;: on passe de 11&nbsp;838 unit&eacute;s en 1967 &agrave; 61&nbsp;106 en 1972, avant d&#8217;atteindre les 136&nbsp;399 ventes en 1980, un record qui ne sera pas battu avant 1997. Si l&#8217;on compte en 1980 5,7 fois plus de tu&eacute;s qu&#8217;en 1967, on d&eacute;nombre &eacute;galement 11,5 fois plus d&#8217;immatriculations&nbsp;: la mortalit&eacute; relative, en d&#8217;autres termes, a &eacute;t&eacute; divis&eacute;e par deux. On manquerait &agrave; tous ses devoirs en ne se demandant pas pourquoi.</p>
<h3>facteurs explicatifs</h3>
<p>Sans doute faut-il ne pas trop rechercher de comparaison avec la situation des automobilistes, tant la brutalit&eacute; des &eacute;volutions dans cette p&eacute;riode qui court jusqu&#8217;en 1980 peut-elle largement s&#8217;expliquer par les facteurs techniques &eacute;voqu&eacute;s plus haut. Il n&#8217;en reste pas moins que, au moment o&ugrave;, en juillet <a href="http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/securite-routiere/chronologie.shtml" target="_blank">1972</a>, Christian G&eacute;rondeau prend place dans le fauteuil tout juste cr&eacute;&eacute; de D&eacute;l&eacute;gu&eacute; Interminist&eacute;riel &agrave; la S&eacute;curit&eacute; Routi&egrave;re, la mortalit&eacute; a d&eacute;j&agrave; commenc&eacute; &agrave; baisser&nbsp;; la baisse s&#8217;accro&icirc;t lorsque, entre juin 1973 et ao&ucirc;t 1975, les premi&egrave;res contraintes, limitations de vitesse, port du casque, obligation d&#8217;allumage diurne des feux de croisement, entrent en vigueur. Pourtant, en dehors de l&#8217;allumage des feux, qui am&eacute;liore la visibilit&eacute; des deux-roues, mais n&#8217;intervient qu&#8217;en ao&ucirc;t 1975, on peut parfaitement postuler que, pour l&#8217;essentiel, ces mesures n&#8217;ont gu&egrave;re eu d&#8217;effet. On voit mal comment la simple limitation de vitesse, alors d&eacute;pourvue de possibilit&eacute;s de contr&ocirc;le, peut produire des effets sur cette population que l&#8217;on dit rebelle. Et l&#8217;obligation de port du casque a sans doute eu des cons&eacute;quences pour les jeunes usagers de v&eacute;lomoteurs, ces 125 qu&#8217;ils pouvaient alors conduire d&egrave;s seize ans, mais beaucoup moins sur les motards, d&eacute;j&agrave; convertis, et n&eacute;cessairement pratiquants. Sans doute l&#8217;am&eacute;lioration des infrastructures, l&#8217;am&eacute;nagement des carrefours, la suppression des points noirs prend-elle, en particulier pour ces motards si sensibles &agrave; l&#8217;&eacute;tat du terrain, une importance qui perdure aujourd&#8217;hui&nbsp;: mais il n&#8217;en sera pas question avant 1981, avant le remplacement de Christian G&eacute;rondeau par Pierre Mayet et le lancement, l&#8217;ann&eacute;e suivante, du programme REAGIR. Ce qui a compt&eacute;, en fait, c&#8217;est ce qu&#8217;on ne voit pas, et qui d&eacute;coule directement du d&eacute;veloppement d&#8217;un nouveau march&eacute;, des machines neuves, ces japonaises modernes et fiables &eacute;quip&eacute;es de freins &agrave; disques, des &eacute;quipements originaux, comme le casque int&eacute;gral qui appara&icirc;t alors et remplace le pitoyable bol des g&eacute;n&eacute;rations pr&eacute;c&eacute;dentes, les am&eacute;liorations constantes qu&#8217;apporte une concurrence efficace puisqu&#8217;elle s&#8217;exerce d&eacute;sormais sur un march&eacute; rentable qui permet d&#8217;investir et de d&eacute;velopper des techniques nouvelles, et, plus encore peut-&ecirc;tre, la croissance du nombre des motos qui &agrave; la fois oblige les automobilistes &agrave; la cohabitation, et les habitue &agrave; cette pr&eacute;sence d&#8217;un v&eacute;hicule radicalement diff&eacute;rent du leur, tout ce qui, en somme, est, directement ou pas, produit par le monde de la moto et lui seul, sans aucun concours ext&eacute;rieur, ne serait-ce que celui d&#8217;une TVA &agrave; taux r&eacute;duit sur ces &eacute;quipements de s&eacute;curit&eacute;. Et de tout cela, le D&eacute;l&eacute;gu&eacute; Interminist&eacute;riel ne sait rien puisque, ne prenant en compte que le bilan des victimes, il s&#8217;acharne &agrave; imaginer ces solutions qui endigueront la mar&eacute;e des nouveaux motards en les privant de leurs machines, et que, &agrave; cette fin, et contre l&#8217;avis m&ecirc;me de ses services techniques, il met au point son arme absolue, le nouveau permis, qui entrera en vigueur le premier mars 1980.</p>
<p>Celui-ci, il faut le rappeler, pr&eacute;voit la disparition des 125 au profit d&#8217;une cat&eacute;gorie nouvelle, les 80 cm&sup3; dont la vitesse est brid&eacute;e &agrave; 75 km/h, accessibles &agrave; partir de seize ans avec le permis A1. Quant aux motos, elles sont scind&eacute;es en deux avec une cylindr&eacute;e pivot, la 400 cm&sup3;&nbsp;: en dessous de la limite, le permis A2 suffit&nbsp;; au-dessus, il faut passer le A3, plus difficile. Mais, d&egrave;s dix-huit ans, on peut tenter d&#8217;obtenir l&#8217;un ou l&#8217;autre permis, qui donne ensuite acc&egrave;s &agrave; une machine qui ne conna&icirc;t d&#8217;autre restriction que celle de sa cylindr&eacute;e. En d&#8217;autres termes, &agrave; partir de mars 1980, &agrave; seize ans, on doit faire un choix&nbsp;: soit on passe le A1 et l&#8217;on peut alors acheter une sorte de gros cyclomoteur dont la vitesse maximale est inf&eacute;rieure de 15 km/h &agrave; celle des poids-lourds, soit on attend d&#8217;en avoir dix-huit pour passer le permis moto. Comme le montre le graphique suivant, l&#8217;h&eacute;sitation fut br&egrave;ve&nbsp;:</p>
<p> <img style="width: 693px; height: 391px;" alt="" src="http://sociomotards.net/wp-content/images/permis_delivres_693px.png"/>
<p>Apr&egrave;s la tr&egrave;s forte hausse de 1979, anticipant la r&eacute;forme, la part des permis A1, jusqu&#8217;alors bien plus nombreux que les permis A, s&#8217;effondre, et ne remontera plus. Leur strat&eacute;gie d&#8217;adaption a bel et bien conduit les postulants &agrave; sauter l&#8217;&eacute;tape indispensable de la 125, cette machine d&#8217;initiation qui avait presque tout d&#8217;une vraie moto, et &agrave; entrer de plein pied, arm&eacute;s du seul bagage de leur permis, dans la cour des gros cubes. C&#8217;&eacute;tait l&#8217;&eacute;poque de la 350 RDLC, comme le rappelle Manuel Marsetti dans <span style="font-style: italic;">Chronique d&#8217;une utopie en marche</span>&nbsp;: &laquo;&nbsp;R&eacute;ponse directe des constructeurs japonais au permis 400 cm&sup3; de Christian G&eacute;rondeau, en vigueur jusqu&#8217;en janvier 1985, la 350 RDLC est une v&eacute;ritable fus&eacute;e, dont le poids ne d&eacute;passe pas 130 kilos, mais dont le compteur flirte all&egrave;grement avec les 200 km/h. Pour le d&eacute;l&eacute;gu&eacute; Philippe Duch&ecirc;ne, &laquo;&nbsp;c&#8217;est la premi&egrave;re vraie sportive, une grosse &eacute;volution sur le plan technique. Les mecs passaient directement &agrave; &ccedil;a, n&#8217;avaient jamais rien eu avant. C&#8217;&eacute;tait forc&eacute;ment catastrophique&nbsp;&raquo;. A Grenoble, &nbsp;&raquo; les dix-huits premiers mod&egrave;les ont fait dix-huit morts&nbsp;&raquo;, grimace Philippe Guieu-Faugoux.&nbsp;&raquo; (Marsetti, <span style="font-style: italic;">Chronique d&#8217;une utopie en marche</span>, 2003, p. 78-79). La p&eacute;riode qui s&#8217;&eacute;tend de 1982 &agrave; 1991 sera donc la seule durant laquelle, globalement, la mortalit&eacute; augmente alors que le nombre d&#8217;immatriculations se tasse, une &eacute;volution que l&#8217;indice refl&egrave;te. Le nouveau permis de Christian G&eacute;rondeau n&#8217;a pas tu&eacute; la moto&nbsp;: il a juste tu&eacute; des motards.</p>
<p>En redonnant aux plus de dix-sept ans l&#8217;acc&egrave;s aux 125, la r&eacute;forme de 1985 ne modifiera pas grand chose. De la m&ecirc;me fa&ccedil;on, la derni&egrave;re &eacute;volution r&egrave;glementaire en date, celle du 1er juillet 1996 qui, d&#8217;une part, limite &agrave; 34 cv la puissance des machines que peuvent conduire les jeunes motards et, d&#8217;autre part, signe le plein retour d&#8217;une cat&eacute;gorie 125 de nouveau accessible &agrave; seize ans, ou &agrave; vingt ans pour les titulaires du permis auto, ne semble pas entra&icirc;ner de cons&eacute;quence significative. Pourtant, &agrave; la diff&eacute;rence de la p&eacute;riode 1981-1988, la part de march&eacute; des 125 s&#8217;accro&icirc;t alors, au point qu&#8217;il se vende aujourd&#8217;hui autant de MTL que de MTT. Le retour des automobilistes, motards sans formation sur des machines simples d&#8217;acc&egrave;s, ne semble pas produire d&#8217;effets particuliers. Mais il faudrait l&agrave; une analyse plus fine que celle que permet ce simple graphique, qui suivrait par exemple l&#8217;&eacute;volution de la r&eacute;partition entre 125 et cylindr&eacute;es plus importantes, r&eacute;partition que l&#8217;on conna&icirc;t depuis 1981 gr&acirc;ce &agrave; un autre document du Minist&egrave;re des Transports, le <a href="http://temis.documentation.developpement-durable.gouv.fr/document.xsp?id=Temis-0001342&amp;qid=sdx_q0&amp;n=16&amp;q=" target="_blank">March&eacute;</a> des v&eacute;hicules. Il faudrait aussi &eacute;tudier d&#8217;autres causes, voir par exemple si le progr&egrave;s principal de ces derni&egrave;res ann&eacute;es, l&#8217;am&eacute;lioration de la s&eacute;curit&eacute; passive des automobilistes, en plus de ne concerner qu&#8217;eux-m&ecirc;mes, n&#8217;a pas produit d&#8217;effets pervers au d&eacute;triment des usagers vuln&eacute;rables. Mais ces donn&eacute;es, en tout cas, suffisent &agrave; juger de l&#8217;efficacit&eacute; des politiques de s&eacute;curit&eacute; routi&egrave;re relatives &agrave; la moto. Si rien de particulier ne semble expliquer la d&eacute;crue r&eacute;guli&egrave;re et parall&egrave;le de l&#8217;indice, pour les automobilistes comme pour les motocyclistes, si, par exemple, ce qui n&#8217;&eacute;tonnera personne, on ne per&ccedil;oit absolument aucun effet de l&#8217;interdiction des machines de plus de 100 cv, si, probablement, la cause principale de cette &eacute;volution favorable est &agrave; rechercher dans la banalisation du deux-roues, comme le prouvent les exemples crois&eacute;s de la Grande-Bretagne, ce pays r&eacute;put&eacute; pour sa s&eacute;v&eacute;rit&eacute;, et de l&#8217;Italie, &agrave; laquelle on pr&ecirc;te des vertus diam&eacute;tralement oppos&eacute;es mais qui, tr&egrave;s grossi&egrave;rement, <a href="http://www.acem.eu/cms/marketfigures.php" target="_blank">recensant</a> dix fois plus de deux-roues que la Grande-Bretagne, ne compte que deux fois plus de morts, on peut au moins dresser un bilan des ann&eacute;es G&eacute;rondeau. Arch&eacute;type de l&#8217;interventionniste autoritaire, prototype du technocrate &agrave; id&eacute;es fixes, le premier D&eacute;l&eacute;gu&eacute; Interminist&eacute;riel, d&eacute;niant aux citoyens le libre choix de leur v&eacute;hicule lorsque ceux-ci optaient pour cette moto qu&#8217;il souhaitait voir dispara&icirc;tre, refusant de prendre en compte ces donn&eacute;es dont il disposait pourtant, et dont on a vu &agrave; quel point elles montraient, durant ces ann&eacute;es 70, l&#8217;am&eacute;lioration spectaculaire de la s&eacute;curit&eacute; des motards, n&#8217;a su que lancer une politique prohibitionniste dont on a pu constater les cons&eacute;quences d&eacute;sastreuses. Alors, on se permettra de finir sur une apostrophe aux pouvoirs publics&nbsp;: si, vraiment, votre souhait sinc&egrave;re est de voir baisser l&#8217;accidentalit&eacute; des motards, si, pour des raisons de co&ucirc;t, il ne vous est pas possible de mettre plus vigoureusement en oeuvre des politiques sp&eacute;cifiques mais pareto-optimales telles le doublement des rails de s&eacute;curit&eacute;, alors, au moins, ayez-en le courage, ne faites rien.</p>
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		<title>l&#8217;aveuglement ethnocentriste</title>
		<link>http://sociomotards.net/2009/03/04/aveuglement-ethnocentriste/</link>
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		<pubDate>Wed, 04 Mar 2009 17:29:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Denis Berger</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>

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		<description><![CDATA[Un peu à l&#8217;image d&#8217;un archéologue déblayant méticuleusement son terrain de fouilles avant d&#8217;entamer l&#8217;analyse de ses trouvailles, un travail sociologique valide ne peut faire l&#8217;économie d&#8217;une remise en cause de ces prénotions relevant parfois du discours savant, et de ce que le discours savant doit parfois au sens commun, qui viennent enrober son objet [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Un peu à l&#8217;image d&#8217;un archéologue déblayant méticuleusement son terrain de fouilles avant d&#8217;entamer l&#8217;analyse de ses trouvailles, un travail sociologique valide ne peut faire l&#8217;économie d&#8217;une remise en cause de ces prénotions relevant parfois du discours savant, et de ce que le discours savant doit parfois au sens commun, qui viennent enrober son objet d&#8217;étude d&#8217;une gangue d&#8217;interprétations faciles, mais fausses, dont il faut avant tout le dégager. En négligeant ces précautions indispensables, un travail de recherche se condamne à ne rien révéler d&#8217;autre que les préjugés ethnocentristes de son auteur. Tel est bien le cas avec celui que l&#8217;on va analyser ici, entrepris sous l&#8217;égide de l&#8217;<a href="http://www.inrets.fr/" target="_blank">INRETS</a>, et qui possède deux propriétés extrêmement rares pour cet institut bien secret, puisqu&#8217;il se trouve être disponible en ligne, et s&#8217;intéresser aux motards.</p>
<p>Il peut paraître singulièrement vaniteux, ou particulièrement audacieux, de s&#8217;attacher à critiquer un travail qui relève d&#8217;une discipline, la psychologie cognitive, dont on ignore tout. Et, en effet, il n&#8217;y aura pas lieu de se prononcer sur la pertinence de la recherche elle-même comme de ses conclusions. Mais puisqu&#8217;elle utilise, à côté d&#8217;un dispositif de laboratoire sans doute propre à la psychologie, des techniques assez banales dans l&#8217;univers des sciences humaines, questionnaire, échantillon, qu&#8217;elle cite en référence un certain nombre de travaux censés relever du domaine de la sociologie, qu&#8217;elle s&#8217;appuie aveuglément sur des données statistiques dont on a maintes fois remis la validité en cause, et qu&#8217;elle emprunte quelques éléments à l&#8217;univers motard, éléments choisis pour des raisons aussi précises que scientifiquement injustifiables, quelques-unes des défaillances méthodologiques qui caractérisent ce mémoire pourront être relevées, et commentées. Mais son utilité principale sera de servir de matériau d&#8217;analyse, et de permettre ainsi de reconstruire les prénotions qui sont au principe de son élaboration, prénotions qui ont toutes les chances d&#8217;être largement partagées dans les différents organismes de recherche traitant de sécurité routière, et de perdurer aussi longtemps que le simple fait de rouler à moto conservera, au yeux des autorités, son caractère fondamentalement illégitime.</p>
<h3>l&#8217;appareil théorique</h3>
<p>Cet objet est un <a href="http://www.inrets.fr/ur/lescot/doc/doc_stage/memoire_banet.pdf" target="_blank">mémoire</a> de M2 recherche soutenu en 2006 à l&#8217;Université de Lyon 2, par une étudiante aujourd&#8217;hui doctorante au sein du <a href="http://www.inrets.fr/ur/lescot/index.php?page=equipe&amp;id=33" target="_blank">LESCOT</a>, un des laboratoires de l&#8217;INRETS. Il s&#8217;agit d&#8217;étudier, au moyen d&#8217;un dispositif de laboratoire dans lequel 21 motards seront impliqués, leur conception du risque tel qu&#8217;elle ressort en particulier de leurs réactions à des séquences vidéo illustrant un danger routier potentiel, et de leurs réponses à un questionnaire comportant 36 questions, presque toutes fermées. Les hypothèses qui fondent ce volet expérimental sont explicitées dans la première partie du mémoire : on trouve là une justification théorique se référant à des modèles psychologiques, une revue des statistiques disponibles, extraites en particulier de l&#8217;édition 2003 de cette brochure de l&#8217;ONISR que l&#8217;on a déjà beaucoup <a href="http://sociomotards.net/index.php/2005/11">commentée</a>, et une présentation du &laquo;&nbsp;point de vu (sic) des sociologues&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;sociologues&nbsp;&raquo; dont il se trouve que l&#8217;on a, déjà, aussi <a href="http://sociomotards.net/index.php/2007/04">parlé</a>. Car toute la culture sociologique de notre étudiante se résume aux seuls travaux de Frédéric Völker et François Oudin, sociologues ni l&#8217;un ni l&#8217;autre puisque le premier est l&#8217;auteur d&#8217;un simple mémoire de maîtrise, le second doctorant en ethnologie, et très porté sur l&#8217;anthropologie, et qu&#8217;ils se caractérisent tous deux par une commune démarche, dans laquelle un terrain qui n&#8217;est jamais détaillé mais dont on devine qu&#8217;il se limite à une expérience personnelle et singulièrement brève sert de support et de piètre justification à un défilé de stéréotypes, démarche, au fond, assez proche de celle de notre étudiante en M2. Il existe, pourtant, même si leur nombre est dérisoire, d&#8217;authentiques travaux sociologiques et ethnologiques consacrés aux motards : mais il faut, pour y avoir accès, entreprendre une vraie recherche bibliographique, voire s&#8217;abandonner aux bons soins du <a href="http://www.sudoc.abes.fr/" target="_blank">SUDOC</a>. Il est, évidemment, bien plus pratique, et sans doute largement suffisant, de se contenter de Google, et des ressources accessibles en ligne.</p>
<p>Une autre justification théorique laisse immédiatement apparaître sa faiblesse : ce travail, on l&#8217;a dit, repose entièrement sur la participation d&#8217;un effectif de motards limité à 21 individus, ce qui, en soit, n&#8217;a rien d&#8217;anormal. On est bien placé pour savoir que les contraintes physiques qu&#8217;imposent ces journées qui ne comptent que 24 heures limitent fortement l&#8217;ampleur que peut prendre le travail solitaire de quelques mois que représente un mémoire de M2. Nécessairement, on ne pourra étudier qu&#8217;une infime fraction de la population concernée, et fournir un mémoire qui n&#8217;aura aucune prétention en matière de représentativité, et dont les conclusions ne sauraient en aucune façon être généralisées. Tel n&#8217;est pourtant pas le cas ici, comme le révèle cette référence systématique aux &laquo;&nbsp;motards&nbsp;&raquo; en tant que catégorie globale, globalisation parfaitement abusive mais justifiée par le recours à une taxinomie particulière dans laquelle interviendront trois groupes censés présenter des attitudes cohérentes à l&#8217;égard du risque, et fournir une image pertinente du monde motard dans son ensemble, les &laquo;&nbsp;utilitaristes&nbsp;&raquo;, les &laquo;&nbsp;bikers&nbsp;&raquo; et les &laquo;&nbsp;sportifs&nbsp;&raquo;, ainsi classés en particulier grâce au type de moto qu&#8217;ils utilisent. Cette taxinomie trouve sa seule justification théorique dans un sondage réalisé par la SOFRES pour la Sécurité Routière, lequel, par un processus typique des études de marché, invente les catégories de motards &laquo;&nbsp;pragmatistes&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;hédonistes&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;désimpliqués&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;fous du guidon&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;motards du dimanche&nbsp;&raquo;. Reprendre une telle taxinomie dans un travail scientifique, et croire à ses vertus descriptives et prédictives, s&#8217;apparente, au fond, à la démarche par laquelle les premiers ethnologues classaient ces populations alors qualifiées de primitives, et aussi radicalement étranges qu&#8217;incompréhensibles.</p>
<h3>le dispositif expérimental</h3>
<p>En s&#8217;attachant maintenant au dispositif de laboratoire mis en oeuvre, et en laissant de côté la question de la généralisation abusive de ses résultats, on découvre rapidement un autre biais, plus anecdotique celui-là. Il découle d&#8217;une caractéristique sans doute fatale des séquences vidéos qu&#8217;il utilise, et qui présentent des situations de circulation routière dans lesquelles les motards volontaires sont supposés trouver un risque auquel ils doivent réagir : mais, tournées à bord d&#8217;une voiture, et destinées à des automobilistes, leur pertinence à l&#8217;égard de la moto se trouve souvent prise en défaut. Ainsi en est-il, comme l&#8217;auteur du mémoire le reconnaît elle-même, de cette vue montrant une rue qui se rétrécit progressivement, la voie opposée étant occupée par un poids-lourd. Sans doute une telle situation est-elle problématique pour un automobiliste ; pour une moto, par contre, avec sa largeur inférieure à 80 cm, sans aucune difficulté, ça passe. A contrario l&#8217;auteur, en commentant une autre séquence, n&#8217;a aucunement conscience de l&#8217;erreur d&#8217;analyse qu&#8217;elle commet en qualifiant de dangereuse une situation de dépassement, alors même que les caractéristiques physiques propres à la moto, sa faible largeur et ses considérables capacités d&#8217;accélération, en limitant la durée du dépassement comme l&#8217;empiètement sur la voie opposée, réduisent fortement, par rapport à une automobile, le risque de la manoeuvre. Appliquer sans nuance à un motard ce qui n&#8217;a été conçu que pour un automobiliste ne révèle rien d&#8217;autre que ce sempiternel biais ethnocentriste, et ce refus de fournir les efforts comme les financements nécessaires à une authentique connaissance des motocyclistes.</p>
<p>Il reste, enfin, à attaquer le plat de résistance : le questionnaire. On sait à quel point cette technique peut, cachée sous les apparences de neutralité axiologique et de scientificité qu&#8217;un public peu formé, et peu informé, lui prête bien trop généreusement, se contenter de n&#8217;être qu&#8217;une vulgaire contrebande de pacotille, et combien le choix des questions, leur ordre, et leur intitulé en disent, pour parapharaser <a href="http://cse.ehess.fr/document.php?id=642">Patrick Champagne</a>, bien plus sur ceux qui les conçoivent que sur l&#8217;objet qu&#8217;elles sont censées appréhender. Et, indubitablement, le questionnaire rédigé par notre chercheuse offre un exemple presque caricatural du genre, en particulier par son recours extensif au personnage central de la pièce, et du mémoire, le Prince Noir. Dans les 139 pages, annexes comprises, que compte ce travail, le nom du chevalier des ténèbres revient pas moins de 77 fois, et il apparaît dans 19 des 36 items que compte le questionnaire. Et pourtant, contrairement aux affirmations de l&#8217;auteur, qui prétend qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un &laquo;&nbsp;véritable mythe vivant au sein des motocyclistes, adulé ou détesté mais toujours respecté.&nbsp;&raquo;, ce nom est aujourd&#8217;hui à peu près inconnu dans un univers motard sans doute plus riche en références à la Black Prince qu&#8217;au Prince Noir, comme peuvent, par exemple, en témoigner les vaines recherches que l&#8217;on fera sur des forums aussi courus que le généraliste <a href="http://www.lerepairedesmotards.com/cherche.php" target="_blank">Repaire des Motards</a>, tout comme chez les sportifs <a href="http://www.fazermen.com/search.php" target="_blank">Fazermen</a>, ce qui s&#8217;explique sans doute assez facilement, ses exploits remontant à 1988.</p>
<p>À l&#8217;usage des jeunes générations, il convient donc de rappeler que l&#8217;on parle ici d&#8217;un motard pilotant une Gex et qui, en 1988, a enregistré en vidéo son tour du périphérique parisien accompli en à peine plus de 11 minutes, séquence ensuite vendue à La Cinq, chaîne de télévision à l&#8217;époque propriété de Robert Hersant et de Silvio Berlusconi et friande de ces vidéos à scandale propres à confirmer son public populaire dans son rejet de tout comportement socialement déviant. Il semble, en d&#8217;autres termes, assez difficile de comprendre par quel cheminement une telle attitude, à la fois extrême et servilement intéressée, a pu, pour une chercheuse même profondément ignorante des plus ordinaires propriétés de son objet d&#8217;étude, sembler assez significative pour lui pour servir d&#8217;étalon. Au fond, c&#8217;est un peu comme si Metéo France abandonnait, dans ses relevés de température, le degré centigrade au profit du kelvin : cela rendrait la vie quotidienne plus difficile, mais les effets du réchauffement climatique bien moins inquiétants.</p>
<p>On laissera au lecteur le soin d&#8217;apprécier par ailleurs l&#8217;extrême naïveté de ces questions relatives au Prince Noir, telle celle où l&#8217;on demande aux motards de l&#8217;échantillon s&#8217;ils ont déjà roulé en interfile sur le périphérique : même si les répondants résident à Lyon, le taux de réponses positives a sans nul doute affolé la chercheuse. On se perdra par ailleurs en conjectures en imaginant comment diable on peut exploiter les réponses par oui ou non à des questions du style : &laquo;&nbsp;il faut avoir du feeling pour être un bon motard&nbsp;&raquo;, ou, plus loin, au milieu d&#8217;un talon assez standard, le &laquo;&nbsp;pensez-vous être un motard dans l&#8217;âme ?&nbsp;&raquo;, questions par ailleurs privées de la moindre explicitation des notions en question. On regrettera, par contre, que la question &laquo;&nbsp;avez-vous déjà eu des accidents corporels à moto ?&nbsp;&raquo; ne soit pas accompagnée de la moindre tentative d&#8217;obtenir une description des circonstances de, ou plutôt des puisque le singulier ne semble pas de mise, l&#8217;accident en question, tant on devine aisément quelle exploitation biaisée peut être faite du taux de réponses positives.</p>
<h3>l&#8217;ethnocentrisme au travail</h3>
<p>Ce qui semble, en fait, le plus intéressant dans ce mémoire, c&#8217;est de le prendre comme objet d&#8217;étude, et de voir en lui un révélateur aussi bien des pratiques en usage dans le milieu universitaire où il a été produit, que des prénotions inconscientes qui habitent aussi bien son auteur que les chercheurs et enseignants qui l&#8217;ont encadrée. En agissant ainsi, on tombera bien sûr dans le piège de la généralisation abusive dénoncé plus haut : aussi faut-il ne voir là que quelques notes superficielles, et quelques spéculations hâtives.</p>
<p>Il faut d&#8217;abord s&#8217;attacher, dans ce qu&#8217;elle a d&#8217;essentialiste, à cette démarche qui ne se contente pas de postuler l&#8217;existence de cette espèce bizarre, difficile à comprendre, à l&#8217;évidence fort différente du reste du genre humain, mal connue mais pourtant familière puisqu&#8217;on la croise tous les jours sur la route, le motard, mais qui, en plus, en dresse la taxinomie. Cette taxinomie aura un seul but : classer les 21 participants à ce travail de recherche en fonction d&#8217;un seul critère, le risque, et les ranger dans trois catégories dichotomiques censées posséder des attitudes homogènes à l&#8217;égard de ce même critère. On comprend que, dans un institut spécialiste des questions des sécurité, cette notion de risque soit centrale, alors même qu&#8217;elle paraîtra banale, voire anodine, pour un motard ordinaire dans sa pratique quotidienne. On comprend beaucoup moins pourquoi cette notion, parce qu&#8217;il s&#8217;agit ici de motards, doit, d&#8217;une part, être étudiée d&#8217;une façon qui n&#8217;a probablement rien à voir avec celle que l&#8217;on emploie pour les automobilistes, et, d&#8217;autre part, être étalonnée en référence à une pratique qui n&#8217;est pas seulement extrême, mais presque suicidaire, et à propos de laquelle, afin de justifier de son emploi, la chercheuse multiplie des affirmations gratuites qui montrent combien elle ignore tout du milieu qu&#8217;elle étudie, et à quel point cette ignorance ne présente absolument aucun obstacle pour son travail.</p>
<p>Ainsi, il existe deux excellentes raisons de ne pas faire du Prince Noir la référence d&#8217;une étude scientifique, distinctes l&#8217;une de l&#8217;autre mais dont chacune suffit à sa disqualification. Une référence, surtout quand, comme c&#8217;est ici le cas, elle est unique et constamment mobilisée, joue nécessairement le rôle d&#8217;une norme, ce pourquoi on ira en principe la chercher du côté de la moyenne, et pas d&#8217;une exception qui relève ici de l&#8217;aberration statistique. De la part d&#8217;un chercheur un comportement aussi inhabituel, et imprudent, ne s&#8217;explique que par la prégnance d&#8217;un sens commun savant, que la chercheuse partage avec son entourage, sens commun à cause duquel elle ne se rend pas compte que son étude, loin de dire quoi que ce soit sur la conception que les motards ont du risque, révèle au contraire à la fois à quel point il lui est impossible d&#8217;aborder cet objet de façon neutre, sans le remplir de ses préjugés, et combien cette démarche, dans le milieu universitaire où elle évolue, ne trouble personne.</p>
<p>Le Prince Noir, d&#8217;autre part, n&#8217;est nullement le produit d&#8217;un groupe dont il représenterait les pratiques habituelles dans leur composante extrême, mais n&#8217;existe que pour fournir un sujet à scandale à une télévision qui, en la matière, possède un lourd passé, passé que l&#8217;on peut suivre jusqu&#8217;en 1987 avec Moi Je, émission produite pour Antenne 2 par Pascal Breugnot et qui a inauguré la mise en scène télévisuelle de l&#8217;exhibition narcissique camouflée en &laquo;&nbsp;sujet de société&nbsp;&raquo;. Dans un reportage intitulé &laquo;&nbsp;Motos kamikaze&nbsp;&raquo;, l&#8217;édition du 6 mai montrait ainsi trois amateurs de très haute vitesse, dont l&#8217;un se vantait d&#8217;avoir accompli un tour du périphérique en moins de 11 minutes, soit mieux que le Prince Noir, et un an plus tôt. D&#8217;Antenne 2 à <a href="http://www.motomag.com/Reportage-choc-sur-la-moto-M6-5466.html" target="_blank">M6</a> et à travers les décennies, le biais est constant, et la moto n&#8217;intéresse les télévisions qu&#8217;au travers des comportements extrêmes, tout comme elle n&#8217;intéresse généralement les sociologues que sous l&#8217;aspect des gangs de bikers hors-la-loi, en tant, donc, que sous-catégorie d&#8217;une sociologie de la délinquance. Comprendre pourquoi, lorsqu&#8217;une télévision à scandales recherche une population à stigmatiser au yeux du grand public et au nom des risques inconsidérés que prennent certains de ses membres, elle va toujours chercher les motards, ou plus largement aujourd&#8217;hui les utilisateurs de deux-roues motorisés, et jamais les skieurs, les parachutistes, les alpinistes ou les plongeurs sous-marins, représente indubitablement un intérêt sociologique. Par contre, y rechercher un exemple appelé à jouer un rôle fondamental en tant que comportement représentatif dans un travail à prétention scientifique revient à abandonner à cette même télévision le choix de ses objets d&#8217;études, donc en faire, en quelque sorte, son directeur de recherche, et implique de réaliser une si considérable quantité de mutations, de l&#8217;extrême au banal, du spectaculaire au scientifique, du préjugé de sens commun au discours savant, que la science s&#8217;y perd corps et biens.</p>
<p>Même s&#8217;il est hautement problématique de porter un jugement sur une discipline étrangère, même si, en agissant ainsi, on risque de tomber soit-même dans l&#8217;etnocentrisme, il faut quand même dire un mot du dispositif de laboratoire employé ici, et dont on a déjà relevé certains aspects fortement contestables. Il semble quand même étonnant de tirer des conclusions sans nuance des déclarations, et seulement des déclarations, d&#8217;une population à la fois extrêmement petite, privée de toute représentativité, et qui paraît avoir été constituée au gré des circonstances, par exemple en entrant en relation avec les salariés d&#8217;une grande entreprise grâce à un lien familial. On cherchera en vain la moindre tentative de valider ces résultats par une petite expérience de terrain, ne serait-ce qu&#8217;une participation, en tant que passagère, à ces sorties dominicales en groupe durant lesquelles on frôle la mort à chaque seconde. Le récent rapport <a href="http://developpementdurable.documentation.developpement-durable.gouv.fr/documents/Urbamet/0286/Urbamet-0286194/PREDIT0109.pdf">Gisements</a> de sécurité routière consacré aux deux-roues motorisés considérait, à la page 204, dans le chapitre relatif à la formation, que &laquo;&nbsp;L&#8217;idéal serait qu&#8217;un candidat au permis B (auto)  soit mis en situation, même brièvement, en temps que passager d&#8217;un deux-roues motorisé&nbsp;&raquo;. A défaut du grand public, on pourrait au moins attendre qu&#8217;une telle contrainte soit imposée à tous les chercheurs, dans quelque discipline que ce soit, qui ont à traiter de la question, avec comme objectif premier, et charitable, de leur éviter d&#8217;être ridicules.</p>
<p>Le fait, a contrario, que cette étude récuse par ailleurs le recours à toute espèce de critère sociométrique, puisque, même si l&#8217;âge, le sexe et la profession de ses motards sont connus de la chercheuse, elle ne fait aucun usage de ces pauvres données, et n&#8217;utilise pas d&#8217;autre variable explicative que sa taxinomie, se révèle particulièrement significatif. En effet, utiliser, comme lorsque l&#8217;on s&#8217;intéresse aux automobilistes, comme avec les recherches des sociologues, les critères du sexe, du milieu social, et, surtout, de l&#8217;âge, pour expliquer des comportements sociaux fait courir un risque, celui de transformer le motard en un individu banal, pas meilleur qu&#8217;un autre, mais pas pire non plus, donc de légitimiter ce moyen de transport dont l&#8217;utilisateur se trouve, en effet, bien plus vulnérable qu&#8217;un autre aux conséquences d&#8217;un accident.<br />
L&#8217;<a href="http://casnav.ac-dijon.fr/article.php3?id_article=91">ethnocentrisme</a> ici en oeuvre joue un double rôle : il est à la fois l&#8217;acteur d&#8217;une recherche qui peut, ainsi, chercher, et trouver puisqu&#8217;elle s&#8217;est intégralement organisée dans ce but, chez le motard sa nature fatale d&#8217;amateur de risque, et le moteur inconscient qui permet d&#8217;agir ainsi sans que le moindre doute ne vienne perturber la démarche de la chercheuse. Ce travail constitue une démonstration de la façon dont, même dans ses constructions savantes, et à cause de la présence persistante, et à tous les niveaux, de cet ethnocentrisme dont, par définition, ceux qui en sont victimes ignorent tout, le discours public relatif aux motards se trouve privé de pertinence, et un exemple de ces recherches qui, ne trouvant au bout du compte que les préjugés qu&#8217;elles ont apporté dans leurs hypothèses, n&#8217;étudiant que les dispositifs qu&#8217;elles ont constitués afin qu&#8217;ils soient étudiés, se révèlent profondément inutiles. Mais sans doute notre étudiante a-t-elle fait exactement ce que l&#8217;on attendait d&#8217;elle, en produisant ce travail purement idéologique, et absolument pas scientifique.</p>
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		<title>la manifestation</title>
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		<pubDate>Thu, 15 May 2008 18:39:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Denis Berger</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Que seuls les motards manifestent &#224; moto n&#8217;est que la premi&#232;re des constatations triviales que l&#8217;on peut faire en s&#8217;int&#233;ressant &#224; leur recours, d&#8217;abord inorganis&#233; et incontr&#244;l&#233;, puis de plus en plus encadr&#233; avec l&#8217;acquisition progressive par la FFMC de l&#8217;ensemble des pratiques, connaissances et relais n&#233;cessaire &#224; la production de ce que Pierre Favre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Que seuls les motards manifestent &agrave; moto n&#8217;est que la premi&egrave;re des constatations triviales que l&#8217;on peut faire en s&#8217;int&eacute;ressant &agrave; leur recours, d&#8217;abord inorganis&eacute; et incontr&ocirc;l&eacute;, puis de plus en plus encadr&eacute; avec l&#8217;acquisition progressive par la <a href="http://www.ffmc.asso.fr/" target="_blank">FFMC</a> de l&#8217;ensemble des pratiques, connaissances et relais n&eacute;cessaire &agrave; la production de ce que <a href="http://www.pressesdesciencespo.fr/livre/?GCOI=27246100529510" target="_blank">Pierre Favre </a>appelle des manifestations routini&egrave;res, &agrave; ce moyen d&#8217;expression politique dont la banalit&eacute; m&ecirc;me aurait pu faire &eacute;chec &agrave; l&#8217;analyse. Car, si l&#8217;on fait abstraction de leur caract&eacute;ristique principale, le fait qu&#8217;elles se d&eacute;roulent &agrave; moto, ces d&eacute;monstrations semblent au premier abord &eacute;tonnamment proches des ordinaires d&eacute;fil&eacute;s revendicatifs : elles sont r&eacute;guli&egrave;res, puisqu&#8217;on en compte au moins une &agrave; deux par an, et qu&#8217;il ne se passe pas d&#8217;ann&eacute;e sans manifestation motarde, elles se d&eacute;roulent selon un parcours d&eacute;termin&eacute;, pr&eacute;alablement d&eacute;clar&eacute; aux autorit&eacute;s comp&eacute;tentes, et elles comprennent presque toujours quelques actions annexes, discours, mises en sc&egrave;ne, l&acirc;chers de ballons ou destructions de fausses contraventions, actions emprunt&eacute;es au traditionnel r&eacute;pertoire de la manifestation syndicale.<br />
 A contrario, elles se distinguent fondamentalement des actions men&eacute;es par d&#8217;autres groupes qui, eux aussi, manifestent avec un v&eacute;hicule, routiers, ambulanciers, chauffeurs de taxis, voire, tout r&eacute;cemment, la cat&eacute;gorie en devenir des <a href="http://www.motomag.com/La-grogne-des-motos-taxis-3272.html" target="_blank">motos-taxis</a>. Professionnels aux commandes de leur outil de travail, et souvent ind&eacute;pendants, donc propri&eacute;taires de celui-ci, les actions de ces cat&eacute;gories d&#8217;acteurs sont en effet &agrave; la fois gr&egrave;ve et manifestation, ce qui explique, d&#8217;une part, qu&#8217;elles soient exceptionnelles et, d&#8217;autre part, qu&#8217;elles aient g&eacute;n&eacute;ralement pour objectif d&#8217;exercer une pression politique avec un but pr&eacute;cis, et qu&#8217;elles puissent donc se r&eacute;p&eacute;ter aussi longtemps que ce but n&#8217;est pas atteint, ou que l&#8217;&eacute;chec de la revendication n&#8217;est pas accept&eacute;. </p>
<p>Rien de tel chez les motards ou, pour &ecirc;tre plus pr&eacute;cis, dans les manifestations organis&eacute;es par la FFMC. L&agrave;, c&#8217;est un groupe social qui manifeste, et pour lequel, comme on le verra plus loin, le d&eacute;fil&eacute; est l&#8217;une des occasions d&#8217;affirmer, en plus de ses revendications particuli&egrave;res, son existence en tant que groupe sp&eacute;cifique. Et cette manifestation emploiera un r&eacute;pertoire d&#8217;action &eacute;labor&eacute; au cours du temps, largement original, notamment parce que des contraintes techniques triviales interdisent le recours aux m&eacute;thodes des manifestants &agrave; pied, m&eacute;thodes que l&#8217;on va d&eacute;tailler en particulier gr&acirc;ce &agrave; l&#8217;analyse des deux principales manifestations parisiennes de l&#8217;ann&eacute;e 2007, celle du <a href="http://www.motomag.com/Manifs-moto-nationales-Paris-1574.html"  target="_blank">15 avril</a>, de port&eacute;e g&eacute;n&eacute;rale, et celle du <a href="http://www.motomag.com/Manifs-moto-nationales-Paris-1574.html"  target="_blank">14 octobre</a>, dont l&#8217;objectif, protester contre l&#8217;interdiction faite aux deux-roues motoris&eacute;s d&#8217;emprunter le tunnel qui, reliant Versailles &agrave; Rueil-Malmaison, marquera la fin des travaux de l&#8217;autoroute circulaire A 86, int&eacute;ressait essentiellement la grande r&eacute;gion parisienne. Comme toujours &agrave; Paris, ces d&eacute;fil&eacute;s sont organis&eacute;s un dimanche apr&egrave;s-midi&nbsp;; et comme cela arrive parfois, lors de ces deux dimanches, il a fait tr&egrave;s beau voire, en avril 2007, tr&egrave;s chaud. Personne ne conteste qu&#8217;il s&#8217;agisse l&agrave; d&#8217;une condition indispensable au plein succ&egrave;s d&#8217;une manifestation motarde.</p>
<h3>rassemblement et d&eacute;fil&eacute;</h3>
<p>Tr&egrave;s t&ocirc;t dans l&#8217;histoire d&#8217;un mouvement n&eacute; &agrave; la toute fin des ann&eacute;es 70, le processus sp&eacute;cifique de la manifestation motarde s&#8217;est cristallis&eacute;. D&#8217;une certaine fa&ccedil;on, sa contrainte premi&egrave;re et ind&eacute;passable d&eacute;coule de la statique&nbsp;: puisque l&#8217;on d&eacute;file sur un v&eacute;hicule qui n&#8217;est pas stable en dessous de 20&nbsp;km/h, la vitesse moyenne de la d&eacute;monstration sera plus &eacute;lev&eacute;e, donc bien sup&eacute;rieure &agrave; celle des ordinaires manifestations p&eacute;destres. Elle durera donc beaucoup moins longtemps, tout en parcourant plus de kilom&egrave;tres. L&#8217;occupation de l&#8217;espace public, donc la g&ecirc;ne caus&eacute;e &agrave; ses usagers, sera, sauf exception, bien moindre, et le sera d&#8217;autant moins que, m&ecirc;me &agrave; Paris, le nombre des manifestants ne d&eacute;passera jamais quelques milliers&nbsp;: le mouvement motard se trouvera donc toujours priv&eacute; de ce moyen de pression, &agrave; la fois physique et symbolique, du grand nombre des participants, manque qu&#8217;il lui faudra bien compenser, partiellement, d&#8217;une autre mani&egrave;re. M&ecirc;me s&#8217;ils ne r&eacute;unissent jamais plus de quelques milliers de manifestants, les d&eacute;fil&eacute;s motards n&eacute;cessitent par contre, lors du rassemblement pr&eacute;alable, de monopoliser une surface assez consid&eacute;rable&nbsp;: souvent utilis&eacute; dans les premi&egrave;res ann&eacute;es du mouvement, le lieu de rendez-vous du Champ de Mars, avec sa dimension symbolique, a c&eacute;d&eacute; la place &agrave; l&#8217;esplanade du ch&acirc;teau de Vincennes, un parking qu&#8217;il appartient aux militants, quelques heures avant le d&eacute;but du parcours, d&#8217;occuper. Tr&egrave;s t&ocirc;t aussi, l&#8217;heure de d&eacute;part des manifestations parisiennes a &eacute;t&eacute; fix&eacute; &agrave; 15 heures&nbsp;; cet horaire pour le moins inhabituel permet pourtant &agrave; la fois, si l&#8217;on tient compte de la bri&egrave;vet&eacute; d&#8217;un d&eacute;fil&eacute; qui durera rarement plus de deux heures, de proc&eacute;der &agrave; la manifestation, et de permettre aux participants, &eacute;videmment tous venus par leurs propres moyens, et &agrave; moto, d&#8217;accomplir dans la journ&eacute;e un trajet aller et retour qui peut &ecirc;tre assez long, et donne donc aux manifestations parisiennes un large rayonnement&nbsp;: ainsi, la manifestation du 14 octobre, portant sur un th&egrave;me pourtant assez local, a-t-elle vu des participants venus d&#8217;Orl&eacute;ans, Rouen ou Compi&egrave;gne.</p>
<p>Par rapport &agrave; une manifestation classique, le r&eacute;pertoire des moyens d&#8217;expression auxquels les motards peuvent recourir se r&eacute;v&egrave;le par ailleurs extr&ecirc;mement limit&eacute;. Si l&#8217;on remarque toujours la pr&eacute;sence d&#8217;un camion &eacute;quip&eacute; d&#8217;un mat&eacute;riel de sonorisation, et d&#8217;un seul, l&#8217;unique banderole qui ouvrait autrefois les d&eacute;fil&eacute;s a aujourd&#8217;hui disparu. En effet, dans la mesure o&ugrave; il est difficile &agrave; un motard de tenir autre chose qu&#8217;un guidon, la banderole relevait de la responsabilit&eacute; des passagers de side-car&nbsp;: en pla&ccedil;ant deux motos attel&eacute;es c&ocirc;te &agrave; c&ocirc;te en t&ecirc;te de cort&egrave;ge, on pouvait faire porter une banderole par les passagers&nbsp;; mais la disparition progressive des side-cars, dont les effectifs ne cessent de diminuer dans un parc de motocycles en croissance continue, ne permet plus de compter sur cet unique recours &agrave; l&#8217;expression &eacute;crite. Il ne reste alors plus qu&#8217;une seule ressource, que l&#8217;on peut, fort heureusement, mettre &agrave; contribution sans aucun m&eacute;nagement&nbsp;: le bruit. En plus des moteurs, des avertisseurs sonores, des sifflets et des sir&egrave;nes que certains apportent, les limiteurs de sur-r&eacute;gime donnent aux manifestations motardes une signature sonore incomparable. Ces dispositifs, qui visent &agrave; prot&eacute;ger, en coupant leur allumage, les moteurs lors d&#8217;acc&eacute;l&eacute;rations trop intenses risquant de les entra&icirc;ner dans la zone rouge, provoquent des d&eacute;tonations tr&egrave;s bruyantes. On comprend alors que les modes d&#8217;expression traditionnels, slogans, chansons, fanfare, n&#8217;aient pas lui d&#8217;&ecirc;tre dans un environnement sonore qui se caract&eacute;rise essentiellement par son intensit&eacute;, le camion son n&#8217;&eacute;tant pas employ&eacute; lors du d&eacute;fil&eacute; lui m&ecirc;me, mais &agrave; l&#8217;occasion des pauses durant lesquelles, moteurs coup&eacute;s, on &eacute;coute les interventions des responsables, ainsi que lors des discours qui pr&eacute;c&egrave;dent le d&eacute;part.<br />
 Pas de banderole, pas de slogan, une communication sonore non verbale qui se limite &agrave; produire le plus de bruit possible : on le voit, la capacit&eacute; &agrave; exprimer des revendications pr&eacute;cises lors d&#8217;une manifestation motarde semble de prime abord extr&ecirc;mement r&eacute;duite.</p>
<p>Pourtant, il n&#8217;en est rien. D&#8217;une part, la manifestation ne repr&eacute;sente que l&#8217;un des modes d&#8217;inscription, et le plus g&eacute;n&eacute;ral, de la revendication motarde dans l&#8217;espace public, l&#8217;autre, lui aussi tr&egrave;s t&ocirc;t cristallis&eacute; sous le qualificatif d&#8217;action, portant des r&eacute;clamations plus ponctuelles et plus expressives, et m&eacute;ritant un d&eacute;veloppement s&eacute;par&eacute;. D&#8217;autre part, la sc&eacute;nographie de la manifestation d&eacute;montre une capacit&eacute;, que seuls les motards exploitent, &agrave; inscrire dans l&#8217;espace public, de la fa&ccedil;on m&ecirc;me dont celle-ci se d&eacute;roule, sa justification. Car, diam&eacute;tralement &agrave; l&#8217;oppos&eacute; des parcours syndicaux, traditionnels et r&eacute;p&eacute;titifs, dans le style Bastille &#8211; Nation, les d&eacute;fil&eacute;s motards sont toujours originaux, par leur parcours, par leurs inflexions, par leur agencement, au point que leur pr&eacute;paration donne lieu &agrave; un v&eacute;ritable concours d&#8217;id&eacute;es. Et puisque l&#8217;essentiel de la revendication s&#8217;exerce contre les pouvoirs publics, et conteste de multiples mani&egrave;res la ligne politique que ceux-ci appliquent &agrave; la moto, les d&eacute;fil&eacute;s sont, entre autres, l&#8217;occasion de protester par l&#8217;exemple contre cette politique, en d&eacute;montrant son absence de pertinence. Ainsi, la manifestation nationale du 15 avril 2007, une semaine avant le premier tour des &eacute;lections pr&eacute;sidentielles, prenait &agrave; Paris une couleur particuli&egrave;re, avec des revendications sp&eacute;cifiques&nbsp;: contre la Pr&eacute;fecture et sa p&eacute;nalisation de la &laquo;&nbsp;remont&eacute;e entre les files&nbsp;&raquo; pratiqu&eacute;e, en particulier sur le Boulevard p&eacute;riph&eacute;rique, par les deux-roues, contre les &laquo;&nbsp;espaces civilis&eacute;s&nbsp;&raquo; de l&#8217;adjoint au maire charg&eacute; des transports, le Vert Denis Baupin, dans lesquels la place laiss&eacute;e aux v&eacute;hicules individuels est drastiquement r&eacute;duite. Parti de l&#8217;esplanade du ch&acirc;teau de Vincennes, le d&eacute;fil&eacute; a ainsi emprunt&eacute; le Boulevard p&eacute;riph&eacute;rique entre la porte Dor&eacute;e et la porte de Pantin, en se d&eacute;ployant de telle sorte que chaque moto occupait le m&ecirc;me emplacement qu&#8217;une voiture, en roulant au milieu des voies. Ainsi, on montrait d&#8217;une part l&#8217;importance de l&#8217;espace qui serait inutilement occup&eacute; si les deux-roues se comportaient, selon la r&egrave;glementation, comme des automobiles et, avec plusieurs milliers de participants, on fournissait d&#8217;autre part l&#8217;occasion de clich&eacute;s spectaculaires, du haut des viaducs franchissant le p&eacute;riph&eacute;rique. Le d&eacute;fil&eacute; emprunta ensuite l&#8217;avenue Jean-Jaur&egrave;s, et plus tard le boulevard de Magenta, deux art&egrave;res remodel&eacute;es selon les normes de &laquo;&nbsp;l&#8217;espace civilis&eacute;&nbsp;&raquo; et difficiles &agrave; parcourir avec leur gabarit r&eacute;duit, leur dessin sinueux et la prolif&eacute;ration d&#8217;obstacles et de bordures qui les rendent particuli&egrave;rement dangereuses pour les deux-roues. Arriv&eacute; place de la R&eacute;publique, une premi&egrave;re pause sera l&#8217;occasion d&#8217;un discours et d&#8217;une op&eacute;ration symbolique de nature plus traditionnelle, le d&eacute;p&ocirc;t dans une urne d&#8217;un bulletin pr&eacute;alablement distribu&eacute; &agrave; Vincennes, avant de rejoindre la place de la Concorde, lieu d&#8217;un second discours et emplacement souvent choisi pour la dispersion. Le 14 octobre 2007, l&#8217;ampleur comme l&#8217;objectif de la contestation &eacute;taient diff&eacute;rents&nbsp;: il s&#8217;agissait, quelques mois avant la mise en service pr&eacute;vue du tunnel reliant Versailles &agrave; Rueil-Malmaison et cl&ocirc;turant l&#8217;autoroute circulaire A86, de protester contre son interdiction aux deux-roues motoris&eacute;s. Le lieu de rendez-vous, l&#8217;all&eacute;e des Fortifications qui longe l&#8217;hippodrome d&#8217;Auteuil et d&eacute;bouche sur la place de la Porte d&#8217;Auteuil, procurait &agrave; la fois l&#8217;espace n&eacute;cessaire au rassemblement progressif des motards, et un acc&egrave;s imm&eacute;diat au d&eacute;but du parcours, l&#8217;autoroute A13. Sur la place, le camion-son permit de retransmettre, en plus des allocutions des organisateurs, celle, tout &agrave; fait exceptionnelle, d&#8217;un &eacute;lu, le <a href="http://sergemery.over-blog.org/article-18656028.html" target="_blank">vice-pr&eacute;sident</a> socialiste de la r&eacute;gion Ile-de-France en charge des transports, lui aussi motard, et oppos&eacute; &agrave; l&#8217;interdiction. Le cort&egrave;ge emprunta ensuite l&#8217;A13 jusqu&#8217;&agrave; Vaucresson, o&ugrave; se situe l&#8217;un des points d&#8217;entr&eacute;e du tunnel&nbsp;: apr&egrave;s une pause et un discours, il passa par la D173, une voie sinueuse, &eacute;troite et pourvue d&#8217;une dangereuse bordure centrale en b&eacute;ton que poids-lourds et deux-roues devront prendre pour pouvoir ensuite de nouveau rejoindre l&#8217;A86 au d&eacute;bouch&eacute; du tunnel, &agrave; Rueil-Malmaison, o&ugrave; aura lieu la dispersion. </p>
<h3>police et service d&#8217;ordre</h3>
<p>L&#8217;expression d&#8217;une revendication qui passe pour l&#8217;essentiel par un mode particulier d&#8217;utilisation de l&#8217;espace public ne repr&eacute;sente pas la seule particularit&eacute; des manifestations motardes. L&#8217;ordre y est en effet assur&eacute;, par un service d&#8217;ordre sp&eacute;cialis&eacute; dont les t&acirc;ches seront bien diff&eacute;rentes de celles que celui-ci assume dans un d&eacute;fil&eacute; traditionnel, et,&nbsp;tr&egrave;s accessoirement, par la police, selon des modalit&eacute;s elles aussi particuli&egrave;res. A Paris, le service d&#8217;ordre rassemble des militants fiables et exp&eacute;riment&eacute;s, qui re&ccedil;oivent une formation sp&eacute;cifique. Il n&#8217;y aurait l&agrave; rien d&#8217;exceptionnel si sa mission visait tr&egrave;s rarement &agrave; maintenir effectivement l&#8217;ordre, c&#8217;est &agrave; dire &agrave; contr&ocirc;ler les d&eacute;bordements &eacute;ventuels des participants, voire &agrave; contrecarrer l&#8217;action d&#8217;&eacute;l&eacute;ments ext&eacute;rieurs profitant de la pr&eacute;sence de manifestants pour se livrer &agrave; des d&eacute;lits divers. Car, c&ocirc;t&eacute; manifestants, il n&#8217;existe gu&egrave;re de risque de d&eacute;bordements, ni de d&eacute;gradation de biens, puisque l&#8217;on a affaire &agrave; des gens qui d&eacute;filent aux commandes d&#8217;un bien dont ils sont propri&eacute;taires et qu&#8217;ils d&eacute;testeraient voir d&eacute;grad&eacute;, et qui ne prendront pas l&#8217;initiative d&#8217;une action violente ; de la m&ecirc;me fa&ccedil;on, un provocateur &agrave; pied aurait bien du mal &agrave; rejoindre un cort&egrave;ge de motards&nbsp;: il lui faudrait courir tr&egrave;s vite, et il risquerait de se faire assez facilement rep&eacute;rer. Le service d&#8217;ordre de la FFMC est pourtant particuli&egrave;rement solide&nbsp;: hi&eacute;rarchis&eacute;, identifi&eacute; par le port d&#8217;un gilet r&eacute;fl&eacute;chissant jaune, pour ses membres ordinaires, ou orange, pour les responsables qui assignent les t&acirc;ches, il re&ccedil;oit une formation dispens&eacute;e par l&#8217;AFDM, l&#8217;association de formation de la FFMC, dans le but d&#8217;am&eacute;liorer la ma&icirc;trise que ses participants ont de leur moto. Car leur travail est difficile&nbsp;: il consiste pour l&#8217;essentiel &agrave; assurer la fluidit&eacute; et la s&eacute;curit&eacute; du d&eacute;fil&eacute; en bloquant les carrefours pour emp&ecirc;cher d&#8217;&eacute;ventuels automobilistes de le perturber en circulant au milieu des motards. Il leur faut donc, en permanence, remonter le cort&egrave;ge &agrave; allure soutenue et au milieu des manifestants, prendre position &agrave; un carrefour, bloquer les autres v&eacute;hicules, laisser le d&eacute;fil&eacute; passer, et recommencer plus loin. Accessoirement, il peut &ecirc;tre n&eacute;cessaire de calmer tel ou tel participant, adepte par exemple du burn-out, une pratique qui consiste &agrave; faire patiner la roue arri&egrave;re en acc&eacute;l&eacute;rant tout en maintenant les freins avant bloqu&eacute;s, l&#8217;&eacute;chauffement du pneu provoquant alors assez vite de forts d&eacute;gagements de fum&eacute;e&nbsp;; il s&#8217;agit moins l&agrave; de pr&eacute;venir un &eacute;ventuel danger que de sauvegarder une ligne d&eacute;fendue depuis toujours par la FFMC, celle d&#8217;un comportement raisonnable, &agrave; l&#8217;oppos&eacute; d&#8217;une certaine image de la virilit&eacute; motarde dont elle a toujours cherch&eacute; &agrave; se distinguer.</p>
<p>En somme, on l&#8217;aura remarqu&eacute;, ce service d&#8217;ordre tr&egrave;s professionnel, exclusivement compos&eacute; de militants aguerris et test&eacute;s, dans leurs capacit&eacute;s comme dans leur fiabilit&eacute;, lors d&#8217;entra&icirc;nements &eacute;pisodiques, a comme fonction principale d&#8217;assurer une mission qui rel&egrave;ve r&eacute;glementairement des seules pr&eacute;rogatives de la force publique, ou, en d&#8217;autres termes, de faire &agrave; sa place le travail de la police, travail que, faute d&#8217;effectifs, celle-ci &eacute;prouverait bien des difficult&eacute;s &agrave; mener &agrave; bien. Car c&#8217;est l&agrave; une des autres caract&eacute;ristiques des manifestations motardes&nbsp;: la police en est presque totalement absente. Les unit&eacute;s fixes de maintien de l&#8217;ordre, CRS et gendarmes mobiles, apparaissent, en petit nombre et en fin de manifestation, seulement pour interdire des emplacements pr&eacute;cis, le pont de la Concorde menant &agrave; l&#8217;Assembl&eacute;e Nationale ou, plus encore, le quai de la Corse, au nord de la Pr&eacute;fecture de police, et pour veiller au bon d&eacute;roulement de ce moment d&eacute;licat, la dispersion, laquelle, &agrave; Paris, s&#8217;effectue le plus souvent au centre de la capitale. Mais l&#8217;&Eacute;tat disposant d&#8217;une quantit&eacute; consid&eacute;rable de gendarmes, policiers ou CRS aussi mobiles que les motards, puisqu&#8217;&eacute;galement motocyclistes, il ne devrait pas &eacute;prouver de difficult&eacute;s &agrave; d&eacute;l&eacute;guer les effectifs n&eacute;cessaires &agrave; l&#8217;encadrement de manifestants qui ne font qu&#8217;exercer un droit, et le font en toute l&eacute;galit&eacute;. Aussi la maigreur du peloton affect&eacute; &agrave; cette t&acirc;che, et que l&#8217;on voit traditionnellement s&#8217;aligner &agrave; proximit&eacute; du lieu de rassemblement une demi-heure avant l&#8217;heure pr&eacute;vue pour le d&eacute;part, et sans chercher &agrave; &eacute;tablir de contact avec les organisateurs, &eacute;tonne&nbsp;: la grande manifestation du 15 avril 2007, o&ugrave;, toujours g&eacute;n&eacute;reuse dans ses calculs, la FFMC a d&eacute;nombr&eacute; 7000 participants &agrave; Paris, &eacute;tait&nbsp;encadr&eacute;e, en tout et pour tout, par sept motardes et motards de la Police Nationale. Sans doute, une semaine avant le premier tour des &eacute;lections pr&eacute;sidentielles, les effectifs disponibles avaient-ils mieux &agrave; faire qu&#8217;accompagner une manifestation o&ugrave; aucun d&eacute;bordement n&#8217;est &agrave; craindre.</p>
<h3>spectateurs et participants</h3>
<p>La police n&#8217;est pas seule &agrave; ne pr&ecirc;ter qu&#8217;une attention distraite aux manifestations motardes&nbsp;: la presse, le plus souvent, et sans doute en partie pour des raisons identiques, fait de m&ecirc;me. &Agrave; la notable exception du Parisien, exception qui s&#8217;explique sans doute par le caract&egrave;re plus local et plus populaire qui distingue ce journal des grands titres nationaux, la presse &eacute;crite est le plus souvent absente. Pour des raisons similaires, la seule &eacute;quipe t&eacute;l&eacute;vis&eacute;e presque toujours pr&eacute;sente est celle de France&nbsp;3 Ile-de-France&nbsp;: encore se contente-t-elle, en g&eacute;n&eacute;ral, de faire quelques plans au d&eacute;but et au milieu du parcours. La manifestation du 14 octobre 2007, contre l&#8217;interdiction du tunnel de l&#8217;A86, fait exception, avec une plus large couverture de presse, et une pr&eacute;sence constante, tout au long de la manifestation, de l&#8217;&eacute;quipe de France 3, circulant au milieu des motards&nbsp;: la cha&icirc;ne pourra ainsi produire un sujet d&#8217;une dur&eacute;e standard, 1&#8242;43&#8243;, diffus&eacute; au journal t&eacute;l&eacute;vis&eacute; du soir, alors que les comptes-rendus de ces d&eacute;fil&eacute;s se limitent le plus souvent &agrave; une br&egrave;ve qui ne d&eacute;passe pas les 20&#8243;. Le caract&egrave;re local et ponctuel de la revendication, la mise en cause d&#8217;un &eacute;quipement qui concernera aussi, et surtout, les automobilistes, et tranche donc sur une th&eacute;matique qui n&#8217;int&eacute;resse g&eacute;n&eacute;ralement que les seuls motards, permet de comprendre pourquoi cette manifestation-l&agrave; a suscit&eacute; plus d&#8217;int&eacute;r&ecirc;t.<br />
 On se trouve donc bien loin de la &laquo;&nbsp;manifestation de papier&nbsp;&raquo; que d&eacute;crit <a href="http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/arss_0335-5322_1984_num_52_1_3329?_Prescripts_Search_isPortletOuvrage=false"  target="_blank">Patrick Champagne</a>, pour lequel&nbsp;: &laquo;&nbsp;On pourrait presque dire, sans forcer l&#8217;expression, que le lieu r&eacute;el o&ugrave; se d&eacute;roulent les manifestations, qu&#8217;elles soient violentes et spontan&eacute;es ou pacifiques et organis&eacute;es, n&#8217;est pas la rue, simple espace apparent, mais la presse (au sens large). Les manifestants d&eacute;filent en d&eacute;finitive pour la presse et pour la t&eacute;l&eacute;vision&#8230;&nbsp;&raquo; Comme on l&#8217;a dit plus haut, la rue a d&#8217;autant plus d&#8217;importance dans une manifestation motarde qu&#8217;elle est &agrave; la fois le lieu et l&#8217;objet de la revendication. Mais la presse grand public se contente g&eacute;n&eacute;ralement de les mentionner d&#8217;un simple d&eacute;p&ecirc;che&nbsp;; et, &agrave; l&#8217;exception de <a href="http://www.motomag.com/rubrique.php3?id_rubrique=1" target="_blank">Moto Magazine</a>, le mensuel issu du mouvement motard, et de <a href="http://www.moto-net.com/index.php"  target="_blank">Moto Net</a> organe de presse en ligne dont le r&eacute;dacteur fait preuve d&#8217;un militantisme certain, et fait partie des habitu&eacute;s des manifestations, il en va largement de m&ecirc;me pour la presse sp&eacute;cialis&eacute;e. Quant aux spectateurs toujours l&agrave; par hasard, les informations relatives &agrave; l&#8217;heure et au parcours de la manifestation ne se diffusant gu&egrave;re au del&agrave; du monde motard, ils sont, justement, au spectacle, le d&eacute;fil&eacute; pittoresque et &laquo;&nbsp;bon enfant&nbsp;&raquo;, pour reprendre les termes de France&nbsp;3, parfois agr&eacute;ment&eacute; d&#8217;une petite sayn&egrave;te, de cette &eacute;trange population bruyante et casqu&eacute;e faisant, en particulier, beaucoup rire les enfants.</p>
<p>Lors d&#8217;une manifestation motarde, on d&eacute;file donc, d&#8217;abord et surtout, pour soi. Car la manifestation est pr&eacute;texte, et occasion unique, une ou deux fois l&#8217;an, &agrave; r&eacute;unir les composantes tr&egrave;s diverses et atomis&eacute;es d&#8217;un monde motard fortement segment&eacute; suivant de multiples crit&egrave;res, moto japonaise ou europ&eacute;enne,&nbsp;sportive ou routi&egrave;re, jeunes motards en roadster, couples d&#8217;&acirc;ge m&ucirc;r sur une grande routi&egrave;re allemande. L&#8217;observation les montre, arrivant seuls, en petits groupes de deux ou trois amis, en groupes plus &eacute;toff&eacute;s, clubs d&#8217;utilisateurs de tel ou tel mod&egrave;le, et parfois de motos de collection, jeunes r&eacute;sidents de telle ou telle cit&eacute;, militants des antennes FFMC de d&eacute;partements n&#8217;appartenant pas &agrave; l&#8217;Ile de France et qui viennent participer au service d&#8217;ordre. La grande manifestation du 15 avril 2007 a vu la participation remarqu&eacute;e de clubs de bikers, <a href="http://hdcwalhallas.skyrock.com/" target="_blank">Wahalla&#8217;s Riders</a> ou <a href="http://pagesperso-orange.fr/road.monsters/index.html"  target="_blank">Road Monsters</a>&nbsp;; or, l&#8217;individualisme forcen&eacute; que l&#8217;on pr&ecirc;te &agrave; ces amateurs de Harley-Davidson rend probl&eacute;matique leur participation &agrave; un &eacute;v&eacute;nement aussi consensuel&nbsp;: s&#8217;ils sont aussi l&agrave;, c&#8217;est qu&#8217;il ne manque vraiment personne. Plus encore que les grand-rendez-vous des comp&eacute;titions comme le Bol d&#8217;Or, la manifestation de la FFMC reste la principale occasion de r&eacute;unir, non pas tous les motards, mais des repr&eacute;sentants de toutes les composantes de cet univers particulier, et est donc un moyen d&#8217;affirmer, au-del&agrave; des particularismes, son existence en tant que tel, et son unit&eacute; face &agrave; un adversaire commun.</p>
<p>La manifestation motarde, c&#8217;est donc d&#8217;abord un r&eacute;pertoire d&#8217;action absolument singulier, o&ugrave; l&#8217;on remplit un cadre socialement et r&egrave;glementairement bien &eacute;tabli d&#8217;un contenu largement original et presque totalement sp&eacute;cifique. Mais, avec l&#8217;exp&eacute;rience acquise par les organisateurs, et le service d&#8217;ordre, avec l&#8217;anciennet&eacute; des liens &eacute;tablis avec une autorit&eacute; publique qui en arrive &agrave; se dispenser presque totalement de l&#8217;envoi des troupes, la routine guette&nbsp;: en fait, la confrontation principale avec le pouvoir administratif se produit avant le d&eacute;fil&eacute;, et porte sur la n&eacute;gociation du trajet, en particulier sur le fait de finir, comme cela s&#8217;est produit plusieurs fois, place de la Concorde. L&#8217;exp&eacute;rience montre que, quitte &agrave; l&eacute;g&egrave;rement d&eacute;vier du parcours officiellement d&eacute;pos&eacute;, ce point peut s&#8217;obtenir, sinon dans une l&eacute;galit&eacute; formelle, du moins sans confrontation violente.<br />
 Pourtant, elle se distingue au moins sur un point capital de la manifestation routini&egrave;re dont Pierre Favre &eacute;crit que&nbsp;: &nbsp;&raquo; (elle) trouve finalement son principe dans le pass&eacute;&nbsp;: ou bien elle perp&eacute;tue le souvenir de mobilisations anciennes (le 1er Mai est une comm&eacute;moration), ou bien on n&#8217;y fait que rejouer sans trop de convictions, rituellement, une action telle qu&#8217;elle &eacute;tait lorsqu&#8217;elle produisait des changements majeurs&nbsp;&raquo;. Si, en effet, le mouvement motard, comme d&#8217;autres, &eacute;prouve aujourd&#8217;hui des difficult&eacute;s &agrave; obtenir ces changements majeurs qui ont effectivement eu lieu au d&eacute;but de son existence, si la question de l&#8217;utilit&eacute; de ces &laquo;&nbsp;manifestations o&ugrave; l&#8217;on vient comme &agrave; une garden party&nbsp;&raquo;, comme l&#8217;&eacute;crit la FFMC elle-m&ecirc;me, et qui valent comme un quitus que l&#8217;on se donne &agrave; soi-m&ecirc;me pour solde d&#8217;une activit&eacute; militante qui se limite &agrave; cette seule occurrence, se pose, la manifestation motarde conserve un double int&eacute;r&ecirc;t politique. D&#8217;abord, le fait, m&ecirc;me dans le cadre d&#8217;une manifestation routini&egrave;re, de toujours &ecirc;tre en mesure de mobiliser les motards par milliers, voire, sur la France enti&egrave;re, par dizaine de milliers, conserve un indispensable effet dissuasif. Ensuite, la manifestation ne repr&eacute;sente, en quelque sorte, que l&#8217;&eacute;l&eacute;ment routinier et officiel d&#8217;un r&eacute;pertoire qui comprend, en parall&egrave;le, des formes plus &eacute;pisodiques, plus offensives, et moins l&eacute;gales, d&#8217;action, auquel les m&ecirc;mes organisateurs auront recours le cas &eacute;ch&eacute;ant. Or celles-ci recrutent leurs participants dans ce r&eacute;servoir de militants mobilis&eacute;s pour la manifestation, et seront donc d&#8217;autant plus cr&eacute;dibles et efficaces que ce r&eacute;servoir reste bien garni. La fonction dissuasive de la manifestation s&#8217;exerce donc dans deux dimensions distinctes&nbsp;: comme garantie de l&#8217;efficacit&eacute; d&#8217;actions qui seront men&eacute;es par ailleurs, et comme menace potentielle d&#8217;actions plus intenses, s&#8217;il arrivait que certaines avanc&eacute;es d&eacute;j&agrave; obtenues, comme l&#8217;existence de <a href="http://www.motomag.com/Le-maire-de-Tremblay-est-pour-le-2141.html" target="_blank">Carole</a>, ce circuit r&eacute;serv&eacute; aux motards et d&eacute;finitivement provisoire, soient effectivement remises en cause&nbsp;: &laquo;&nbsp;si Carole ferme, on bloque Paris&nbsp;&raquo;, disait un membre &eacute;minent de la FFMC. Une des forces que conserve ce mouvement tient au fait que les pouvoirs publics savent qu&#8217;il ne s&#8217;agit pas d&#8217;une simple bravade.</p>
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		<title>état de la question</title>
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		<pubDate>Mon, 30 Apr 2007 16:23:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Denis Berger</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les distinctions entre sociologie, ethnologie et anthropologie, trois disciplines enseign&#233;es sous la m&#234;me banni&#232;re des sciences sociales, souvent dans les m&#234;mes d&#233;partements universitaires, rarement par les m&#234;mes enseignants, para&#238;tront d&#8217;autant plus opaques aux profanes qu&#8217;elles restent floues pour bien des &#233;tudiants. Dans l&#8217;univers des sciences sociales, les fronti&#232;res sont en effet d&#8217;autant plus difficiles &#224; [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les distinctions entre sociologie, ethnologie et anthropologie, trois disciplines enseign&eacute;es sous la m&ecirc;me banni&egrave;re des sciences sociales, souvent dans les m&ecirc;mes d&eacute;partements universitaires, rarement par les m&ecirc;mes enseignants, para&icirc;tront d&#8217;autant plus opaques aux profanes qu&#8217;elles restent floues pour bien des &eacute;tudiants. Dans l&#8217;univers des sciences sociales, les fronti&egrave;res sont en effet d&#8217;autant plus difficiles &agrave; appr&eacute;hender que, produites notamment par leur histoire, laquelle diff&egrave;re de plus d&#8217;un pays &agrave; l&#8217;autre, elles ne sont jamais fig&eacute;es. Pourtant, les trois mati&egrave;res concern&eacute;es disposent de leurs territoires respectifs, ne comporterait-il que des salles de classes et des budgets de recherche, et doivent donc justifier de leurs sp&eacute;cificit&eacute;s ; on peut tenter de les esquisser, dans une d&eacute;marche s&ucirc;rement contestable, et qui risque de n&#8217;avoir qu&#8217;un lointain rapport avec les d&eacute;finitions scolaires et polic&eacute;es de Wikipedia.</p>
<p>La sociologie, une discipline souvent confondue avec la sociom&eacute;trie, la mesure des caract&egrave;res d&#8217;une population dont les plus communs sont le sexe, l&#8217;&acirc;ge, le niveau d&#8217;&eacute;tudes et la cat&eacute;gorie sociale, un terme abusivement utilis&eacute; pour d&eacute;signer les caract&eacute;ristiques sociales d&#8217;un groupe particulier, s&#8217;est progressivement d&eacute;gag&eacute;e, &agrave; la fin du XIX&egrave;me si&egrave;cle, gr&acirc;ce au travail, et au volontarisme, des grands anciens, <a href="http://classiques.uqac.ca/classiques/Weber/weber_max.html" target="_blank">Max Weber</a>, <a href="http://classiques.uqac.ca/classiques/Durkheim_emile/durkheim.html" target="_blank">Emile Durkheim</a>, <a href="http://classiques.uqac.ca/classiques/pareto_wilfredo/pareto_vilfredo.html" target="_blank">Vilfredo Pareto</a>, de ses origines &eacute;conomiques et philosophiques pour constituer un domaine autonome. Elle vise, au del&agrave; des disparit&eacute;s culturelles, g&eacute;ographiques et historiques, &agrave; comprendre, contre l&#8217;explication du sens commun, les r&egrave;gles qui organisent le fonctionnement social, r&egrave;gles qui se situent bien en de&ccedil;&agrave; et bien au del&agrave; du corpus r&eacute;glementaire cens&eacute; r&eacute;guler ces m&ecirc;mes soci&eacute;t&eacute;s, et les invariants en fonction desquels se produisent et se reproduisent les faits sociaux. <br />
 Dans le domaine bien plus vaste de l&#8217;anthropologie, qui se fixe comme objet d&#8217;&eacute;tude l&#8217;homme en g&eacute;n&eacute;ral, le versant sciences humaines conna&icirc;t aussi ses p&egrave;res et m&egrave;res fondateurs, <a href="http://classiques.uqac.ca/classiques/malinowsli/malinowski.html" target="_blank">Bronislaw Malinovski</a>, <a href="http://classiques.uqac.ca/classiques/mead_margaret/mead_margaret.html" target="_blank">Margaret Mead</a>, qui m&egrave;neront des &eacute;tudes ethnographiques en s&#8217;installant au milieu de soci&eacute;t&eacute;s traditionnelles, les &icirc;les Salomon pour le premier, la Nouvelle Guin&eacute;e, un peu plus &agrave; l&#8217;ouest, pour la seconde, dans le but de d&eacute;crire avec la plus grande minutie la culture, les croyances, les structures familiales.<br />
 A l&#8217;origine, sociologie et anthropologie se distinguaient nettement, &agrave; la fois par leurs territoires &#8211; soci&eacute;t&eacute;s contemporaines, donc complexes, pour la premi&egrave;re, soci&eacute;t&eacute;s traditionnelles pour la seconde, lesquelles soci&eacute;t&eacute;s, par d&eacute;finition, cohabitaient au m&ecirc;me moment dans des espaces physiques disjoints &#8211; et par leur m&eacute;thodes &#8211; enqu&ecirc;tes &agrave; la fois quantitatives et qualitatives de grande ampleur pour la sociologie, approche ethnographique par une immersion de longue dur&eacute;e au sein des populations observ&eacute;es pour l&#8217;anthropologie. Ensuite, tout s&#8217;est compliqu&eacute;. D&#8217;une part, avec le d&eacute;veloppement aux Etats-Unis d&#8217;une sociologie interractionniste qui s&#8217;opposait au paradigme fonctionnaliste en s&#8217;int&eacute;ressant aux relations cr&eacute;es par les acteurs, et plus seulement aux institutions existant en dehors d&#8217;eux, des m&eacute;thodes ethnographiques, l&#8217;<a href="http://www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=GEN&amp;ID_NUMPUBLIE=GEN_039&amp;ID_ARTICLE=GEN_039_0138" target="_blank">observation participante</a> notamment, feront leur apparition dans la sociologie. Ainsi, ce qui est moins ethnologie qu&#8217;ethnographie &#8211; l&#8217;&eacute;tude, par observation et entretiens, d&#8217;un groupe de taille r&eacute;duite, un clan familial pour l&#8217;ethnologue, une maison de retraite, une association de quartier, un moto-club pour le sociologue &#8211; devient un &eacute;l&eacute;ment de la d&eacute;marche sociologique. De l&#8217;autre l&#8217;anthropologie, voyant son domaine exclusif, les soci&eacute;t&eacute;s traditionnelles, r&eacute;duit &agrave; mesure que celles-ci sortaient de leur isolement, un processus auquel les anthropologues n&#8217;&eacute;taient pas &eacute;trangers, souffrait du syndrome de la NASA&nbsp;: perdant sa raison d&#8217;&ecirc;tre, il lui a fallu &agrave; la fois lutter pour sa survie et contre les restrictions budg&eacute;taires, et trouver de nouveaux objets d&#8217;&eacute;tudes pour justifier celle-ci. Ainsi s&#8217;est d&eacute;velopp&eacute;e une anthropologie du monde contemporain, greffant sur le territoire des sociologues une sorte d&#8217;explication du monde social par le symbole et la croyance qui, si elle se montre pertinente avec un <a href="http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/fabriquenew/fiche.php?diffusion_id=40467" target="_blank">objet</a> d&#8217;&eacute;tudes appropri&eacute;, ressemble trop souvent aux divagations d&#8217;un Diafoirius et provoque, entre presque coll&egrave;gues, eux qui sont du m&eacute;tier, eux &agrave; qui on ne la fait pas, <a href="http://coulmont.com/blog/2007/04/19/blogsuniversitaires/" target="_blank">escarmouches</a>, et <a href="http://etudesrurales.revues.org/document131.html" target="_blank">choc frontaux</a>.</p>
<h3>Les beaux parleurs</h3>
<p> Tout cela ne serait pas trop grave si le profane ne s&#8217;y laissait prendre. En recensant les diff&eacute;rents travaux anthropologiques, ethnologiques et sociologiques relatifs aux motards qu&#8217;il a pu trouver en ligne, et qui, <a href="http://scholar.google.com/" target="_blank">Google Scholar</a> oblige, constituent en effet l&#8217;ensemble des maigres ressources accessibles sur la question, <a href="http://flatfab.wordpress.com/2007/03/14/la-sociologie-du-motard/" target="_blank">Fabien</a>, faute d&#8217;&ecirc;tre en mesure de d&eacute;chiffrer l&#8217;&eacute;tiquette de la provenance, se trompe fondamentalement sur la qualit&eacute; de la marchandise.<br />
 Doctorant en ethnologie &agrave; l&#8217;universit&eacute; de Metz, Fran&ccedil;ois Oudin recherche dans le monde motard, depuis son DEA, un succ&eacute;dan&eacute; &agrave; la tribu disparue, un objet suffisamment rare, exotique, sp&eacute;cifique, ferm&eacute;, et passif, pour &ecirc;tre en mesure d&#8217;y projeter sans trop de peine, et sans trop de travail de terrain puisque l&#8217;on croit comprendre, sous le masque d&#8217;un <a href="http://leportique.revues.org/document480.html" target="_blank">discours</a> abscons qui n&#8217;impressionnera que le Bourgeois Gentilhomme, qu&#8217;il se limite &agrave; l&#8217;obtention du permis A, ses pr&eacute;notions p&eacute;dantes et moralisatrices. Encore prouve-t-il, dans le <a href="http://lapirogue.free.fr/enjeux.htm" target="_blank">contre-sens</a> par lequel il semble voir dans le fait que l&#8217;&eacute;preuve du plateau dite &laquo;&nbsp;maniabilit&eacute; rapide&nbsp;&raquo; soit chronom&eacute;tr&eacute;e une incitation &agrave; la vitesse, croyant sans doute que l&#8217;on y obtiendra d&#8217;autant plus de succ&egrave;s que, comme sur un circuit, on ira plus vite, alors qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une &eacute;preuve en temps limit&eacute; o&ugrave; le candidat &eacute;choue s&#8217;il roule trop lentement, mais aussi s&#8217;il roule trop vite, que, m&ecirc;me l&agrave;, il n&#8217;a pas vu grand&#8217;chose, et que ses pr&eacute;jug&eacute;s l&#8217;emportent sur ses capacit&eacute;s d&#8217;observation.<br />
 Le m&eacute;moire de ma&icirc;trise de Fr&eacute;d&eacute;ric V&ouml;lker, autre travail cit&eacute; par Fabien, bien que relevant, lui, dans son approche comme dans ses r&eacute;f&eacute;rences, de la sociologie, fonctionne de la m&ecirc;me mani&egrave;re&nbsp;: il s&#8217;agit, sur un substrat un peu plus consistant puisque, en plus de passer le permis, Fr&eacute;d&eacute;ric V&ouml;lker a assist&eacute; au 24 Heures du Mans, de plaquer une interpr&eacute;tation trouv&eacute;e dans les livres, chez Pierre Bourdieu, forc&eacute;ment, mais aussi <a href="http://thorstein.veblen.free.fr/" target="_blank">Thorstein Veblen</a>, sociologue am&eacute;ricain de la fin du XIX &egrave;me si&egrave;cle dont la Th&eacute;orie de la classe de loisir s&#8217;int&eacute;ressait &agrave; cette mince cat&eacute;gorie de tr&egrave;s riches oisifs qui devaient &ecirc;tres ruin&eacute;s par la crise des ann&eacute;es 30, au moyen d&#8217;un discours accumulant les clich&eacute;s. Oudin et V&ouml;lker partagent une m&ecirc;me position, la sup&eacute;riorit&eacute; intellectuelle de l&#8217;homme blanc faisant aux indig&egrave;nes l&#8217;honneur de leur accorder une parcelle de son attention, un m&ecirc;me postulat, selon lequel l&#8217;obscurit&eacute; d&#8217;un discours suffit &agrave; faire oublier sa vacuit&eacute;, et un m&ecirc;me m&eacute;pris pour leur objet, t&eacute;moin muet de leurs vaticinations. Clairement, chez l&#8217;un comme chez l&#8217;autre, l&#8217;obscur travail du terrain insulte leur dignit&eacute; de chercheurs.<br />
<h3>Les besogneux</h3>
<p>Le test de scientificit&eacute; d&#8217;une discipline se trouve dans sa m&eacute;thodologie. On s&#8217;en voudrait de rappeler une telle &eacute;vidence si, dans le domaine des sciences humaines, la m&eacute;thodologie n&#8217;&eacute;tait totalement ignor&eacute;e du grand public tout en repr&eacute;sentant un moyen efficace et &eacute;conomique de faire le tri. Les rares travaux relatifs aux motards fran&ccedil;ais utilisent des m&eacute;thodes ethnographiques, &eacute;tudiant des groupes de taille restreinte par observation participante et entretiens&nbsp;: la nature du terrain, la dur&eacute;e de l&#8217;implication du chercheur, le nombre d&#8217;entretiens r&eacute;alis&eacute;s constituent autant d&#8217;&eacute;l&eacute;ments facilement mesurables qui, s&#8217;ils ne garantissent pas la qualit&eacute; du r&eacute;sultat final, permettent au moins d&#8217;&eacute;viter de perdre son temps en st&eacute;riles lectures.</p>
<p>Si l&#8217;on excepte La machine et la chute. Les mutations de l&#8217;imaginaire motard, tr&egrave;s court texte, moins de trois pages, publi&eacute; par <a href="http://www.univ-reunion.fr/universite/composantes/tampon/LaRecherche.html" target="_blank">Pascal Duret</a> et Georges Vigarello, son directeur de recherche, dans un num&eacute;ro d&#8217;<a href="http://www.culture.gouv.fr/sef/revue/91_3/91_3.htm" target="_blank">Ethonologie fran&ccedil;aise</a> dont le th&egrave;me, Violence, brutalit&eacute;, barbarie, en dit long, article qui d&eacute;crit de fa&ccedil;on assez peu convaincante la mani&egrave;re dont, &agrave; la fin des ann&eacute;es 70, la s&eacute;curit&eacute; des pilotes a enfin &eacute;t&eacute; prise en compte dans les Grand Prix moto, a priori les deux seuls travaux fran&ccedil;ais publi&eacute;s sur la question sont le fruit du travail de Fran&ccedil;ois Portet, ethnologue &agrave; la <a href="http://www.culture.gouv.fr/mpe/index.htm" target="_blank">DRAC</a> de la r&eacute;gion Rh&ocirc;ne-Alpes. Au moment de r&eacute;aliser sa th&egrave;se sur l&#8217;habitat rural, au tout d&eacute;but des ann&eacute;es 80, celui-ci a appartenu durant trois ans &agrave; un moto-club du Creusot, participant aux r&eacute;unions, aux sorties et aux concentres, en l&#8217;occurrence les Edelweiss &agrave; Aix-les-Bains, et r&eacute;alisant une vingtaine d&#8217;entretiens. On ne peut que regretter qu&#8217;un mat&eacute;riau aussi riche n&#8217;ait &eacute;t&eacute;, quinze ans plus tard, employ&eacute; que dans deux articles.<br />
 Le premier, que cite Fabien, est paru dans <a href="http://terrain.revues.org/document3104.html" target="_blank">Terrain</a>, la grande revue d&#8217;ethnologie fran&ccedil;aise, en 1994&nbsp;; si le texte est disponible en ligne, la s&eacute;rie de photos que, en bon ethnographe, Fran&ccedil;ois Portet a r&eacute;alis&eacute;es &agrave; l&#8217;&eacute;poque, se trouve seulement dans l&#8217;&eacute;dition papier. Le second, Moto et motocyclisme&nbsp;: l&#8217;amour de l&#8217;objet et le go&ucirc;t du risque, fait partie d&#8217;un gros recueil d&#8217;articles publi&eacute; en 1998 sous la direction de Christian Bromberger dont le titre, <a href="http://www.amazon.fr/Passions-ordinaires-Christian-Bromberger/dp/201279081X/ref=sr_1_6/402-2015830-7850556?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1178097869&amp;sr=8-6"  target="_blank">Passions ordinaires</a>, colle id&eacute;alement &agrave; la moto. Ces deux textes au contenu assez diff&eacute;rent, le premier traitant sp&eacute;cifiquement des questions d&#8217;argent &agrave; la fois pour les membres du club, quasi-exclusivement de jeunes ouvriers et employ&eacute;s aux revenus modestes, et entre eux, le second d&eacute;crivant de mani&egrave;re plus globale, et plus ethnologique, la passion de la moto, la vie au sein du club, le rituel des affrontements lors de la concentration, fournissent un excellent exemple d&#8217;un vrai travail de terrain, o&ugrave; l&#8217;on ne traite pas ses objets d&#8217;&eacute;tude comme des choses. T&eacute;moin unique d&#8217;une &eacute;poque r&eacute;volue, Fran&ccedil;ois Portet d&eacute;crit une situation sociale sans doute caract&eacute;ristique de ce d&eacute;but des ann&eacute;es 80, et fournit un point de r&eacute;f&eacute;rence qui permet de mesurer &agrave; la fois combien, aujourd&#8217;hui, les choses ont chang&eacute;, et comment la pratique de la grosse arsouille se perp&eacute;tue malgr&eacute; tout, sous des modalit&eacute;s sans doute un peu plus polic&eacute;es.</p>
<p>Le territoire plus imp&eacute;n&eacute;trable des travaux de dipl&ocirc;mes, m&eacute;moires de ma&icirc;trise et de DEA, th&egrave;ses, &agrave; l&#8217;exception de celui que Fr&eacute;d&eacute;ric V&ouml;lker a mis en ligne, ne sera gu&egrave;re accessible qu&#8217;aux &eacute;tudiants, et encore. Si le fichier <a href="http://fct.u-paris10.fr/index.jsp"  target="_blank">central</a> des th&egrave;ses recense l&#8217;ensemble des travaux en cours, il ne fournit d&#8217;autre information que le nom de l&#8217;auteur, celui du directeur de recherche et le titre du m&eacute;moire. Pour avoir acc&egrave;s aux contenus, point de salut en dehors du <a href="http://www.sudoc.abes.fr/" target="_blank">SUDOC</a>, le syst&egrave;me de pr&ecirc;t entre biblioth&egrave;ques universitaires, gr&acirc;ce auquel l&#8217;on pourra consulter le travail de ma&icirc;trise de Carole Soriano. Etudiante en ma&icirc;trise de sociologie &agrave; Perpignan, en mal, comment souvent, de sujet, elle prendra contact avec le milieu motard local, la <a href="http://ffmc66.free.fr/" target="_blank">FFMC 66</a> en l&#8217;occurrence, &agrave; la demande de son directeur de recherche. Accueillie &agrave; bras ouverts, rapidement enr&ocirc;l&eacute;e au bureau de l&#8217;association, elle entretiendra des relations privil&eacute;gi&eacute;es avec une informatrice motarde, participera en passag&egrave;re aux activit&eacute;s du groupe, les manifestations en particulier, et r&eacute;alisera une vingtaine d&#8217;entretiens. En somme, un travail de terrain de tout &agrave; fait bonne qualit&eacute;, compte tenu de l&#8217;envergure limit&eacute;e d&#8217;un dipl&ocirc;me de ma&icirc;trise, et qui montre que, en abordant sans pr&eacute;jug&eacute;s un milieu inconnu, soit le contrat minimum que l&#8217;on peut exiger d&#8217;un sociologue, en respectant son sujet d&#8217;&eacute;tude, ce qui reste le meilleur moyen d&#8217;obtenir sa collaboration, on peut tout &agrave; fait saisir les enjeux d&#8217;un univers social auquel on &eacute;tait &agrave; l&#8217;origine parfaitement &eacute;tranger.</p>
<p>En passant les fronti&egrave;res, on s&#8217;apercevra au demeurant assez vite que la question ne passionne pas plus les chercheurs&nbsp;; &agrave; une exception pr&egrave;s, tout ce que l&#8217;on trouve concerne la sociologie de la d&eacute;linquance, et ne s&#8217;int&eacute;resse &agrave; la moto que sous l&#8217;angle des seuls bikers, en cherchant &agrave; tout prix &agrave; rev&ecirc;tir ceux-ci du costume des Hell&#8217;s Angels, Bandidos et autres Outlaws am&eacute;ricains lequel, en Europe, est le plus souvent bien trop large pour eux. L&#8217;exception se trouve &agrave; l&#8217;universit&eacute; de Northampton, avec <a href="http://www3.northampton.ac.uk/portal/page/portal/SocialSciences/sshome/politics/staff" target="_blank">Suzanne McDonald Walker</a>, dont la sp&eacute;cialisation rel&egrave;ve plut&ocirc;t des sciences politiques, sp&eacute;cialisation qui la conduit donc, en lieu et place de ce folklore des hors-la-loi qui exerce un attrait irr&eacute;sistible sur les ethnologues comme sur les sociologues, &agrave; s&#8217;int&eacute;resser aux mouvements motards, r&eacute;pandus partout en Europe et&nbsp;particuli&egrave;rement actifs en France avec la FFMC. Suzanne McDonald Walker a publi&eacute; un livre, <a href="http://www.bergpublishers.com/us/book_page.asp?BKTitle=Bikers" target="_blank">Bikers, Culture, Politics and Power</a>, et deux articles dans des revues de premier plan, <a href="http://soc.sagepub.com/cgi/content/abstract/32/2/379" target="_blank">Sociology</a> et <a href="http://www.blackwell-synergy.com/doi/abs/10.1111/1467-954X.00211" target="_blank">The Sociological Review</a>. Fighting the Legacy, paru en 1998 dans Sociology, analyse un conflit entre des motards, qui se r&eacute;unissent parfois en grand nombre dans un pub de campagne, et la police locale qui tenta un moment de les en emp&ecirc;cher. La r&eacute;action devant cette atteinte aux libert&eacute;s publiques, excuses polici&egrave;res, projet de poursuites judiciaires lanc&eacute; par un grand magazine moto, confirme si besoin &eacute;tait &agrave; quel point on change de plan&egrave;te en traversant la Manche.</p>
<p>Alors qu&#8217;ils se pr&ecirc;tent aussi bien &agrave; des analyses ethnographiques, en tant que repr&eacute;sentants d&#8217;une sous-culture d&eacute;viante dans la lign&eacute;e de la sociologie interactionniste d&#8217;Howard Becker, que sociologiques, avec ce mouvement social qu&#8217;ils ont cr&eacute;&eacute; dans bien des pays d&#8217;Europe, revendiquant pour la moto une place dans un espace public perdue depuis sa quasi-disparition dans les ann&eacute;es soixante, et toujours pas retrouv&eacute;e aujourd&#8217;hui bien que, en France par exemple, le nombre de motos au sens strict, de plus de 125&nbsp;cc de cylindr&eacute;e, immatricul&eacute;es chaque ann&eacute;e soit pass&eacute; de 1169 en 1965 &agrave; 110&nbsp;961 exactement quarante ans plus tard, les motards restent donc un objet n&eacute;glig&eacute; de la science sociale. Alors, plut&ocirc;t que de citer des dissertations p&eacute;dantes, il vaut mieux prendre acte de cet &eacute;tat de lieux presque d&eacute;serts, et s&#8217;attacher, m&eacute;thodiquement, m&eacute;thodologiquement, &agrave; boucher les vides.</p>
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		<title>sex &amp; drugs &amp; motorbikes</title>
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		<pubDate>Fri, 26 Jan 2007 15:09:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Denis Berger</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans un r&#233;cent billet Baptiste Coulmont, sociologue qui manifeste un int&#233;r&#234;t constant pour les petits sujets un peu ridicules, montre comment des d&#233;put&#233;s ont adjoint &#224; un projet l&#233;gislatif en cours de discussion, la r&#233;forme de la protection de l&#8217;enfance,&#160;un amendement qui &#224; la fois entre dans le cadre de la r&#233;forme en question, et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans un r&eacute;cent <a href="http://coulmont.com/blog/2007/01/10/sex-shops-et-ecoles/"  target="_blank">billet</a> Baptiste Coulmont, sociologue qui manifeste un int&eacute;r&ecirc;t constant pour les petits sujets un peu ridicules, montre comment des d&eacute;put&eacute;s ont adjoint &agrave; un projet l&eacute;gislatif en cours de discussion, la r&eacute;forme de la protection de l&#8217;enfance,&nbsp;un amendement qui &agrave; la fois entre dans le cadre de la r&eacute;forme en question, et voit le retour d&#8217;une mesure de prohibition vainement pr&eacute;sent&eacute;e vingt ans plus t&ocirc;t. Leur Article&nbsp;9 rectifi&eacute; vise &agrave; interdire l&#8217;installation d&#8217;un commerce d&#8217;objets pronographiques, sans plus pr&eacute;ciser la nature de ceux-ci, ce qui donne &agrave; penser que <a href="http://penseesderonde.canalblog.com/archives/2006/09/14/2670826.html"  target="_blank">Sonia Rykiel</a> fera bel et bien partie du lot, &agrave; moins de deux cent m&egrave;tres d&#8217;un &eacute;tablissement d&#8217;enseignement, d&eacute;finition assez vaste pour englober aussi bien la maternelle que l&#8217;universit&eacute; en passant par le centre de formation d&#8217;apprentis. Si la cible est vaste, la liste de ceux qui auront le droit de l&#8217;atteindre, et dont on ne peut imaginer qu&#8217;ils ne soient pas pour quelque chose dans cet amendement, reste strictement d&eacute;limit&eacute;e&nbsp;: associations de jeunesse, de parents d&#8217;&eacute;l&egrave;ves, de protection de l&#8217;enfance, r&eacute;guli&egrave;rement d&eacute;clar&eacute;es depuis au moins cinq ans &agrave; la date du d&eacute;p&ocirc;t de plainte.<br />
 Au del&agrave;, une fois de plus, de la <a href="http://mastermoto.nuage-ocre.net/index.php/2006/05/29/8-la-loi-et-la-norme"  target="_blank">co&iuml;ncidence</a> chronologique, puisque le souci des d&eacute;put&eacute;s s&#8217;&eacute;tait, quelque mois plus t&ocirc;t, port&eacute; sur une autre cat&eacute;gorie de corrupteurs de la jeunesse, les revendeurs de deux-roues motoris&eacute;s, par le renforcement d&#8217;une p&eacute;nalisation inaugur&eacute;e vingt ans plus t&ocirc;t avec le d&eacute;cret n&deg;84-1065 du 30 novembre 1984 et interdisant la pratique consistant &agrave; rendre &agrave; ces v&eacute;hicules leur puissance r&eacute;elle, la comparaison des prohibitions r&eacute;glementaires portant sur le sexe&nbsp;et la moto, la mani&egrave;re dont ces prohibitions sont port&eacute;es tr&egrave;s bri&egrave;vement au jour par l&#8217;adoption presque sans pr&eacute;senter de justifications d&#8217;un article de loi ou d&#8217;un amendement, la r&eacute;v&eacute;lation qui se produit ainsi de l&#8217;action discr&egrave;te d&#8217;entrepreneurs de morale, m&eacute;ritent qu&#8217;on s&#8217;y attarde un peu.</p>
<h3> la liste des interdits</h3>
<p> Dans un pays o&ugrave; personne ne consid&egrave;re la vente libre des armes de guerre comme faisant partie des droits fondamentaux des citoyens, la puissance publique dispose d&#8217;un assez large espace pour promouvoir des interdictions, lesquelles concernent g&eacute;n&eacute;ralement&nbsp;un nombre limit&eacute; de cat&eacute;gories qui portent leur propre l&eacute;gitimit&eacute;. La plus g&eacute;n&eacute;rale vise &agrave; interdire les comportements nuisibles aux autres, et auxquels ces derniers n&#8217;ont pas le moyen d&#8217;&eacute;chapper. C&#8217;est au nom de ce principe, et en raison du glissement qui a fait passer la fum&eacute;e du tabac de l&#8217;&eacute;tat de simple d&eacute;sagr&eacute;ment, pour ceux qui n&#8217;en aiment pas l&#8217;odeur, &agrave; celui de poison, que les fumeurs en entreprise devront d&eacute;sormais assouvir leur vice &agrave; l&#8217;abri des parois d&#8217;une cabine s&eacute;curis&eacute;e. Mais il n&#8217;est, pour l&#8217;instant,&nbsp;pas question d&#8217;une prohibition totale, le fumeur conservant le droit de d&eacute;truire ses poumons, et de commencer &agrave; le faire d&egrave;s seize ans. Si des interdictions frappent d&#8217;autres drogues g&eacute;n&eacute;ratrices d&#8217;accoutumance, c&#8217;est au nom du danger&nbsp;que repr&eacute;sente le drogu&eacute;, dont les actions seront alors gouvern&eacute;es par sa d&eacute;pendance, pour les autres membres du corps social.<br />
 On laisse, en somme, un espace aux comportements r&eacute;pr&eacute;hensibles, du moins pour les individus auxquels leur majorit&eacute; a conf&eacute;r&eacute; ce droit &agrave; se gouverner soit-m&ecirc;me qui vient avec l&#8217;&eacute;mancipation&nbsp;; a contrario, on sera d&#8217;autant mieux fond&eacute; &agrave; exercer un contr&ocirc;le sp&eacute;cifique des mineurs que ceux-ci n&#8217;auront gu&egrave;re le moyen de s&#8217;y opposer. La drogue &eacute;tant donc globalement interdite, le tabac r&eacute;serv&eacute; aux plus de seize ans, il reste encore &agrave; prot&eacute;ger explicitement les jeunes adolescents&nbsp;contre deux dangers, ou plut&ocirc;t deux tentations&nbsp;: le sexe, l&#8217;amendement pr&eacute;sent&eacute; plus haut t&eacute;moignant des tentatives pour limiter leur exposition &agrave; la pornographie, et la motocyclette. En fait de motocyclette, la protection des mineurs se cantonne aux deux types de deux-roues motoris&eacute;s que ceux-ci sont autoris&eacute;s &agrave; conduire : la motocyclette l&eacute;g&egrave;re alias MTL pour les&nbsp;rares titulaires du permis AL que l&#8217;on peut passer d&egrave;s 16 ans, et le cyclomoteur &agrave; 14 ans pour le bien plus vaste groupe des coll&eacute;giens poss&eacute;dant le BSR. Dans un cas comme dans l&#8217;autre l&#8217;obtention d&#8217;un permis, assez sommaire avec le BSR&nbsp;m&ecirc;me s&#8217;il implique le recours &agrave; une moto-&eacute;cole, plus complexe avec le permis AL, reste un pr&eacute;alable forc&eacute;&nbsp;: en somme, pour poss&eacute;der un deux-roues sans passer un examen, il faut se contenter d&#8217;un v&eacute;lo.
<p>Ces deux cat&eacute;gories de deux-roues &agrave; moteur sont, de plus, d&eacute;finies, et contraintes, par une double restriction&nbsp;: dans leur cylindr&eacute;e d&#8217;abord qui restera inf&eacute;rieure &agrave; 125 cm&sup3; pour la MTL et &agrave; 50 cm&sup3; pour le cyclomoteur, dans leurs performances ensuite par limitation soit de la puissance, moins de 15 cv pour les MTL, soit de la vitesse maximale, 45 km/h pour&nbsp;les cyclomoteurs. Dans les faits, la limitation de puissance des 125 cm&sup3; se trouve plac&eacute;e suffisamment haut pour, sur les monocylindres quatre temps qui forment l&#8217;essentiel du parc, ne pas constituer de g&ecirc;ne r&eacute;elle. Il n&#8217;en va pas de m&ecirc;me pour les cyclomoteurs, dont un d&eacute;bridage efficace augmente significativement la vitesse : apr&egrave;s tout, &agrave; l&#8217;&eacute;poque o&ugrave; la cat&eacute;gorie existait encore, les cyclomoteurs engag&eacute;s en Grand Prix atteignaient des vitesses de l&#8217;ordre de 210 km/h.<br />
 Or, il se trouve que ces deux types d&#8217;objets jouissent de statuts sociaux largement divergents. Pour l&#8217;essentiel, les 125 sont des v&eacute;hicules utilitaires utilis&eacute;s par des adultes, en particulier sous la forme du scooter, dans leurs d&eacute;placements urbains ; &agrave; l&#8217;inverse, les cyclomoteurs sont maintenant presque exclusivement la propri&eacute;t&eacute; d&#8217;adolescents pour lesquels ils repr&eacute;sentent, et ont toujours repr&eacute;sent&eacute;, le premier moyen d&#8217;&eacute;chapper physiquement &agrave; la tutelle familiale, et qu&#8217;ils conduisent souvent avec une intensit&eacute; et un m&eacute;pris du danger dont peuvent t&eacute;moigner les compagnies d&#8217;assurance. Ceux-ci se trouvent donc engag&eacute;s dans un parcours qui rel&egrave;ve &agrave; la fois et d&#8217;une mani&egrave;re ins&eacute;parable de l&#8217;&eacute;mancipation, indispensable, et de la transgression, in&eacute;vitable. En cons&eacute;quence, les restrictions frappant les deux-roues motoris&eacute;s pour les mineurs, l&#8217;objectif qu&#8217;elles visent, la mani&egrave;re dont elles seront appliqu&eacute;es, constituent autant de r&eacute;v&eacute;lateurs de l&#8217;importance pour des adultes de contr&ocirc;ler les pulsions adolescentes, en particulier par la r&eacute;pression des corrupteurs. </p>
<h3> l&#8217; adolescence &eacute;ternelle</h3>
<p>L&#8217;histoire du d&eacute;bridage du cyclomoteur se confond en effet avec celle des fabricants, souvent italiens, des pi&egrave;ces utilisables &agrave; cet effet, comme le rappelle Pierre en se rem&eacute;morant les ann&eacute;es de sa folle jeunesse&nbsp;:<br />
<blockquote>Non, parce que je roulais un peu plus vite, il montait &agrave; soixante, j&#8217;avais d&eacute;chican&eacute;, &ccedil;a marchait bien, et puis il y en a un sur lequel j&#8217;avais mont&eacute; un carbu un peu plus gros, le fameux carbu de 14 Dell&#8217;Orto qu&#8217;on mettait &agrave; l&#8217;&eacute;poque, et je vous parle d&#8217;un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas conna&icirc;tre.</p></blockquote>
<p> Et puisqu&#8217;il n&#8217;existe aucune possibilt&eacute; effective de contr&ocirc;ler les pratiques de cet ordre puisqu&#8217;elles s&#8217;exercent &agrave; titre priv&eacute; et, au plus large, au sein de groupes restreints et informels, il faut donc se retourner vers le professionnel, qui commercialise les pi&egrave;ces en question. C&#8217;est lui, en premi&egrave;re analyse, qui sera l&#8217;objet des sanctions renforc&eacute;es par le chapitre IV, article 11 de la loi <a href="http://www.legifrance.gouv.fr/WAspad/UnTexteDeJorf?numjo=EQUX0500211L"  target="_blank">N&deg;2006-10</a> du 5 janvier 2006, article qui n&#8217;a re&ccedil;u d&#8217;autre justification que celle pr&eacute;sent&eacute;e par le rapporteur, Dominique Le M&egrave;ner, dont le <a href="http://www.assemblee-nationale.fr/12/rapports/r2723.asp"  target="_blank">commentaire</a> est suffisamment bref et significatif pour m&eacute;riter d&#8217;&ecirc;tre cit&eacute; en totalit&eacute;&nbsp;:<br />
<blockquote> En France, la vitesse des cyclomoteurs est limit&eacute;e &agrave; 45&nbsp;km/h. Les motos d&#8217;une puissance sup&eacute;rieure &agrave; 100 CV sont interdites, alors qu&#8217;elles sont autoris&eacute;es dans les autres pays europ&eacute;ens, et doivent donc &ecirc;tre brid&eacute;es. &laquo;&nbsp;D&eacute;brider&nbsp;&raquo; un moteur, c&#8217;est le modifier de mani&egrave;re &agrave; accro&icirc;tre sa puissance normale, en supprimant des pi&egrave;ces (cales sous l&#8217;acc&eacute;l&eacute;rateur, brides), ajout&eacute;es pour permettre l&#8217;achat en France d&#8217;engins fabriqu&eacute;s &agrave; l&#8217;&eacute;tranger. D&#8217;autres pratiques (le gonflage, ou le kitage) consistent &agrave; remplacer des pi&egrave;ces d&#8217;origines -cylindre, carburateur-, pour augmenter la puissance.<br />
 Les motocyclettes de grosse cylindr&eacute;e sont presque toutes d&eacute;brid&eacute;es, g&eacute;n&eacute;ralement par des professionnels. Cette augmentation de puissance, souvent de plus de 50&nbsp;%, procure &agrave; ces engins financi&egrave;rement tr&egrave;s accessibles, des performances tr&egrave;s sup&eacute;rieures &agrave; celles de toutes les automobiles (vitesse maximale proche de 300&nbsp;km/h), ce qui incite leurs utilisateurs &agrave; rouler tr&egrave;s au-dessus des vitesses maximales autoris&eacute;es et contribue ainsi &agrave; la tr&egrave;s forte accidentalit&eacute; des conducteurs de ces v&eacute;hicules, dont les performances sont incompatibles avec leurs autres caract&eacute;ristiques techniques (freins, pneus) et l&#8217;exp&eacute;rience de leurs jeunes utilisateurs. Leurs p&eacute;tarades sont &eacute;galement difficilement tol&eacute;rables pour les riverains, sans compter que ces v&eacute;hicules consomment jusqu&#8217;&agrave; 40&nbsp;% de plus, ce qui induit d&#8217;autres nuisances. </p></blockquote>
<p> On trouve l&agrave;, en vrac, une d&eacute;faillance du raisonnement &#8211; comment le fait de rendre &agrave; une moto sa puissance d&#8217;origine pourrait-il d&eacute;grader ses caract&eacute;ristiques de freinage ou de consommation, puisque c&#8217;est dans cette configuration-l&agrave; qu&#8217;elle roule dans tous&nbsp;les autres pays europ&eacute;ens &#8211; une ignorance de l&#8217;accidentologie des motards &#8211; les accidents mortels sur les autoroutes, l&agrave; o&ugrave; l&#8217;on imagine que peut s&#8217;exprimer la haute vitesse, repr&eacute;sentaient en 2003 4,9 % du total des victimes &#8211; et, en cons&eacute;quence, une causalit&eacute; fallacieuse &#8211; les vitesses sont plus &eacute;lev&eacute;es, donc on roule plus vite, donc on a plus d&#8217;accidents &#8211; ainsi qu&#8217;une m&eacute;connaissance des performance r&eacute;elles de ces machines &#8211; les plus rapides des motos l&eacute;gales atteignent des vitesses de l&#8217;ordre de 250 km/h &#8211; et, plus encore, aussi bien des caract&eacute;ristiques sociom&eacute;triques de leurs conducteurs que de la r&eacute;glementation qui leur est applicable. On ne chicanera pas sur les &laquo;&nbsp;p&eacute;tarades&nbsp;&raquo; dont pourraient &ecirc;tre victimes les &eacute;ventuels riverains des autoroutes et des voies &agrave; grande circulation, qui doivent faire face &agrave; bien d&#8217;autres nuisances que celles que produisent des deux-roues dont on ne cesse de nous r&eacute;p&eacute;ter qu&#8217;ils repr&eacute;sentent moins de 1 % du trafic total, pour revenir sur cette surprenante cat&eacute;gorie des &laquo;&nbsp;jeunes utilisateurs&nbsp;&raquo; manquant d&#8217;exp&eacute;rience.</p>
<p>Car le rapporteur semble ignorer que les motos au plein sens du terme, ces MTT2 dont la puissance est donc brid&eacute;e &agrave; 100&nbsp;cv, ne peuvent &ecirc;tre pilot&eacute;es avant d&#8217;avoir, soit 21 ans, soit deux ans d&#8217;exp&eacute;rience au guidon de MTT1 limit&eacute;es &agrave; 34&nbsp;cv. Dans les faits, un certains nombre de variables &#8211; la construction progressive de son exp&eacute;rience, les prescriptions du groupe des pairs, la conscience de ses limites qui conduit &agrave; monter progressivement en gamme mais aussi, plus prosa&iuml;quement, les tarifs d&#8217;assurance prohibitifs qui attendent les jeunes conducteurs avides de grosses cylindr&eacute;es &#8211; font que les pilotes de machines de hautes performances auront tr&egrave;s rarement moins de 30 ans. Il n&#8217;existe, en r&eacute;alit&eacute;, que deux fa&ccedil;ons de conduire &agrave; 18 ans un v&eacute;hicule de plus de 100&nbsp;cv&nbsp;: rouler &agrave; moto sur un circuit, l&agrave; o&ugrave; la r&eacute;glementation ne s&#8217;applique pas, ou acheter une voiture, dont certaines d&eacute;passent les 500 cv tout en restant l&eacute;galement accessibles &agrave; tous les titulaires du permis B, et bien que la dangerosit&eacute; pour les autres, un crit&egrave;re de base pour justifier une interdiction, soit, selon les statistiques de la <a href="http://www.securite-routiere.gouv.fr/IMG/Synthese/CU_TTPA.pdf"  target="_blank">S&eacute;curit&eacute; Routi&egrave;re</a>, 7,5 fois plus importante pour les automobiles que pour les motos.<br />
 Mais l&#8217;&eacute;l&eacute;ment le plus significatif du rapport de Dominique Le M&egrave;ner reste la mani&egrave;re dont, comme tant d&#8217;autres, il confond cyclomoteurs et motos, visible par exemple dans son expos&eacute; commun de pratiques distinctes &#8211; le d&eacute;bridage concerne &agrave; la fois les motos et les cyclomoteurs, l&agrave; o&ugrave; le kitage ne s&#8217;applique qu&#8217;&agrave; ces derniers, et comprend g&eacute;n&eacute;ralement la pose d&#8217;un pot d&#8217;&eacute;chappement aussi bruyant qu&#8217;ill&eacute;gal. Il parvient ainsi, en ne prenant en consid&eacute;ration que l&#8217;inexp&eacute;rience des &laquo;&nbsp;jeunes utilisateurs&nbsp;&raquo;, &agrave; englober l&#8217;ensemble du monde motard dans la cat&eacute;gorie des d&eacute;butants, et, par extension, des mineurs. Pourtant, avec une moyenne d&#8217;&acirc;ge qui a pass&eacute; les 40 ans, ceux qui ne sont plus jeunes que dans l&#8217;esprit, &agrave; l&#8217;image d&#8217;un <a href="http://www.imagidanse.com/francais/cinematheque/Babilee.html"  target="_blank">Jean Babil&eacute;e</a> qui, &agrave; 82 ans, a toujours fi&egrave;re allure au guidon de sa tr&egrave;s sportive CBR 600 RR, en constituent la fraction num&eacute;riquement la plus significative. La logique du raisonnement, qui confond cyclomoteurs et motos, assimilant adolescents et adultes, permet de ranger ces derniers dans une cat&eacute;gorie &agrave; prot&eacute;ger au m&ecirc;me titre que les mineurs contre leurs propres exc&egrave;s, et donc de leur d&eacute;nier, sur ce point, et du fait d&#8217;avoir eu l&#8217;irresponsabilit&eacute; de choisi la moto, leur qualit&eacute; d&#8217;adultes responsables.</p>
<p> L&#8217;int&eacute;r&ecirc;t d&#8217;un sujet comme celui-ci, technique, tr&egrave;s sp&eacute;cifique, tout &agrave; fait p&eacute;riph&eacute;rique, est de permettre, pour peu que, justement, l&#8217;on dispose des connaissances qui font visiblement d&eacute;faut au l&eacute;gislateur, de r&eacute;v&eacute;ler plus facilement le jeu des forces qui produisent la r&eacute;glementation et sa justification. A la racine de celles-ci, on trouve la marque des entrepreneurs de morale, associations de victimes de la route en l&#8217;esp&egrave;ce, qui revendiquent doublement, au nom de la famille et au nom des victimes,&nbsp;le monopole de la protection de la jeunesse contre les accidents de la route comme de la mani&egrave;re d&#8217;y parvenir,&nbsp;par une prohibition de plus en plus forte et une r&eacute;pression de plus en plus stricte. Et il leur est plus facile d&#8217;agir lorsque le public concern&eacute; n&#8217;a pas &agrave; donner son avis, c&#8217;est &agrave; dire lorsqu&#8217;il est mineur. Ensuite il suffit, par ce glissement dont l&#8217;intervention du rapporteur donne un bon exemple, de rattacher fictivement la cat&eacute;gorie des motards en g&eacute;n&eacute;ral &agrave; celles des deux-roues pilot&eacute;s par des mineurs pour se retrouver, m&ecirc;me &agrave; 82 ans, priv&eacute; de son droit d&#8217;agir en personne responsable.<br />
 Une telle confusion ne pourrait avoir cours dans le domaine de l&#8217;automobile, o&ugrave; l&#8217;on traite &agrave; part le probl&egrave;me des &laquo;&nbsp;jeunes conducteurs&nbsp;&raquo; comme celui des &laquo;&nbsp;d&eacute;linquants routiers&nbsp;&raquo;, sans ici les confondre, du moins dans le discours de l&#8217;appareil d&#8217;&Eacute;tat, avec la cat&eacute;gorie g&eacute;n&eacute;rale des automobilistes. Et celle-ci met finalement en lumi&egrave;re, faute de constructeurs en activit&eacute;, faute de champions connus, et m&ecirc;me si un <a href="http://www.bike70.com/Estrosi.html" target="_blank">retrait&eacute;</a> occupe le poste du <a href="http://www.interieur.gouv.fr/sections/a_l_interieur/ministres-delegues/le_ministre_delegue2"  target="_blank">Ministre</a> d&eacute;l&eacute;gu&eacute; &agrave; l&#8217;am&eacute;nagement, et, sans doute, faute de r&eacute;ussite dans l&#8217;espace public de la <a href="http://www.ffmc.asso.fr/" target="_blank">FFMC</a>, la puissance normative de cette ignorance dont est victime la moto dans un pays o&ugrave; sa visibilit&eacute; est nulle.</p>
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		<title>le virage</title>
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		<pubDate>Fri, 29 Sep 2006 17:29:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Denis Berger</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>

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		<description><![CDATA[Tenter une approche sociologique de la moto permet d&#8217;illustrer la mani&#232;re dont un objet d&#233;termin&#233;, dans ce qui rel&#232;ve d&#8217;un mode de fonctionnement qui lui est propre aussi bien que dans les cons&#233;quences sociales de son emploi au sein d&#8217;un environnement qui rec&#232;le une quantit&#233; bien sup&#233;rieure d&#8217;objets de nature radicalement diff&#233;rente m&#234;me si, grossi&#232;rement, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Tenter une approche sociologique de la moto permet d&#8217;illustrer la mani&egrave;re dont un objet d&eacute;termin&eacute;, dans ce qui rel&egrave;ve d&#8217;un mode de fonctionnement qui lui est propre aussi bien que dans les cons&eacute;quences sociales de son emploi au sein d&#8217;un environnement qui rec&egrave;le une quantit&eacute; bien sup&eacute;rieure d&#8217;objets de nature radicalement diff&eacute;rente m&ecirc;me si, grossi&egrave;rement, puisqu&#8217;ils servent avant tout &agrave; se d&eacute;placer, leur fonction est identique, permet de g&eacute;n&eacute;rer&nbsp;mati&egrave;re &agrave; analyse. Si l&#8217;on comprend assez facilement en quoi ce choix minoritaire et d&eacute;valoris&eacute; d&#8217;utiliser comme moyen de transport une moto plut&ocirc;t qu&#8217;une automobile peut se lire comme un mode particulier de d&eacute;viance, et conduire ainsi &agrave; la naissance d&#8217;un groupe qui se d&eacute;finira en tant que tel, en partie contre les automobilistes, &laquo;&nbsp;caisseux&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;Bo&icirc;tes &agrave; Roues&nbsp;&raquo;, en partie contre les pouvoirs publics per&ccedil;us comme instruments d&#8217;une r&eacute;pression injustifi&eacute;e, puisque, quelle que soit l&#8217;imprudence avec laquelle on la pratique, la moto ne met gu&egrave;re en danger que le motard lui-m&ecirc;me, et en partie contre d&#8217;autres utilisateurs de deux-roues &agrave; moteur, cyclomoteurs mais surtout conducteurs de scooters, auxquels on d&eacute;niera le qualificatif de motard au pr&eacute;texte d&#8217;un comportement qui ne correspond pas aux normes&nbsp;du groupe des motards comme du fait de leur absence de possession de ce titre sp&eacute;cifique, obtenu gr&acirc;ce au succ&egrave;s &agrave; une &eacute;preuve difficile, qu&#8217;est le permis moto, et sera porteur d&#8217;un certain nombre de traits universellement connus des motards et d&#8217;eux seuls, il sera par d&eacute;finition impossible au profane de saisir tout ce qui, dans cette culture particuli&egrave;re, d&eacute;coule des caract&eacute;ristiques physiques propres &agrave; la moto, et des sensations que l&#8217;on &eacute;prouve &agrave; son guidon.</p>
<h3>deux roues, un moteur</h3>
<p>Historiquement, puisqu&#8217;il a suffit pour l&#8217;inventer d&#8217;ajouter un moteur &agrave; un v&eacute;lo, la moto pr&eacute;c&egrave;de, et se distingue de, l&#8217;automobile par sa simplicit&eacute; structurelle, propri&eacute;t&eacute; que l&#8217;on perd d&eacute;j&agrave; avec le quadricycle, &eacute;quip&eacute; d&#8217;une direction et d&#8217;un&nbsp;diff&eacute;rentiel, et plus encore avec l&#8217;automobile et sa lourde carosserie. &Agrave; de rares exceptions pr&egrave;s, les motos restent des v&eacute;hicules l&eacute;gers, dont le poids oscille autour des 200&nbsp;kg, et qui, en mati&egrave;re de performances, surpassent moins les automobiles par leur vitesse maximale que par leur capacit&eacute; d&#8217;acc&eacute;l&eacute;ration. On n&#8217;h&eacute;sitera pas, en outre, &agrave; rappeler que leur singuli&egrave;re qualit&eacute; de v&eacute;hicule &agrave; deux-roues, o&ugrave; la stabilit&eacute; n&eacute;cessite le mouvement, les dotent de caract&eacute;ristiques dynamiques enti&egrave;rement distinctes de celles des automobiles. Voil&agrave; pourquoi, alors qu&#8217;on conduit une voiture, on pilote une moto&nbsp;: le simple fait de rester sur ses roues ne va pas de soi, en particulier au moment du freinage, et le virage, sous la force de l&#8217;effet gyroscopique produit par la vitesse, se prend en d&eacute;s&eacute;quilibrant le v&eacute;hicule par contre-braquage, et en d&eacute;pla&ccedil;ant le corps. C&#8217;est la dynamique, diff&eacute;rente &agrave; chaque virage, du corps tout entier, en appui sur cinq points et directement aux commandes, qui d&eacute;termine la conduite, et pas le relais de tringleries et d&#8217;appendices, volant et p&eacute;dales, actionn&eacute;s par les membres d&#8217;un corps qui conserve une position d&#8217;autant plus statique que, r&eacute;glementairement, il est attach&eacute;.<br />
 La pr&eacute;pond&eacute;rance de l&#8217;automobile comme moyen de transport individuel a d&#8217;autre part popularis&eacute; une conception ordinaire de la vitesse, celle qu&#8217;il est possible d&#8217;atteindre en ligne droite et sur autoroute, dont on a oubli&eacute; qu&#8217;elle n&#8217;avait rien d&#8217;universel. Pour bien des motards, il existe ainsi une diff&eacute;rence consid&eacute;rable entre la vitesse maximale th&eacute;orique que permet la puissance de l&#8217;engin, et celle que le pilote peut supporter quand celui-ci est d&eacute;pourvu d&#8217;un car&eacute;nage protecteur, comme c&#8217;est aujourd&#8217;hui encore le cas pour la cat&eacute;gorie toujours tr&egrave;s r&eacute;pandue des roadsters&nbsp;: sauf &agrave; se coucher sur le r&eacute;servoir, une position que l&#8217;on ne saurait garder sur des dizaines de kilom&egrave;tres, la force du vent interdit en pratique les vitesses sup&eacute;rieures &agrave; 140&nbsp;km/h. Et si, de nos jours, le car&eacute;nage se banalise, il &eacute;tait, pendant les ann&eacute;es 80 qui on vu ce d&eacute;veloppement de la moto par lequel ont &eacute;t&eacute; diffus&eacute;es les normes que l&#8217;on conna&icirc;t aujourd&#8217;hui, rare, et rarement utilis&eacute;. Quand on parle de vitesse &agrave; moto, on &eacute;voque donc beaucoup plus un mode de conduite g&eacute;n&eacute;ral, et g&eacute;n&eacute;ralement qualifi&eacute; de sportif, qui, pour simplifier, consiste en une succession d&#8217;acc&eacute;l&eacute;rations et de freinages, avec comme but du jeu un passage en courbe aussi rapide, donc aussi inclin&eacute;, que possible. Bien que l&#8217;on utilise le m&ecirc;me terme, le contenu de la notion de vitesse rev&ecirc;t donc, en fonction du v&eacute;hicule utilis&eacute;, une signification radicalement diff&eacute;rente&nbsp;: pour un automobiliste, la performance est celle de la voiture, donc de la puissance du moteur, donc des capacit&eacute;s financi&egrave;res de son propri&eacute;taire&nbsp;; pour un motard, qui dispose d&#8217;un vaste choix de motos excessivement performantes pour un prix inf&eacute;rieur &agrave; 12 000 euros, c&#8217;est celle du pilote.</p>
<h3>&laquo;&nbsp;&ccedil;a passait, c&#8217;&eacute;tait beau&nbsp;&raquo;</h3>
<p>Cet amour de la courbe a deux cons&eacute;quences, puisqu&#8217;il g&eacute;n&egrave;re d&#8217;une part ce qu&#8217;une analyse superficielle lirait comme une &eacute;chelle de valeurs viriles, avec &agrave; son sommet celui qui penche le plus, donc prend plus qu&#8217;un autre le risque d&#8217;une chute provoqu&eacute;e par une anomalie de la chauss&eacute;e, trou, gravillons, flaque de gazole, ou d&#8217;une sortie de route si le virage se referme de mani&egrave;re inattendue, et &agrave; son pied celui qui n&#8217;ose pas suivre, &laquo;&nbsp;tafiole&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;lopette&nbsp;&raquo;, et d&#8217;autre part une g&eacute;ographie particuli&egrave;re des lieux les plus adapt&eacute;s &agrave; ce genre de pratique, les &laquo;&nbsp;routes &agrave; motards&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Tout un vocabulaire, et pas seulement celui des termes d&#8217;usage universel que l&#8217;on vient de citer, sert &agrave; d&eacute;signer l&#8217;attitude&nbsp;d&#8217;un motard pusillanime, d&#8217;autant que celle-ci se trouve confirm&eacute;e par un t&eacute;moin implacable, incorruptible et toujours accessible&nbsp;: les pneus. On peut, dans l&#8217;usure de ceux-ci, lire les conditions d&#8217;utilisation de la moto&nbsp;: sur ces gommes de section circulaire, laquelle, comme pour n&#8217;importe quel deux-roues, est obligatoire pour incliner la moto au moment de prendre un virage, une &laquo;&nbsp;usure au carr&eacute;&nbsp;&raquo; de la seule portion centrale d&eacute;nonce un abus de la ligne droite, et de l&#8217;autoroute en particulier, un type de voie qui, puisqu&#8217;il vise autant que possible &agrave; &eacute;liminer les courbes, ne fait, sauf en de tr&egrave;s rares endroits, pas partie du terrain de jeu recherch&eacute; par le motard. Mais les gommes portent un autre stigmate,&nbsp;aussi redoutable&nbsp;: les &laquo;&nbsp;bandes de peur&nbsp;&raquo;. Jusqu&#8217;&agrave; mi-hauteur, les pneus sont garnis d&#8217;une bande de roulement&nbsp; ; leur usure sera d&#8217;autant moins prononc&eacute;e que l&#8217;on s&#8217;&eacute;loigne de la partie centrale, celle sur laquelle roule&nbsp;la moto en ligne droite. Le danger commence l&agrave; o&ugrave; s&#8217;arr&ecirc;tent les sculptures&nbsp;; en principe, arriv&eacute;e &agrave; la limite de l&#8217;inclinaison en virage, une moto commence &agrave; glisser, pr&eacute;venant ainsi son pilote du risque qu&#8217;il prendrait en penchant plus. Mais s&#8217;il n&#8217;atteint jamais cette limite, une petite section de ses pneus restera intacte, n&#8217;&eacute;tant jamais entr&eacute;e&nbsp;en contact avec le bitume, et t&eacute;moignera donc en permanence, au yeux du connaisseur, de la prudence du propri&eacute;taire.<br />
 On retrouve, certes, un certain jeu de valeurs viriles dans cette &eacute;preuve constante du virage, et dans les r&eacute;cits de ces sorties qui, pour un pli dans le rev&ecirc;tement ou une plaque de gravillons, auraient pu mal tourner et d&eacute;montrent a contrario la ma&icirc;trise du pilote et sa capacit&eacute; &agrave; affronter le danger. Mais en s&#8217;en tenant &agrave; cette analyse de surface, on manque une dimension fondamentale, celle de l&#8217;autod&eacute;rision, fil rouge du <a href="http://www.ventsdouest.com/joebar/home.html" target="_blank">Joe Bar Team</a>, cette bande dessin&eacute;e d&eacute;sormais ins&eacute;parable du monde motard au point que l&#8217;on ne puisse plus imaginer qu&#8217;un site web consacr&eacute; &agrave; la moto, pour peu qu&#8217;il ne soit pas commercial, ne lui fasse pas l&#8217;emprunt d&#8217;un dessin ou d&#8217;une r&eacute;plique. C&#8217;est qu&#8217;il n&#8217;existe pas de h&eacute;ros du virage, mais seulement des mauviettes. En d&#8217;autres termes, il ne s&#8217;agit l&agrave; pas tant d&#8217;une &eacute;chelle de valeurs, dont il serait certes faux de nier l&#8217;existence, que d&#8217;un langage cod&eacute;, emprunt d&#8217;autod&eacute;rision, dont l&#8217;apprentissage, puis la pratique, attestent de l&#8217;appartenance au groupe.</p>
<p>La route, ici, est un circuit, &agrave; condition qu&#8217;elle respecte un cahier des charges relativement pr&eacute;cis, belles courbes, bon rev&ecirc;tement, largeur suffisante, faible fr&eacute;quentation automobile, mont&eacute;es et descentes, et finalement assez caract&eacute;ristique de la moyenne montagne. La g&eacute;ographie sachant aussi se montrer injuste, on sera loin de retrouver ce types de conditions de mani&egrave;re uniforme sur tout le territoire, ce qui contraindra les habitants des zones d&eacute;favoris&eacute;es, le nord, la r&eacute;gion parisienne, l&#8217;ouest, &agrave; des liaisons souvent longues avant d&#8217;atteindre ces lieux o&ugrave; pourra s&#8217;exprimer la pratique sportive. Toute une expertise, dans la reconnaissance, dans l&#8217;organisation des trajets, dans le parcours lui-m&ecirc;me, voire toute une activit&eacute; &eacute;conomique d&#8217;h&ocirc;tellerie et de restauration, se d&eacute;veloppe autour des ces &laquo;&nbsp;routes &agrave; motards&nbsp;&raquo;, que les parisiens trouveront dans la montagne de Reims, dans les Ardennes, dans le Morvan avec sa c&eacute;l&egrave;bre D37 au d&eacute;part de Ch&acirc;teau-Chinon, et au plus pr&egrave;s dans la vall&eacute;e de Chevreuse. Au fond, comme pour les spots des surfeurs, il s&#8217;agit de trouver, d&#8217;exp&eacute;rimenter et de faire conna&icirc;tre aux membres du groupe ces lieux o&ugrave; la nature et la DDE ont cr&eacute;&eacute; les conditions qui permettent une pratique optimale de la moto en tant que loisir sportif, et qui deviendront l&#8217;objet de ces sorties dominicales qui, organis&eacute;es de fa&ccedil;on priv&eacute;e par de petits groupes homog&egrave;nes, mais universellement r&eacute;pandues, ont largement remplac&eacute;, dans le calendrier du motard, la traditionnelle concentration.</p>
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		<title>la loi et la norme</title>
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		<pubDate>Mon, 29 May 2006 20:04:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Denis Berger</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://these.mondomicile.perso/?p=15</guid>
		<description><![CDATA[Entr&#233;e en vigueur en 1986 et selon des modalit&#233;s que l&#8217;on n&#8217;a pas encore pu d&#233;terminer, au moment de l&#8217;apparition des grosses sportives comme la GSX-R 1100, au point qu&#8217;on&#160;aurait presque l&#8217;impression que Suzuki en revendique la responsabilit&#233;, la disposition l&#233;gislative&#160;g&#233;n&#233;ralement et improprement connue sous l&#8217;appelation &#171;&#160;loi des 100 cv&#160;&#187; se r&#233;duit, en fait, &#224; [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Entr&eacute;e en vigueur en 1986 et selon des modalit&eacute;s que l&#8217;on n&#8217;a pas encore pu d&eacute;terminer, au moment de l&#8217;apparition des grosses sportives comme la GSX-R 1100, au point qu&#8217;on&nbsp;aurait presque l&#8217;impression que <a href="http://www.suzuki-moto.com/fr/histoire/histoire_2.htm?PHPSESSID=a985f2a5e002494e039f5f2c2bcb0755"  target="_blank">Suzuki</a> en revendique la responsabilit&eacute;, la disposition l&eacute;gislative&nbsp;g&eacute;n&eacute;ralement et improprement connue sous l&#8217;appelation &laquo;&nbsp;loi des 100 cv&nbsp;&raquo; se r&eacute;duit, en fait, &agrave; un simple alin&eacute;a de l&#8217;article R311-1 du code de la route, lequel d&eacute;finit une motocyclette comme un &laquo;&nbsp;v&eacute;hicule &agrave; deux roues &agrave; moteur ne r&eacute;pondant pas &agrave; la d&eacute;finition du cyclomoteur et dont la puissance n&#8217;exc&egrave;de pas 73,6 kilowatts (100 ch)&nbsp;&raquo;. Cette disposition extr&ecirc;mement discr&egrave;te et, s&ucirc;rement, totalement ignor&eacute;e du l&eacute;gislateur comme du politique, influence pourtant de fa&ccedil;on absolument d&eacute;terminante les pratiques d&#8217;une bonne partie des motards fran&ccedil;ais, dans la mesure o&ugrave; elle les conduira si besoin est &agrave; opter pour une situation ill&eacute;gale qui se trouve, en particulier depuis la loi <a href="http://www.assemblee-nationale.fr/12/dossiers/securite_developpement_transports.asp" target="_blank">S&eacute;curit&eacute; et d&eacute;veloppement des transports</a> de janvier 2006, tr&egrave;s fortement r&eacute;prim&eacute;e.</p>
<h3>une exception fran&ccedil;aise</h3>
<p>Il ne s&#8217;agit pourtant pas de la seule mesure restreignant la puissance des deux-roues &agrave; moteur, seuls types de v&eacute;hicules, avec les tricycles&nbsp;et quadricycles qui leurs sont assimil&eacute;s, &agrave; souffrir de ce genre de contrainte, puisqu&#8217;on sait que les cyclomoteurs sont limit&eacute;s en puissance et en vitesse, et les motocyclettes l&eacute;g&egrave;res, alias 125 cm&sup3;, ainsi que les MTT&nbsp;1, les motos accessibles aux moins de 21 ans, en puissance seule. Mais toutes ces limites comportent deux &eacute;l&eacute;ments communs&nbsp;: d&#8217;abord, elles se justifient par un manque de capacit&eacute; du conducteur, inexp&eacute;riment&eacute; dans le cas de la MTT&nbsp;1, non form&eacute; pour les utilisateurs de cyclomoteurs ou les automobilistes acc&eacute;dant &agrave; la 125 par&nbsp;&eacute;quivalence avec le permis B, et peuvent valoir &agrave; titre provisoire, puisque, une fois l&#8217;&acirc;ge l&eacute;gal atteint, un motard peut r&eacute;glementairement d&eacute;brider sa MTT1. D&#8217;autre part, ces contraintes se retrouvent &agrave; peu pr&egrave;s &agrave; l&#8217;identique au niveau europ&eacute;en,&nbsp;avec les deux-roues de classes A, B, C et D, qui correspondent aux cat&eacute;gories fran&ccedil;aises. Et la m&ecirc;me rationalit&eacute; qui pousse &agrave; accepter la r&egrave;gle commune, au motif qu&#8217;elle est partout la m&ecirc;me, conduit &agrave; rejeter celle qui n&#8217;existe nulle part ailleurs. La d&eacute;finition de l&#8217;article R311-1 poss&egrave;de donc la double caract&eacute;ristique de poser une restriction absolument unique en Europe, et d&#8217;interdire &agrave; tous les motards fran&ccedil;ais, quels que soient leur expertise comme leur exp&eacute;rience, de conduire ces v&eacute;hicules, ce qui signifie qu&#8217;un pilote professionnel se voit ainsi d&eacute;nier par l&#8217;Etat la capacit&eacute; d&#8217;utiliser sur route une moto dont la puissance peut &ecirc;tre de moiti&eacute; inf&eacute;rieure &agrave; celle de la moto de comp&eacute;tition avec laquelle il a fait ses preuves sur piste.<br />
 Dans les faits, et en raison de la tol&eacute;rance admise lors des mesures, toutes les motos qui, partout ailleurs en Europe, d&eacute;passent la limite r&eacute;glementaire, sont commercialis&eacute;es en France avec une puissance de 78 kW, soit 106 CV. Or, si l&#8217;on compare une <a href="http://www.honda.de/content/mc/14999_18274_data.php" target="_blank">CBR600RR</a>, dont la puissance de 86 kW se trouve assez proche de ces 78 kW, et lui permet d&#8217;atteindre une vitesse maximale de l&#8217;ordre de 240 km/h, et une <a href="http://www.honda.de/content/mc/14999_21205_data.php" target="_blank">Fireblade</a>, ses 1000 cm&sup3;, ses 126 kW/172 cv et sa vitesse de 280 km/h, on se trouve totalement incapable de relever la moindre pertinence au fait d&#8217;autoriser la premi&egrave;re, et d&#8217;interdire la seconde. En d&#8217;autres termes cette limitation, purement nationale, incoh&eacute;rente, rationnellement injustifiable, ne vise nullement &agrave; assurer la s&eacute;curit&eacute; de qui que ce soit&nbsp;: elle vise &agrave; d&eacute;signer un engin particulier comme intrins&egrave;quement dangereux, &agrave; un point tel que, au m&ecirc;me titre qu&#8217;une drogue, ou une arme de guerre, sa commercialisation ne saurait &ecirc;tre autoris&eacute;e.<br />
 On pourrait rapprocher cette situation de celle qu&#8217;&eacute;tudie <a href="http://www.coulmont.com/blog/2006/02/15/la-loi-et-lordre-et-le-parcours-et-le-rayon/" target="_blank">Baptiste Coulmont</a> &agrave; propos de la loi du 30 jullet 1987, contemporaine donc de la mesure frappant les motos, qui interdit l&#8217;implantation de sex-shops &agrave; proximit&eacute; des &eacute;coles, au nom de la protection des mineurs contre la tentation &agrave; laquelle, en raison de leur jeune &acirc;ge, ils risqueraient de succomber, et donc, en fait, contre eux-m&ecirc;mes et leurs tendances malsaines. De la m&ecirc;me fa&ccedil;on, on va prot&eacute;ger les motards, quels que soient leur &acirc;ge et leur exp&eacute;rience, contre l&#8217;irresponsabilit&eacute; qui leur est consubstantielle, irresponsabilit&#038;eacute dont le fait qu&#8217;ils aient choisi pour leurs d&eacute;placements un v&eacute;hicule qui n&#8217;offre pas toute la s&eacute;curit&eacute; disponible par ailleurs, et qui &eacute;change une s&eacute;curit&eacute; responsable contre un plaisir coupable, constitue une preuve n&eacute;cessaire et suffisante. Tautologique, puisqu&#8217;il interdit un engin en raison de sa dangerosit&eacute;, laquelle dangerosit&eacute; d&eacute;coule du fait qu&#8217;il est interdit, l&#8217;article R311-1 se r&eacute;sume, en r&eacute;alit&eacute;, &agrave; une pure mesure de stigmatisation, stigmatisation qui, de plus en plus, cr&eacute;e des d&eacute;linquants.</p>
<p>Car son impact sur le march&eacute; de la moto, tr&egrave;s marginal au moment de son introduction dans les ann&eacute;es 80 o&ugrave; seules les grosses sportives&nbsp;comme la GSX-R ou la Kawasaki <a href="http://motoplanete.com/kawasaki/ZX-10tomcat.php" target="_blank">ZX-10</a> d&eacute;passaient la limite, n&#8217;a fait, avec l&#8217;augmentation des puissances sp&eacute;cifiques comme des cylindr&eacute;es, que s&#8217;&eacute;tendre au point que, si l&#8217;on prend en compte les ventes de motos au sens administratif,&nbsp;r&eacute;serv&eacute;es aux d&eacute;tenteurs du permis A, donc d&#8217;une cylindr&eacute;e sup&eacute;rieure &agrave; 125 cm&sup3; mais en incluant les scooters, et que l&#8217;on retient tous les mod&egrave;les vendus &agrave; plus de mille exemplaire en 2005, les v&eacute;hicules brid&eacute;s repr&eacute;sentent aujourd&#8217;hui 35 % du march&eacute;, donc plus d&#8217;une moto sur trois. Et plus la cylindr&eacute;e est importante et son caract&egrave;re sportif affirm&eacute;, plus l&#8217;&eacute;cart entre ce qui est permis en France, et ce qui est autoris&eacute; partout ailleurs en Europe, grandit&nbsp;: ainsi <a href="http://www.bmw-motorrad.de/de/de/index.html" target="_blank">BMW</a>, dont m&ecirc;me les&nbsp;routi&egrave;res paisibles d&eacute;passent aujourd&#8217;hui les 80 kW, commercialise depuis l&#8217;an dernier un quatre-cylindres de 1200 cm&sup3; dont la puissance, suivant les mod&egrave;les, varie de 112kW pour la routi&egrave;re &agrave; 123kW pour la sportive. L&#8217;&eacute;cart de 67 % entre puissance disponible en France et en Europe entra&icirc;ne deux cons&eacute;quences in&eacute;vitables, l&#8217;une technique, l&#8217;autre sociale. Techniquement, plus l&#8217;&eacute;cart entre ces deux valeurs sera important, plus l&#8217;effet en sera sensible pour l&#8217;utilisateur. Car une adaptation subtile aux seules sp&eacute;cificit&eacute;s nationales impliquerait de concevoir deux moteurs enti&egrave;rement diff&eacute;rents, l&#8217;un pour la France, l&#8217;autre pour le reste du monde&nbsp;; les constructeurs n&#8217;ayant pas l&#8217;habitude d&#8217;une telle philantropie, ils se contententeront plut&ocirc;t d&#8217;une limitation brutale qui handicape s&eacute;v&egrave;rement l&#8217;agr&eacute;ment d&#8217;utilisation. Et socialement un acheteur potentiel, conscient du caract&egrave;re doublement arbitraire d&#8217;une contrainte qui n&#8217;existe nulle part ailleurs en Europe, et qui touchera la tranquille BMW R1200RT, mais pas la <a href="http://www.honda.de/content/mc/14999_41048_data.php" target="_blank">Honda CBF1000</a> pourtant plus rapide, sera fortement tent&eacute;, s&#8217;il consid&egrave;re que le jeu en vaut la chandelle, d&#8217;entrer dans la clandestinit&eacute;. Et si certains mod&egrave;les, comme la Kawaski Z750, la plus grosse vente, d&eacute;passent la limite d&#8217;une fa&ccedil;on suffisamment marginale pour rendre peu rentable l&#8217;arbitrage entre agr&eacute;ment et risque qui d&eacute;coule de l&#8217;op&eacute;ration ill&eacute;gale du d&eacute;bridage, on peut tenir pour acquis que l&#8217;essentiel des utilisateurs de certaines machines, les grosses sportives, eux, n&#8217;h&eacute;sitent pas.</p>
<h3>la norme contre la loi</h3>
<p>C&#8217;est que, pour les motards, l&#8217;ill&eacute;galit&eacute; dans leur pratique quotidenne s&#8217;analyse d&#8217;une fa&ccedil;on totalement diff&eacute;rente de celle qu&#8217;&eacute;voque <a href="http://www.lapsac.u-bordeaux2.fr/frenchpresentation/equipe/fichesperso/pagerenouard.htm" target="_blank">Jean-Marie Renouard</a> dans son travail consacr&eacute; aux automobilistes condamn&eacute;s pour des infractions au code de la route, o&ugrave; celle-ci est occasionnelle, et d&eacute;pend de normes produites individuellement, m&ecirc;me si l&#8217;on constate qu&#8217;elles sont d&#8217;application fr&eacute;quente. Comme tous&nbsp;les usagers minoritaires de la route, les motards &eacute;voluent dans un milieu physique, une voirie exclusivement concue pour l&#8217;automobile avec ses am&eacute;nagements dont certains, comme les glissi&egrave;res de s&eacute;curit&eacute; simples, sont mortels en cas de chute, et dans un cadre r&eacute;glementaire qui prend peu, ou pas du tout, en compte leur sp&eacute;cificit&eacute;, comme dans le cas d&#8217;un stationnement sur les trottoirs, sanctionn&eacute; pour tous&nbsp;les v&eacute;hicules, y compris les v&eacute;los, au m&ecirc;me titre que pour une automobile, ce qui revient &agrave; consid&eacute;rer qu&#8217;un deux-roues occupe la m&ecirc;me quantit&eacute; d&#8217;espace qu&#8217;un v&eacute;hicule d&#8217;une surface cinq fois sup&eacute;rieure. Sans m&ecirc;me &eacute;voquer les d&eacute;terminants historiques et sociaux qui suffisent &agrave; faire des motards un univers &agrave; part, on con&ccedil;oit qu&#8217;une telle situation incite fortement &agrave; se doter de ses propres normes, connues de, sinon communes &agrave;, l&#8217;ensemble des motards, et qui seront d&#8217;autant plus r&eacute;pandues, ou d&#8217;autant plus rares, qu&#8217;elle s&#8217;&eacute;loigneront de pratiques quotidiennes, formellement ill&eacute;gales mais universellement employ&eacute;es, comme la circulation entre les files de voitures, pour lesquelles les associations de motards revendiquent une tol&eacute;rance, pour toucher des questions beaucoup plus contest&eacute;es, comme la pratique consciente et fr&eacute;quente des hautes vitesses, ou le d&eacute;bridage.<br />
 Il n&#8217;en demeure pas moins qu&#8217;une fraction non n&eacute;gligeable des motards fran&ccedil;ais roulent sur des v&eacute;hicules dont l&#8217;usage est interdit en dehors des circuits&nbsp;; ils sont, en d&#8217;autres termes, en permanence, dans une ill&eacute;galit&eacute; revendiqu&eacute;e, qui s&#8217;apparente &agrave; ce que, dans&nbsp;certains milieux pourtant fort peu adeptes de la moto, on qualifie de d&eacute;sob&eacute;issance civile. Ce qui pose deux questions&nbsp;: comment faire, et comment assumer.</p>
<p>Suivant les marques, le d&eacute;bridage peut se r&eacute;v&eacute;ler assez simple, au point que, de m&ecirc;me que pour la bombe atomique, on en trouve la recette sur <a href="http://www.triumphall.com/debridagedayto.htm" target="_blank">Internet</a>, ou redoutablement complexe, ce qui implique un ensemble de manoeuvres dont Pierre, dans son entretien, fournit un bon exemple&nbsp;:</p>
<blockquote><p><em>En fait, le concessionnaire chez qui je l&#8217;ai achet&eacute;e vend des motos brid&eacute;es, conform&eacute;ment &agrave; la loi. En revanche, quand il en a vendues deux, trois ou quatre, il propose &agrave; leurs propri&eacute;taires de les lui ramener, il les met sur un camion, il les emm&egrave;ne en Belgique, il les fait d&eacute;brider en Belgique et il les ram&egrave;ne ensuite. Co&ucirc;t de l&#8217;op&eacute;ration&nbsp;: 70 euros pour le propri&eacute;taire.</em></p></blockquote>
<p> Bien d&#8217;autres pratiques, comme l&#8217;envoi des bo&icirc;tiers &eacute;lectroniques, que l&#8217;on peut programmer pour limiter, ou pas, la puissance, en Suisse, existent, et qui permettent de contourner la restriction sans risque pour&nbsp;le concessionnaire, puisque l&#8217;op&eacute;ration n&#8217;est pas effectu&eacute;e par lui, et a lieu dans un pays o&ugrave; elle est l&eacute;gale. De la m&ecirc;me fa&ccedil;on, l&#8217;acquisition d&#8217;une licence de pilote donne la possibilit&eacute; de faire d&eacute;brider l&eacute;galement son engin, qui sera alors r&eacute;glementairement limit&eacute; &agrave; un usage sur circuit, et de rendre l&eacute;gale, sinon son utilisation sur route, du moins sa possession. Enfin, des situations particuli&egrave;res peuvent fournir des occasions &agrave; saisir, comme pour&nbsp;le cas de Pierre&nbsp;:</p>
<blockquote><p><em>Moi, pour&nbsp;faire d&eacute;brider la moto, je t&eacute;l&eacute;phone au concessionnaire, il me dit&nbsp;: &laquo;&nbsp;vous venez quand vous voulez&nbsp;&raquo;. Bon, et apr&egrave;s, comment &ccedil;a se passe, il me dit&nbsp;: &laquo;&nbsp; c&#8217;est moi qui vais la d&eacute;brider&nbsp;&raquo;, parce que, je reviens un peu en arri&egrave;re, le bridage sur cette moto c&#8217;est un programme informatique qu&#8217;il faut enlever sur le calculateur. En revanche, le fait d&#8217;enlever ce programme informatique laisse la trace de qui l&#8217;a enlev&eacute;. C&#8217;est pour &ccedil;a que les concessionnaires ren&acirc;clent au d&eacute;bridage. Alors, le type me dit&nbsp;: &laquo;&nbsp;je vais vous la d&eacute;brider moi-m&ecirc;me&nbsp;&raquo;. Je lui dit&nbsp;: &laquo;&nbsp;mais &ccedil;a va laisser la trace&nbsp;&raquo;, il me dit&nbsp;: &laquo;&nbsp;oui, mais c&#8217;est pas g&ecirc;nant parce que je dois faire un crash informatique pour remettre mon syst&egrave;me informatique &agrave; plat, donc c&#8217;est pour &ccedil;a que je peux me permettre de le faire&nbsp;&raquo;. Je dis bon, d&#8217;accord. Je vais chez lui, il me d&eacute;bride la moto, et je lui dis : &laquo;&nbsp;bon, alors il n&#8217;y a pas de traces sur vos ordinateurs que vous m&#8217;avez d&eacute;brid&eacute; la moto&nbsp;&raquo;. Il me dit non, et je lui dis&nbsp;: &laquo;&nbsp;et sur mon calculateur il n&#8217;y a pas de trace non plus&nbsp;&raquo;, il me r&eacute;pond&nbsp;: &laquo;&nbsp;normalement, il n&#8217;y a pas de trace&nbsp;&raquo;.</em></p></blockquote>
<p>On commettrait une erreur fondamentale en voyant dans cette pratique une marque d&#8217;irresponsabilit&eacute; juv&eacute;nile&nbsp;: d&#8217;origine sociale &eacute;lev&eacute;e, Pierre a plus de quarante ans et poss&egrave;de avec un associ&eacute; sa petite entreprise&nbsp;; pour lui comme pour ses amis, acheteurs du m&ecirc;me mod&egrave;le de moto, d&#8217;une m&ecirc;me tranche d&#8217;&acirc;ge et d&#8217;un milieu social proche, utilisant lors de leurs sorties dominicales un v&eacute;hicule ill&eacute;gal &agrave; des vitesses prohib&eacute;es, il s&#8217;agit bien, en toute conscience, de revendiquer sa propre norme&nbsp;contre la contrainte r&eacute;glementaire, et d&#8217;assumer les risques, essentiellement juridiques, et &eacute;ventuellement physiques, que cela comporte. Il ne se distinguent, au fond, des parapentistes ou des plongeurs sous-marins dont on a d&eacute;j&agrave; <a href="http://mastermoto.nuage-ocre.net/index.php?2006/02/13/5-risque-accepte-risque-recherche" target="_blank">parl&#038;eacute</a> que dans la mesure o&ugrave;, pris dans les mailles du filet de la d&eacute;linquance routi&egrave;re, l&#8217;Etat a prohib&eacute; leur pratique.</p>
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