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	<title>le monde motard, objet sociologique &#187; Méthodologie</title>
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	<description>quelques instantanés lacunaires pris dans un long parcours</description>
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		<title>une mesure cosmétique : les vitesses sur route</title>
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		<pubDate>Wed, 20 Feb 2008 11:22:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Denis Berger</dc:creator>
				<category><![CDATA[Méthodologie]]></category>

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		<description><![CDATA[Comment faire pour construire une mesure statistiquement valide de la vitesse des v&#233;hicules sur les routes&#160;? Tenons pour acquis le fait de disposer de cin&#233;mom&#232;tres fiables affect&#233;s &#224; cette t&#226;che&#160;; quelle m&#233;thodologie mettre en oeuvre pour leur permettre de fournir une image statistique raisonnablement correcte des vitesses r&#233;ellement pratiqu&#233;es&#160;? Une telle question n&#8217;a rien de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Comment faire pour construire une mesure statistiquement valide de la vitesse des v&eacute;hicules sur les routes&nbsp;? Tenons pour acquis le fait de disposer de cin&eacute;mom&egrave;tres fiables affect&eacute;s &agrave; cette t&acirc;che&nbsp;; quelle m&eacute;thodologie mettre en oeuvre pour leur permettre de fournir une image statistique raisonnablement correcte des vitesses r&eacute;ellement pratiqu&eacute;es&nbsp;? Une telle question n&#8217;a rien de trivial, puisque la premi&egrave;re propri&eacute;t&eacute; de ce param&egrave;tre, la vitesse des v&eacute;hicules, est de ne jamais &ecirc;tre constant&nbsp;: &agrave; tel endroit, sur telle route, dans telles conditions de circulation, tel v&eacute;hicule aux mains de tel conducteur produira une certaine valeur. Cent m&egrave;tres plus loin, et juste un coup de frein plus tard, celle-ci sera enti&egrave;rement diff&eacute;rente&nbsp;: le radar aurait-il &eacute;t&eacute; plac&eacute; &agrave; cet endroit, c&#8217;est cette vitesse-l&agrave; qu&#8217;il aurait enregistr&eacute;. A chaque instant, sur le territoire national, une quantit&eacute; presque innombrable d&#8217;&eacute;v&eacute;nements de cette nature, presque tous statistiquement  ind&eacute;pendants les uns des autres, se produisent. Ces &eacute;v&eacute;nements ne d&eacute;pendent pas de la seule volont&eacute; du conducteur, ni des performances de sa machine, mais ob&eacute;issent par ailleurs &agrave; des contraintes externes vari&eacute;es dont les plus importantes, en plus de la r&eacute;glementation, sont la situation du trafic, l&#8217;&eacute;tat de la route, et les conditions m&eacute;t&eacute;orologiques.<br />
 Fournir une statistique fiable des vitesses pratiqu&eacute;es implique de r&eacute;aliser un sondage repr&eacute;sentatif de l&#8217;ensemble de ces &eacute;v&eacute;nements. Pour que celui-ci soit physiquement possible et statistiquement valide, il faut d&#8217;abord choisir avec soin l&#8217;emplacement des cin&eacute;mom&egrave;tres, et c&#8217;est loin d&#8217;&ecirc;tre simple. On doit en effet &agrave; la fois couvrir le territoire dans sa diversit&eacute;, centre ville, agglom&eacute;ration, campagne, le r&eacute;seau routier dans son ensemble, autoroutes, routes, rues, avec pour chaque cas une limitation de vitesse sp&eacute;cifique qui devrait, normalement, se r&eacute;v&eacute;ler assez proche des vitesses moyennes pratiqu&eacute;es, tout en &eacute;liminant  dans la mesure du possible les situations o&ugrave; cette vitesse de d&eacute;pend pas du choix des conducteurs, mais est contrainte par la densit&eacute; de la circulation. Si, par exemple, l&#8217;on consid&egrave;re comme pertinent de mesurer le comportement des habitants du Val d&#8217;Oise se rendant &agrave; leur travail dans la capitale, il vaudra mieux &eacute;viter de s&#8217;installer sur le pont de Gennevilliers, o&ugrave; l&#8217;embouteillage est &agrave; peu pr&egrave;s permanent, en particulier aux heures de pointe&nbsp; : mais on retrouvera ces m&ecirc;mes conducteurs quelques kilom&egrave;tres plus haut, sur l&#8217;autoroute, au sud de Pontoise. Et l&#8217;on posera comme hypoth&egrave;se que leur comportement n&#8217;y sera gu&egrave;re diff&eacute;rent, et qu&#8217;il rouleront bien l&agrave; &agrave; la vitesse qu&#8217;ils ont choisi.</p>
<h3>Th&eacute;orie</h3>
<p>Construire cette mesure de mani&egrave;re statistiquement valide implique donc de placer, en des lieux soigneusement d&eacute;termin&eacute;s, une quantit&eacute; suffisante de cin&eacute;mom&egrave;tres qui fonctionneront en permanence, tous les jours et toutes les nuits, et produiront une quantit&eacute; suffisamment importante de mesures pour que l&#8217;&eacute;chantillon ainsi obtenu soit repr&eacute;sentatif. C&#8217;est ainsi que les choses se passent en <a href="http://www.dft.gov.uk/pgr/statistics/datatablespublications/roadstraffic/speedscongestion/vehiclespeedsgb/"  target="_blank">Grande-Bretagne</a>. Un r&eacute;seau comportant pr&egrave;s de deux cent appareils de mesure automatiques y a &eacute;t&eacute; install&eacute;, sur des routes droites, &agrave; l&#8217;&eacute;cart des radars du syst&egrave;me de verbalisation automatique, dans des zones o&ugrave; les embouteillages sont rares, dans le seul but de recueillir les donn&eacute;es les plus fiables possible. Ce syst&egrave;me fonctionne toute l&#8217;ann&eacute;e, jour et nuit, et a, en 2005, pour toutes les cat&eacute;gories de v&eacute;hicules, produit environ 860 millions de mesures. En 2005, les seuls motocycles ont g&eacute;n&eacute;r&eacute; 2&nbsp;536&nbsp;000 mesures sur les autoroutes, 514&nbsp;000 sur le r&eacute;seau secondaire, et plus d&#8217;un million et demi dans les zones urbanis&eacute;es. On peut consid&eacute;rer, compte tenu de la quantit&eacute; de donn&eacute;es obtenues comme de la m&eacute;thode employ&eacute;e, qu&#8217;il y a l&agrave; de quoi &eacute;tablir des analyses valides. Mais en France, les choses ne fonctionnent pas du tout ainsi.<br />
 En France, la m&eacute;thodologie utilis&eacute;e est pr&eacute;sent&eacute;e dans l&#8217;un de ces nombreux fichiers &agrave; la d&eacute;signation cryptique gr&acirc;ce auxquels l&#8217;<a href="http://www.securite-routiere.gouv.fr/index.html" target="_blank">Observatoire</a> National Interminist&eacute;riel de la S&eacute;curit&eacute; Routi&egrave;re publie son bilan annuel de l&#8217;accidentalit&eacute; : en l&#8217;occurrence, il s&#8217;agit pour 2006 de <a href="http://www.securite-routiere.gouv.fr/IMG/Synthese/CT_VIT1.pdf" target="_blank">CT_VIT1.pdf</a>. Et, on s&#8217;en rend compte, c&#8217;est vraiment particulier, et un peu difficile &agrave; comprendre. On retrouve, comme en Grande-Bretagne, le souci de mesurer une vitesse que l&#8217;on qualifie ici de &laquo;&nbsp;libre&nbsp;&raquo;, ind&eacute;pendante donc de contraintes externes. Les points de mesure sont donc l&agrave; aussi situ&eacute;s sur des portions de routes droites, planes, &eacute;loign&eacute;es des intersections&nbsp;; mais l&agrave; o&ugrave; la Grande-Bretagne a choisi d&#8217;investir dans un appareillage fixe, l&#8217;ONISR a pr&eacute;f&eacute;r&eacute; confier ce travail aux employ&eacute;s d&#8217;un institut de sondage, l&#8217;ISL. On passera sur les petits soucis de formation du personnel et de calibration de ses instruments qui peuvent alors appara&icirc;tre, pour s&#8217;int&eacute;resser &agrave; la m&eacute;thode elle-m&ecirc;me. 362 points, soit 285 pour le jour et 77 pour la nuit, sans que l&#8217;on puisse vraiment comprendre s&#8217;ils sont physiquement distincts, ou s&#8217;il s&#8217;agit en partie des m&ecirc;mes mais &agrave; une heure diff&eacute;rente, sont utilis&eacute;s pour effectuer les mesures. Celles-ci sont prises, en un m&ecirc;me point, tous les quatre mois, donc trois fois par an, et suivant deux tranches horaires&nbsp;: de jour, entre 9h30 et 16h30, de nuit, entre 22h00 et 2h00. On comprend que ce souci d&#8217;&eacute;viter les heures de pointe vise &agrave; combattre le biais que produirait une vitesse ralentie par un trafic trop dense&nbsp;; on peut aussi supposer que cette dur&eacute;e de six heures, de jour, ou quatre heures, de nuit, correspond &agrave; une vacation pour le personnel employ&eacute;. Mais un tel proc&eacute;d&eacute; g&eacute;n&egrave;re fatalement un autre biais, suffisamment grave pour invalider totalement les mesures relev&eacute;es, et suffisamment caract&eacute;ristique pour d&eacute;voiler les pr&eacute;notions qui, inconsciemment, animent ces accidentologues d&#8217;&Eacute;tat, et expliquent pourquoi leur discipline ne peut revendiquer de caract&egrave;re scientifique.</p>
<h3>Pratique </h3>
<p>Car aux heures o&ugrave; les agents de l&#8217;ONISR observent, les individus ordinaires, eux aussi, travaillent&nbsp;; et le plus souvent, puisque leur journ&eacute;e &agrave; eux dure presque huit heures, et pas six, ils arrivent avant le d&eacute;but des mesures, et repartent apr&egrave;s. Les conducteurs qui d&eacute;filent alors devant les radars appartiennent par cons&eacute;quent &agrave; des cat&eacute;gories sp&eacute;cifiques de la population, soit parce qu&#8217;ils sont inactifs &#8211; jeunes &eacute;tudiants ou vieux retrait&eacute;s &#8211; soit parce que la route repr&eacute;sente une partie &#8211; pour, par exemple, les repr&eacute;sentants ou les m&eacute;decins de campagne &#8211; ou la totalit&eacute; &#8211; pour les chauffeurs routiers, seule cat&eacute;gorie pour laquelle ce biais ne joue pas &#8211; de leur m&eacute;tier. En ne retenant, contrairement au syst&egrave;me britannique, du seul fait de sa m&eacute;thodologie, qu&#8217;une portion socialement d&eacute;termin&eacute;e des usagers de la route, l&#8217;ONISR se livre &agrave; un sondage qui, lui, introduit un biais de repr&eacute;sentativit&eacute;. Il il lui faut donc fournir imp&eacute;rativement les preuves de celle-ci, faute de quoi le sondage ne peut pas &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute; comme valide. Et ces preuves, on ne les aura jamais, puisque, fatalement, le sondeur ignore tout des caract&eacute;ristiques sociales des sond&eacute;s, et que les sond&eacute;s ne savent m&ecirc;me pas qu&#8217;ils servent &agrave; &eacute;tablir des mesures.<br />
 SI l&#8217;ONISR se permet d&#8217;ignorer cette composante sociale de l&#8217;usage de la route dont on a d&eacute;j&agrave; <a href="http://sociomotards.net/index.php/2007/02/28/14-composante-sociale-accidents-de-la-route">parl&eacute;</a>, si les seules variables sociom&eacute;triques, &agrave; cause de leur pr&eacute;gnence, qui s&#8217;imposent &agrave; lui sont le sexe et l&#8217;&acirc;ge, s&#8217;il ne tient pas compte des autres, sans doute aussi importantes mais bien plus difficiles &agrave; int&eacute;grer puisqu&#8217;elles ne figurent pas sur le permis de conduire, c&#8217;est parce que sa fonction est normative, et r&eacute;pressive : de m&ecirc;me qu&#8217;il ne s&#8217;int&eacute;resse pas tant aux vitesses moyennes qu&#8217;au respect moyen des limitations, il ne voit dans l&#8217;usager de la route que l&#8217;individu indiff&eacute;renci&eacute; soumis &agrave; une r&eacute;glementation uniforme. Sa nature normative lui permet de faire l&#8217;&eacute;conomie d&#8217;une analyse sociologique de la r&eacute;alit&eacute; sociale de la route mais, en se comportant ainsi, il introduit le biais que l&#8217;on a soulev&eacute; plus haut, et qui rend ses mesures, &agrave; l&#8217;exception de celles qui concernent les routiers, scientifiquement invalides.</p>
<p>Encore n&#8217;a-t-on &eacute;voqu&eacute; jusqu&#8217;&agrave; pr&eacute;sent que les usagers de la route en g&eacute;n&eacute;ral&nbsp;; or, l&#8217;ONISR distingue les cat&eacute;gories de v&eacute;hicules, automobiles, poids-lourds, et motocycles. Et si les 220&nbsp;813 observations r&eacute;alis&eacute;es en 2006, certes fort loin des 860 millions qui ont permis d&#8217;&eacute;tablir les statistiques britanniques, suffisent a priori &agrave; &eacute;tablir des &eacute;chantillons assez vastes pour, ind&eacute;pendamment du point soulev&eacute; plus haut, &ecirc;tre valides, la situation se r&eacute;v&egrave;le bien diff&eacute;rente si on l&#8217;analyse d&#8217;un peu plus pr&egrave;s. Il faut pour cela aller chercher d&#8217;autres documents, les bilans publi&eacute;s tous les quatre mois par <a href="http://www.securiteroutiere.equipement.gouv.fr/infos-ref/observatoire/conjoncture/index.html"  target="_blank">l&#8217;Observatoire des vitesses</a>&nbsp;; le dernier en date, celui du mois d&#8217;<a href="http://www.securiteroutiere.equipement.gouv.fr/IMG/pdf/observatoire_vitesse.pdf"  target="_blank">octobre 2007</a>, est disponible sur le site de l&#8217;ONISR. Lors de cette campagne d&#8217;&eacute;t&eacute;, ses agents ont relev&eacute; les vitesses de 68&nbsp;102 v&eacute;hicules l&eacute;gers et 3&nbsp;624 poids-lourds. Pour les motos, la situation est un petit peu plus complexe, puisque l&#8217;Observatoire a cumul&eacute; douze mois d&#8217;observations, et employ&eacute; pour son bilan un total 1&nbsp;300 mesures. Encore celles-ci concernent-elles l&#8217;ensemble du r&eacute;seau routier&nbsp;: dans les faits, il faut, pour appr&eacute;cier leur validit&eacute;, d&eacute;tailler la mani&egrave;re dont elles sont prises pour chaque type de r&eacute;seau. Cette distinction ne se trouve que dans une vieille connaissance, la brochure que l&#8217;ONSIR publie tous les deux ans, <a href="http://www.ladocumentationfrancaise.fr/catalogue/9782110067654/#" target="_blank">Les motocyclettes et la s&eacute;curit&eacute; routi&egrave;re</a>. Puisque la derni&egrave;re &eacute;dition n&#8217;est&nbsp;pas disponible en ligne, et comme il n&#8217;est pas question de payer pour obtenir un document financ&eacute; par ses imp&ocirc;ts, on se contentera de l&#8217;&eacute;dition pr&eacute;c&eacute;dente, avec les chiffres de 2003, &eacute;dition que l&#8217;on trouve dans la caverne d&#8217;Ali-Baba de la banque de donn&eacute;es <a href="http://temis.documentation.equipement.gouv.fr/temis/document.xsp?id=Temis-0033093"  target="_blank">Temis</a> du Minist&egrave;re des Transports. En 2003, donc, 1&nbsp;434 mesures ont &eacute;t&eacute; effectu&eacute;es, 351 en ville et 1&nbsp;083 en dehors des agglom&eacute;rations. Seules &agrave; &ecirc;tre int&eacute;gralement d&eacute;taill&eacute;es, les 1&nbsp;083 observations en rase-campagne se r&eacute;partissent entre 171 mesures pour les autoroutes de liaison, celles o&ugrave; la vitesse est limit&eacute;e &agrave; 130&nbsp;km/h, 432 sur les autoroutes de d&eacute;gagement et 241 sur les nationales &agrave; quatre voies limit&eacute;es &agrave; 110&nbsp;km/h, 179 sur les nationales ordinaires et, pour finir, sur ces d&eacute;partementales qui tournent, les pr&eacute;f&eacute;r&eacute;es des motards, pour l&#8217;ensemble du territoire et sur une ann&eacute;e enti&egrave;re, 60 observations.<br />
 Comme on l&#8217;a &eacute;crit plus haut,&nbsp;la vitesse d&#8217;un v&eacute;hicule, cet &eacute;v&eacute;nement que l&#8217;on mesure, est, d&#8217;un point de vue statistique, en premi&egrave;re analyse, un &eacute;v&eacute;nement ind&eacute;pendant. En restant dans un domaine purement th&eacute;orique, en faisant donc abstraction de cette foule de biais dont on a &eacute;voqu&eacute; quelques-uns, en supposant que chaque type de r&eacute;seau routier, avec sa vitesse limite, forme une base de sondage pertinente, encore faut-il que celui-ci comporte une quantit&eacute; suffisante de mesures pour &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute; comme significatif&nbsp;: en g&eacute;n&eacute;ral, le minimum admis pour obtenir des r&eacute;sultats un petit peu fiables est de l&#8217;ordre de 1&nbsp;200 valeurs. Ainsi donc, l&#8217;ONISR a, parfois, enregistr&eacute; jusqu&#8217;&agrave; vingt fois moins que le minimum obligatoire pour que ses mesures, du seul point de vue de la th&eacute;orie statistique, puissent pr&eacute;tendre &agrave; une quelconque pertinence. Aussi, la taille de ses &eacute;chantillons, qui oscille entre le bien trop petit et le franchement grotesque, suffit &agrave; elle seule &agrave; invalider en totalit&eacute; et sans avoir besoin d&#8217;aucun autre argument toutes les mesures qu&#8217;il effectue sur des motocycles.<br />
 Mais de cela, il n&#8217;a cure&nbsp;: il publie donc tous les quatre mois cette note de synth&egrave;se, d&eacute;crivant par courbes et tableaux l&#8217;&eacute;volution sur plusieurs ann&eacute;es des vitesses mesur&eacute;es. La premi&egrave;re de ces courbes rel&egrave;ve, pour trois cat&eacute;gories de v&eacute;hicules, poids-lourds, v&eacute;hicules l&eacute;gers, et motos, les d&eacute;passements de plus de 10&nbsp;km/h des vitesses autoris&eacute;es. A c&ocirc;t&eacute; de la courbe relative aux motocycles, et d&#8217;elle seule, un mot, discret, entre parenth&egrave;ses, figure&nbsp;: liss&eacute;. Sous ce terme, il faut comprendre que, dans les publications de l&#8217;Observatoire des vitesses, les motos font l&#8217;objet d&#8217;un traitement statistique particulier. Pour les poids-lourds, pour les automobiles, les donn&eacute;es correspondent &agrave; l&#8217;une de ces campagnes de mesures r&eacute;alis&eacute;es tous les quatre mois, et que l&#8217;on a pr&eacute;sent&eacute;es plus haut. Pour les motos, l&#8217;ONISR proc&egrave;de diff&eacute;remment&nbsp;: il cumule trois s&eacute;ries de mesures distinctes, une ann&eacute;e enti&egrave;re donc, mesures qui sont ensuite liss&eacute;es, vraisemblablement &agrave; l&#8217;aide de moyennes mobiles. Car, in&eacute;vitablement, la tr&egrave;s petite taille des &eacute;chantillons recueillis sur les motos va produire, d&#8217;une campagne &agrave; l&#8217;autre, une dispersion des valeurs bien plus grande que pour les autres cat&eacute;gories de v&eacute;hicules&nbsp;: la courbe ainsi g&eacute;n&eacute;r&eacute;e sera nettement plus accident&eacute;e que celle des poids-lourds, et plus encore que celle des automobiles. Un esprit exerc&eacute; pourrait alors s&#8217;&eacute;tonner de cette disparit&eacute; visuelle, et rep&eacute;rer ce que l&#8217;ONISR cache gr&acirc;ce &agrave; sa manipulation cosm&eacute;tique, le tr&egrave;s faible nombre de mesures effectu&eacute;es sur les motos. Mais alors, pourquoi pr&eacute;ciser, malgr&eacute; tout, que cette courbe est liss&eacute;e&nbsp;; pourquoi avouer&nbsp;? Peut-&ecirc;tre que, faute de mentionner cette petite op&eacute;ration esth&eacute;tique, le document serait sciemment mensonger, et sa publication p&eacute;nalement r&eacute;pr&eacute;hensible. Peut-&ecirc;tre qu&#8217;ainsi, il restera possible d&#8217;arguer que la manipulation se justifie par un imp&eacute;ratif de lisibilit&eacute;. Et peut-&ecirc;tre aussi que l&#8217;honneur professionnel du statisticien mis &agrave; contribution a jou&eacute;, et qu&#8217;il a refus&eacute; de laisser publier un document sans qu&#8217;y soit pr&eacute;cis&eacute; ce retraitement tr&egrave;s particulier de l&#8217;information statistique.</p>
<p>Il existe de multiples mani&egrave;res de biaiser les statistiques. <a href="http://www.penombre.org/" target="_blank">P&eacute;nombre</a> s&#8217;est fait une sp&eacute;cialit&eacute; de les d&eacute;busquer, en dressant un catalogue des fa&ccedil;ons d&#8217;exploiter l&#8217;analphab&eacute;tisme des journalistes ordinaires en la mati&egrave;re&nbsp;: cat&eacute;gories arbitraires ou mal d&eacute;finies, recherche du spectaculaire, pourcentages trompeurs et mal interpr&eacute;t&eacute;s, questions tendancieuses, bases de sondages incoh&eacute;rentes, voire parfois, aussi, &eacute;chantillon d&#8217;une taille <a href="http://www.penombre.org/46/05.htm" target="_blank">infime</a> que l&#8217;on ne se g&ecirc;ne pas de donner comme repr&eacute;sentatif. Encore s&#8217;agit-il souvent de sondages priv&eacute;s, dont l&#8217;initiative revient g&eacute;n&eacute;ralement &agrave; la presse elle-m&ecirc;me, d&#8217;&eacute;tudes mont&eacute;es sp&eacute;cialement &agrave; son intention, ou de chiffres instrumentalis&eacute;s par tel ou tel groupe, et dans un but &eacute;troitement politique.<br />
 Ici, il en va tout autrement, m&ecirc;me si l&#8217;objectif est comparable, puisqu&#8217;il s&#8217;agit de fournir &agrave; la presse des donn&eacute;es justifiant la politique que l&#8217;&Eacute;tat m&egrave;ne dans le domaine de la s&eacute;curit&eacute; routi&egrave;re. Puisqu&#8217;il a d&eacute;cid&eacute; de faire de la vitesse la principale cause des accidents, il va mesurer celle-ci, et le faire de mani&egrave;re normative. Comme, d&#8217;une part, il dispose d&#8217;une puissance d&#8217;imposition incomparable, en particulier dans ce secteur o&ugrave; son action est consid&eacute;r&eacute;e comme l&eacute;gitime, et que, de l&#8217;autre, il sait pouvoir compter sur la presse pour ne pas contester la validit&eacute; des donn&eacute;es qu&#8217;il diffuse, il peut parfaitement se contenter d&#8217;employer une m&eacute;thodologie dont il ne s&#8217;inqui&egrave;te nullement qu&#8217;elle soit invalide. Et lorsque la manipulation risque de para&icirc;tre flagrante, un petit redressage discret lui permet de rendre &agrave; ses chiffres une coh&eacute;rence qu&#8217;ils n&#8217;ont pas. Qui va se soucier d&#8217;aller p&ecirc;cher, dans le fatras de ses publications, une note m&eacute;thodologique que personne ne lit&nbsp;? Qui va s&#8217;inqui&eacute;ter de la pr&eacute;sence d&#8217;un terme qui n&#8217;a de sens que pour ceux qui poss&egrave;dent un minimum de bagage statistique, &agrave; c&ocirc;t&eacute; d&#8217;une courbe qui parle d&#8217;elle-m&ecirc;me&nbsp;? Alors, dans une telle situation, avec le pouvoir dont l&#8217;&Eacute;tat dispose pour imposer sa v&eacute;rit&eacute;,&nbsp; cette op&eacute;ration de camouflage, on peut difficilement la qualifier autrement que d&#8217;abus de confiance.</p>
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		<title>France &#8211; Allemagne</title>
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		<pubDate>Mon, 20 Aug 2007 15:53:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Denis Berger</dc:creator>
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		<description><![CDATA[ A la S&#233;curit&#233; Routi&#232;re, on aime les choses simples, et l&#8217;on d&#233;teste se compliquer l&#8217;existence. On occupe, il est vrai, une position confortable, avec l&#8217;attention bienveillante de sa tutelle, un appui sans failles et sans nuances des m&#233;dia, et extr&#234;mement peu de contradicteurs. Alors, la paresse guette, l&#8217;on se contente de reproduire, d&#8217;une ann&#233;e [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p> A la S&eacute;curit&eacute; Routi&egrave;re, on aime les choses simples, et l&#8217;on d&eacute;teste se compliquer l&#8217;existence. On occupe, il est vrai, une position confortable, avec l&#8217;attention bienveillante de sa tutelle, un appui sans failles et sans nuances des <a href="http://www.motomag.com/spip/Chasse-croise-des-vacances-1730.html"  target="_blank">m&eacute;dia</a>, et extr&ecirc;mement peu de <a href="http://www.l-os.com/"  target="_blank">contradicteurs</a>. Alors, la paresse guette, l&#8217;on se contente de reproduire, d&#8217;une ann&eacute;e sur l&#8217;autre, des analyses qui tournent&nbsp;au st&eacute;r&eacute;otype, et l&#8217;on peut, &agrave; l&#8217;abri de sa force d&#8217;imposition, pr&eacute;senter comme incontestables des affirmations que l&#8217;on ne prend m&ecirc;me pas la peine d&#8217;&eacute;tayer en citant ses sources et en d&eacute;crivant sa m&eacute;thodologie. Malheureusement pour lui, l&#8217;apprenti sociologue, corset&eacute; de contraintes scientifiques, ne dispose pas des m&ecirc;mes libert&eacute;s ; l&agrave; o&ugrave; la S&eacute;curit&eacute; Routi&egrave;re se contente de conclure sa <a href="http://www.securiteroutiere.gouv.fr/IMG/Synthese/SY_GEN.pdf"  target="_blank">synth&egrave;se</a> du bilan annuel de l&#8217;accidentalit&eacute; d&#8217;un rituel&nbsp;: &laquo;&nbsp;Pour ce qui est de la conduite des motocyclettes, la France enregistre un taux 2,8 fois plus fort que l&rsquo;Allemagne.&nbsp;&raquo;, il lui faut bien chercher &agrave; comprendre ce qui peut, statistiquement, justifier l&#8217;&eacute;cart en question mais, d&#8217;abord, d&eacute;chiffrer ce dont il s&#8217;agit.</p>
<p> Dans ce chapitre final du document de synth&egrave;se, la S&eacute;curit&eacute; Routi&egrave;re aborde les comparaisons internationales&nbsp;; en l&#8217;esp&egrave;ce il faut comprendre que, par kilom&egrave;tre parcouru, le risque d&#8217;&ecirc;tre tu&eacute; est 2,8 fois plus important pour les motards fran&ccedil;ais que pour les allemands. Cette information est syst&eacute;matiquement pr&eacute;sente dans chaque &eacute;dition de ce document, m&ecirc;me si elle conna&icirc;t quelques variations, puisque le risque est donn&eacute; comme trois fois plus important dans l&#8217;&eacute;dition 2003, et 2,7 fois dans la version 2005, et elle fournit en permanence &agrave; tous les membres de l&#8217;appareil d&#8217;&Eacute;tat, <a href="http://www.moto-net.com/actualites-motos-1610-S%E9curit%E9-routi%E8re-ACCIDENTS-DE-MOTO-Les-progres-des-deux-roues-motorises-se-confirment.html"  target="_blank">ministre</a> compris, un <a href="http://www.securiteroutiere.equipement.gouv.fr/data/revue/revue145/dossier/dossier_un.html"  target="_blank">argument</a> servi comme preuve ultime de l&#8217;indiscipline du motard fran&ccedil;ais, donc de la n&eacute;cessit&eacute; de le surveiller &eacute;troitement.</p>
<h3>d&eacute;composition</h3>
<p> On passera sur la contradiction logique, pour un organisme qui reconna&icirc;t par ailleurs que les motards sont moins qu&#8217;aucun autre usager motoris&eacute; responsables des accidents dont ils sont victimes, de leur en attribuer la faute exclusive, pour s&#8217;interroger sur la mani&egrave;re dont peuvent &ecirc;tre produites ces donn&eacute;es, tant il para&icirc;t bien curieux qu&#8217;un tel &eacute;cart puisse exister entre deux populations socialement proches, donc comparables tant par leur comportement que par les contraintes l&eacute;gales et sociales auxquelles elles sont soumises. <br /> Autrement dit, &ccedil;a vaut le coup d&#8217;y regarder d&#8217;un peu plus pr&egrave;s, et d&#8217;abord en d&eacute;composant les termes de la comparaison. Celle-ci s&#8217;appuie sur deux agr&eacute;gats statistiques&nbsp;: le nombre de motocyclistes tu&eacute;s, et leur exposition au risque, soit le nombre de kilom&egrave;tres qu&#8217;ils parcourent chaque ann&eacute;e. La d&eacute;finition des motocycles &eacute;tant identique entre les deux pays &#8211; d&#8217;une part, les motocyclettes l&eacute;g&egrave;res, Leichtkraftr&auml;der en Allemagne soit, dans le langage courant, les 125, de l&#8217;autre, les motos au plein sens du terme &#8211; et, depuis 2005, les victimes &eacute;tant comptabillis&eacute;es de la m&ecirc;me mani&egrave;re, comme d&eacute;c&eacute;d&eacute;es dans un d&eacute;lai de trente jours apr&egrave;s l&#8217;accident, on mesure bien, s&#8217;agissant des motocyclistes tu&eacute;s, de part et d&#8217;autre du Rhin, la m&ecirc;me chose&nbsp;; en 2006, on compte 793 victimes d&#8217;accidents mortels en Allemagne, et 769 en France.</p>
<p>L&#8217;exposition au risque, elle, est &eacute;valu&eacute;e en multipliant le parc de motocycles par leur kilom&eacute;trage annuel moyen&nbsp;; l&agrave;, les choses se compliquent. Car il semble n&#8217;exister aucune mesure scientifiquement valide de ce kilom&eacute;trage&nbsp;: ainsi, les donn&eacute;es fran&ccedil;aises paraissent issues d&#8217;un panel de <a href="http://www.secodip.fr/worldpanel/htm/produits/worldpanelpetrol2.asp"  target="_blank">consommateurs</a> g&eacute;n&eacute;raliste dans lequel la part des utilisateurs de deux-roues motoris&eacute;s sera in&eacute;vitablement faible, donc statistiquement peu significative. Il est &agrave; peine besoin de mentionner le caract&egrave;re approximatif de la m&eacute;thode du panel, et les nombreux biais dont elle peut souffrir. On a donc tout int&eacute;r&ecirc;t &agrave; faire en premi&egrave;re analyse l&#8217;hypoth&egrave;se d&#8217;un kilom&eacute;trage moyen identique entre les deux pays, et &agrave; ne s&#8217;int&eacute;resser qu&#8217;au parc de ces v&eacute;hicules qui, puisqu&#8217;il sont tous &eacute;quip&eacute;s de cette plaque d&#8217;immatriculation qui permet d&#8217;identifier chacun d&#8217;entre eux de fa&ccedil;on certaine, ne devrait pas &ecirc;tre compliqu&eacute; &agrave; d&eacute;nombrer. Mais en fait, les choses ne se passent pas du tout ainsi.</p>
<p> L&#8217;<a href="http://www.acembike.org/Yearbook2006.pdf"  target="_blank">annuaire</a> statistique de l&#8217;<a href="http://www.acembike.org/html/start.htm" target="_blank">Association des Constructeurs Europ&eacute;ens de Motocycles</a>, source d&#8217;une richesse sans &eacute;quivalent et qui montre une fois plus que, en mati&egrave;re de motos, si l&#8217;on veut que le travail de l&#8217;&Eacute;tat soit fait, on a int&eacute;r&ecirc;t &agrave; s&#8217;en occuper soit-m&ecirc;me, fournit tous les chiffres n&eacute;cessaires&nbsp;: ainsi, en 2004, le parc des motocycles allemands &eacute;tait-il &eacute;valu&eacute; &agrave; 3&nbsp;827&nbsp;829 unit&eacute;s, et le parc fran&ccedil;ais &agrave; 1&nbsp;131&nbsp;000 motos. Une simple comparaison avec le nombre de tu&eacute;s, presque identique en 2006 dans les deux pays, montre bien d&#8217;o&ugrave; peut provenir l&#8217;&eacute;cart. Seulement, et cet article n&#8217;aurait sans cela pas d&#8217;objet, il est &eacute;l&eacute;mentaire de prouver que cet &eacute;cart entre les mortalit&eacute;s des deux pays n&#8217;est qu&#8217;un pur artefact statistique, uniquement d&ucirc; &agrave; la mani&egrave;re dont, en France et en Allemagne, en comptant les motos, si l&#8217;on compte la m&ecirc;me chose, on ne le fait absolument pas de la m&ecirc;me mani&egrave;re.</p>
<p>En France, le parc des v&eacute;hicules motoris&eacute;s est suivi par le service statistique du minist&egrave;re des Transports, qui en fournit un <a href="http://www.statistiques.equipement.gouv.fr/rubrique.php3?id_rubrique=207"  target="_blank">&eacute;tat</a> annuel. Sauf que, comme le pr&eacute;cise le document, &laquo;&nbsp;Il n&#8217;est pas tenu de parc pour les motocycles et les tracteurs agricoles&nbsp;&raquo;. Alors, qui s&#8217;occupe de faire &agrave; sa place le travail de l&#8217;&Eacute;tat&nbsp;? La <a href="http://www.csnm.asso.fr/index.htm"  target="_blank">Chambre Syndicale Nationale du Motocycle</a>, correspondant fran&ccedil;ais de l&#8217;ACEM. Comment proc&egrave;de-t-elle&nbsp;? Elle utilise les seules donn&eacute;es fiables, les <a href="http://www.statistiques.equipement.gouv.fr/rubrique.php3?id_rubrique=392"  target="_blank">immatriculations</a> annuelles publi&eacute;es par le minist&egrave;re des Transports, et additionne les vingt derniers r&eacute;sultats en affectant chaque ann&eacute;e d&#8217;un coefficient de v&eacute;tust&eacute; progressif, coefficient qui para&icirc;t particuli&egrave;rement drastique. Il semble en effet, par exemple, comme le pr&eacute;cisait un r&eacute;cent article de Moto Magazine, qu&#8217;elle consid&egrave;re que seuls 90 % des motocycles survivent &agrave; leur premi&egrave;re annn&eacute;e d&#8217;existence. Un tel mode de calcul conduit alors in&eacute;vitablement &agrave; une sous-&eacute;valuation significative du parc.<br /> En Allemagne, l&#8217;&eacute;valuation du parc est du ressort du <a href="http://www.kba.de/" target="_blank">Kraftfahrt Bundesamt</a>, lequel publie en effet des statistiques annuelles compl&egrave;tes, immatriculations neuves et d&#8217;occasion, radiations, et effectifs. Mais sa m&eacute;thode est purement administrative&nbsp;: les v&eacute;hicules restent dans l&#8217;inventaire aussi longtemps que personne ne vient demander leur radiation. Compte tenu des caract&eacute;ristiques particuli&egrave;res de l&#8217;engin, les vols, les chutes, la vieille b&eacute;cane que l&#8217;on se promet de restaurer un jour et qui en attendant tra&icirc;ne au fond du garage, nombre de v&eacute;hicules ainsi comptabilis&eacute;s ne sont plus en &eacute;tat de rouler, et ont parfois cess&eacute; d&#8217;exister depuis des dizaines d&#8217;ann&eacute;es, comme en <a href="http://statbel.fgov.be/figures/d37_fr.asp#1bis"  target="_blank">Belgique</a> o&ugrave;, sur les 346&nbsp;000 motocycles du parc 2005, 95&nbsp;000 avaient &eacute;t&eacute; mis en service avant 1989, comme ces 5&nbsp;513 cyclomoteurs Flandria toujours inventori&eacute;s, bien que la marque ait disparu en 1981. En d&#8217;autres termes, cette rigidit&eacute; toute bureaucratique produit un effet inverse, un r&eacute;sultat tout autant fictif mais avec cette fois-ci une forte sur&eacute;valuation du parc allemand. Et quand bien m&ecirc;me le minist&egrave;re des Transports se d&eacute;cidait &agrave; recenser les motos, les donn&eacute;es qu&#8217;il produirait ne pourraient pour autant pas servir de base &agrave; une comparaison&nbsp;: car, avec un pragmatisme fort justifi&eacute;, il ne retient, dans son inventaire des automobiles, que les v&eacute;hicules&nbsp;de moins de quinze ans d&#8217;&acirc;ge.</p>
<h3>reconstruction</h3>
<p> Il faut donc faire le calcul &agrave; sa place, en partant des seules donn&eacute;es fiables, les immatriculations annuelles. On appliquera &agrave; celles-ci une pond&eacute;ration progressive, sans doute assez r&eacute;aliste, totalement arbitraire, mais ni plus ni moins arbitraire que celle de la CNSM. Le r&eacute;sultat fournira une mesure d&#8217;un parc sans doute inf&eacute;rieure &agrave; la r&eacute;alit&eacute;, mais cela non plus n&#8217;a aucune importance&nbsp;: l&#8217;important est que, en utilisant des donn&eacute;es fiables et de m&ecirc;me nature &#8211; les immmatriculations annuelles de motocycles depuis 1994, date des premi&egrave;res donn&eacute;es du KBA dont je dispose &#8211; en leur appliquant une pond&eacute;ration identique, on obtient une estimation des parcs fran&ccedil;ais et allemands calcul&eacute;e de la m&ecirc;me mani&egrave;re, donc des estimations coh&eacute;rentes et objectivement comparables. Voici les chiffres&nbsp;:</p>
<p>
<table style="width: 80%; text-align: left; margin-left: auto; margin-right: auto;"  border="1" cellpadding="2" cellspacing="0"  cols="7">
<tbody>
<tr>
<td style="text-align: center; width: 81px;"></td>
<td style="text-align: center; width: 132px;"  colspan="2" rowspan="1" valign="undefined">Immatriculations</td>
<td align="undefined" valign="undefined"></td>
<td style="text-align: center;" colspan="2"  rowspan="1" valign="undefined">Parcs</td>
</tr>
<tr>
<td style="width: 81px;" align="left" height="16">       </td>
<td style="width: 133px;" align="left">DE</td>
<td style="width: 132px;" align="left">FR</td>
<td style="text-align: center;" width="86">Pond&eacute;ration</td>
<td align="left" width="86">DE</td>
<td align="left" width="86">FR</td>
</tr>
<tr>
<td style="width: 81px;" sdval="1994"  sdnum="1036;" align="right" height="16">1994</td>
<td style="width: 133px;" sdval="212847"  sdnum="1036;0;#&nbsp;###" align="right">212&nbsp;847</td>
<td style="width: 132px;" sdval="84870"  sdnum="1036;0;#&nbsp;###" align="right">84&nbsp;870</td>
<td sdval="0,13" sdnum="1036;" align="right">0,13</td>
<td sdval="27670,11" sdnum="1036;0;#&nbsp;###"  align="right">27&nbsp;670</td>
<td sdval="11033,1" sdnum="1036;0;#&nbsp;###"  align="right">11&nbsp;033</td>
</tr>
<tr>
<td style="width: 81px;" sdval="1995"  sdnum="1036;" align="right" height="16">1995</td>
<td style="width: 133px;" sdval="217791"  sdnum="1036;0;#&nbsp;###" align="right">217&nbsp;791</td>
<td style="width: 132px;" sdval="84793"  sdnum="1036;0;#&nbsp;###" align="right">84&nbsp;793</td>
<td sdval="0,26" sdnum="1036;" align="right">0,26</td>
<td sdval="56625,66" sdnum="1036;0;#&nbsp;###"  align="right">56&nbsp;626</td>
<td sdval="22046,18" sdnum="1036;0;#&nbsp;###"  align="right">22&nbsp;046</td>
</tr>
<tr>
<td style="width: 81px;" sdval="1996"  sdnum="1036;" align="right" height="16">1996</td>
<td style="width: 133px;" sdval="271723"  sdnum="1036;0;#&nbsp;###" align="right">271&nbsp;723</td>
<td style="width: 132px;" sdval="116005"  sdnum="1036;0;#&nbsp;###" align="right">116&nbsp;005</td>
<td sdval="0,39" sdnum="1036;" align="right">0,39</td>
<td sdval="105971,97" sdnum="1036;0;#&nbsp;###"  align="right">105&nbsp;972</td>
<td sdval="45241,95" sdnum="1036;0;#&nbsp;###"  align="right">45&nbsp;242</td>
</tr>
<tr>
<td style="width: 81px;" sdval="1997"  sdnum="1036;" align="right" height="16">1997</td>
<td style="width: 133px;" sdval="313973"  sdnum="1036;0;#&nbsp;###" align="right">313&nbsp;973</td>
<td style="width: 132px;" sdval="147890"  sdnum="1036;0;#&nbsp;###" align="right">147&nbsp;890</td>
<td sdval="0,5" sdnum="1036;" align="right">0,50</td>
<td sdval="156986,5" sdnum="1036;0;#&nbsp;###"  align="right">156&nbsp;987</td>
<td sdval="73945" sdnum="1036;0;#&nbsp;###"  align="right">73&nbsp;945</td>
</tr>
<tr>
<td style="width: 81px;" sdval="1998"  sdnum="1036;" align="right" height="16">1998</td>
<td style="width: 133px;" sdval="289982"  sdnum="1036;0;#&nbsp;###" align="right">289&nbsp;982</td>
<td style="width: 132px;" sdval="172336"  sdnum="1036;0;#&nbsp;###" align="right">172&nbsp;336</td>
<td sdval="0,59" sdnum="1036;" align="right">0,59</td>
<td sdval="171089,38" sdnum="1036;0;#&nbsp;###"  align="right">171&nbsp;089</td>
<td sdval="101678,24" sdnum="1036;0;#&nbsp;###"  align="right">101&nbsp;678</td>
</tr>
<tr>
<td style="width: 81px;" sdval="1999"  sdnum="1036;" align="right" height="16">1999</td>
<td style="width: 133px;" sdval="282462"  sdnum="1036;0;#&nbsp;###" align="right">282&nbsp;462</td>
<td style="width: 132px;" sdval="192744"  sdnum="1036;0;#&nbsp;###" align="right">192&nbsp;744</td>
<td sdval="0,67" sdnum="1036;" align="right">0,67</td>
<td sdval="189249,54" sdnum="1036;0;#&nbsp;###"  align="right">189&nbsp;250</td>
<td sdval="129138,48" sdnum="1036;0;#&nbsp;###"  align="right">129&nbsp;138</td>
</tr>
<tr>
<td style="width: 81px;" sdval="2000"  sdnum="1036;" align="right" height="16">2000</td>
<td style="width: 133px;" sdval="252628"  sdnum="1036;0;#&nbsp;###" align="right">252&nbsp;628</td>
<td style="width: 132px;" sdval="179552"  sdnum="1036;0;#&nbsp;###" align="right">179&nbsp;552</td>
<td sdval="0,74" sdnum="1036;" align="right">0,74</td>
<td sdval="186944,72" sdnum="1036;0;#&nbsp;###"  align="right">186&nbsp;945</td>
<td sdval="132868,48" sdnum="1036;0;#&nbsp;###"  align="right">132&nbsp;868</td>
</tr>
<tr>
<td style="width: 81px;" sdval="2001"  sdnum="1036;" align="right" height="16">2001</td>
<td style="width: 133px;" sdval="226848"  sdnum="1036;0;#&nbsp;###" align="right">226&nbsp;848</td>
<td style="width: 132px;" sdval="179590"  sdnum="1036;0;#&nbsp;###" align="right">179&nbsp;590</td>
<td sdval="0,79" sdnum="1036;" align="right">0,79</td>
<td sdval="179209,92" sdnum="1036;0;#&nbsp;###"  align="right">179&nbsp;210</td>
<td sdval="141876,1" sdnum="1036;0;#&nbsp;###"  align="right">141&nbsp;876</td>
</tr>
<tr>
<td style="width: 81px;" sdval="2002"  sdnum="1036;" align="right" height="16">2002</td>
<td style="width: 133px;" sdval="204141"  sdnum="1036;0;#&nbsp;###" align="right">204&nbsp;141</td>
<td style="width: 132px;" sdval="168754"  sdnum="1036;0;#&nbsp;###" align="right">168&nbsp;754</td>
<td sdval="0,83" sdnum="1036;" align="right">0,83</td>
<td sdval="169437,03" sdnum="1036;0;#&nbsp;###"  align="right">169&nbsp;437</td>
<td sdval="140065,82" sdnum="1036;0;#&nbsp;###"  align="right">140&nbsp;066</td>
</tr>
<tr>
<td style="width: 81px;" sdval="2003"  sdnum="1036;" align="right" height="16">2003</td>
<td style="width: 133px;" sdval="191285"  sdnum="1036;0;#&nbsp;###" align="right">191&nbsp;285</td>
<td style="width: 132px;" sdval="176146"  sdnum="1036;0;#&nbsp;###" align="right">176&nbsp;149</td>
<td sdval="0,87" sdnum="1036;" align="right">0,87</td>
<td sdval="166417,95" sdnum="1036;0;#&nbsp;###"  align="right">166&nbsp;418</td>
<td sdval="153247,02" sdnum="1036;0;#&nbsp;###"  align="right">153&nbsp;250</td>
</tr>
<tr>
<td style="width: 81px;" sdval="2004"  sdnum="1036;" align="right" height="16">2004</td>
<td style="width: 133px;" sdval="173550"  sdnum="1036;0;#&nbsp;###" align="right">173&nbsp;550</td>
<td style="width: 132px;" sdval="183811"  sdnum="1036;0;#&nbsp;###" align="right">183&nbsp;811</td>
<td sdval="0,91" sdnum="1036;" align="right">0,91</td>
<td sdval="157930,5" sdnum="1036;0;#&nbsp;###"  align="right">157&nbsp;931</td>
<td sdval="167268,01" sdnum="1036;0;#&nbsp;###"  align="right">167&nbsp;268</td>
</tr>
<tr>
<td style="width: 81px;" sdval="2005"  sdnum="1036;" align="right" height="16">2005</td>
<td style="width: 133px;" sdval="168675"  sdnum="1036;0;#&nbsp;###" align="right">168&nbsp;675</td>
<td style="width: 132px;" sdval="196618"  sdnum="1036;0;#&nbsp;###" align="right">196&nbsp;618</td>
<td sdval="0,94" sdnum="1036;" align="right">0,94</td>
<td sdval="158554,5" sdnum="1036;0;#&nbsp;###"  align="right">158&nbsp;555</td>
<td sdval="184820,92" sdnum="1036;0;#&nbsp;###"  align="right">184&nbsp;821</td>
</tr>
<tr>
<td style="width: 81px;" sdval="2006"  sdnum="1036;" align="right" height="16">2006</td>
<td style="width: 133px;" sdval="165875"  sdnum="1036;0;#&nbsp;###" align="right">165&nbsp;875</td>
<td style="width: 132px;" sdval="229364"  sdnum="1036;0;#&nbsp;###" align="right">229&nbsp;364</td>
<td sdval="0,97" sdnum="1036;" align="right">0,97</td>
<td sdval="160898,75" sdnum="1036;0;#&nbsp;###"  align="right">160&nbsp;899</td>
<td sdval="222483,08" sdnum="1036;0;#&nbsp;###"  align="right">222&nbsp;483</td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: right; width: 81px;" height="16">Parc Total</td>
<td style="width: 133px;" align="left">       </td>
<td style="width: 132px;" align="left">       </td>
<td align="left">       </td>
<td sdval="1886986,53" sdnum="1036;0;#&nbsp;###"  align="right">1&nbsp;886&nbsp;987</td>
<td sdval="1525712,38" sdnum="1036;0;#&nbsp;###"  align="right">1&nbsp;525&nbsp;715</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p> Entre la France et l&#8217;Allemagne, on ne se trouve plus vraiment dans un m&ecirc;me rapport de forces que celui que laissent pr&eacute;sager les chiffres officiels, dont on peut rappeler qu&#8217;ils inventorient en 2004 3&nbsp;827&nbsp;899 motocycles en Allemagne, et 1&nbsp;131&nbsp;000 en France. Ce qui s&#8217;explique ais&eacute;ment&nbsp;: l&agrave; o&ugrave; les immatriculations fran&ccedil;aises connaissent une forte croissance, l&#8217;Allemagne, qui a touch&eacute; un point haut en 1997, suit une tendance inverse, si bien que ses immatriculations en 2006 sont de moiti&eacute; inf&eacute;rieures &agrave; celles de 1997. En quelques ann&eacute;es, une poursuite de la tendance am&egrave;nerait les parcs fran&ccedil;ais et allemands &agrave; parit&eacute;.</p>
<p>L&#8217;on dispose donc d&eacute;sormais de tous les &eacute;l&eacute;ments n&eacute;cessaires pour calculer ce fameux &eacute;cart de mortalit&eacute; pour 2006 entre les deux pays&nbsp;:</p>
<p>
<table style="width: 50%; text-align: left; margin-left: auto; margin-right: auto;"  border="1" cellpadding="2" cellspacing="0">
<tbody>
<tr>
<td align="undefined" valign="undefined"></td>
<td style="text-align: center;">Allemagne</td>
<td style="text-align: center;">France</td>
</tr>
<tr>
<td>Parc</td>
<td style="text-align: center;">1 886 987</td>
<td style="text-align: center;">1 525 715</td>
</tr>
<tr>
<td>Tu&eacute;s</td>
<td style="text-align: center;">793</td>
<td style="text-align: center;">769</td>
</tr>
<tr>
<td align="undefined" valign="undefined">Tu&eacute;s par 1000</td>
<td style="text-align: center;">0,42</td>
<td style="text-align: center;">0,5</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p>L&agrave; encore, les chiffres du parc &eacute;tant sans doute inf&eacute;rieurs &agrave; la r&eacute;alit&eacute;, la mortalit&eacute; relative calcul&eacute;e sera, elle sup&eacute;rieure. Ce qui n&#8217;importe gu&egrave;re, ce calcul n&#8217;ayant d&#8217;autre but que d&#8217;estimer cet &eacute;cart entre les deux pays, qui restera stable m&ecirc;me si le nombre de tu&eacute;s par 1000 diminue, puisqu&#8217;il n&#8217;a aucune raison de ne pas &eacute;voluer de mani&egrave;re identique. Rappelons que, sur la base d&#8217;estimations du parc de motocycles dont on vient de d&eacute;montrer qu&#8217;elles &eacute;taient invalides, la S&eacute;curit&eacute; Routi&egrave;re affirmait que les motards fran&ccedil;ais se tuaient 2,8 fois plus que les allemands, donc que l&#8217;&eacute;cart de mortalit&eacute; entre les deux pays atteignait 180&nbsp;%. On voit que, avec une m&eacute;thodologie qui s&#8217;appuie sur les seules donn&eacute;es fiables, on obtient un &eacute;cart pour 2006 qui s&#8217;&eacute;tablit tr&egrave;s pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; 19,94&nbsp;%, &eacute;cart donc pr&egrave;s de dix fois inf&eacute;rieur &agrave; ce que la S&eacute;curit&eacute; Routi&egrave;re pr&eacute;tend qu&#8217;il est.</p>
<p>Mais l&#8217;histoire ne s&#8217;arr&ecirc;te pas l&agrave;. En effet, le nombre de victimes conna&icirc;t de fortes variations annuelles : ainsi, en Allemagne, par rapport &agrave; l&#8217;ann&eacute;e pr&eacute;c&eacute;dente, il a augment&eacute; de 3,8&nbsp;% et 2,2&nbsp;% en 2003 et 2005, et diminu&eacute; de 9,7&nbsp;% et 9,4&nbsp;% en 2004 et 2006, alors m&ecirc;me que le nombre d&#8217;immatriculations baissait r&eacute;guli&egrave;rement sur la p&eacute;riode. L&agrave; intervient le second param&egrave;tre, le kilom&eacute;trage parcouru, qui peut varier significativement en fonction de d&eacute;terminants externes comme le prix du carburant et, surtout, le nombre de jours de beau temps. Ainsi, les conditions m&eacute;t&eacute;orologiques de 2003 peuvent-elles expliquer la hausse de mortalit&eacute; survenue la m&ecirc;me ann&eacute;e. Or, en mati&egrave;re de m&eacute;t&eacute;o, entre les deux pays, il existe un invariant&nbsp;: le climat fran&ccedil;ais, en particulier dans sa partie m&eacute;ridionale est, du fait notamment des temp&eacute;ratures hivernales, bien plus favorable que l&#8217;allemand &agrave; la pratique de la moto. Ce param&egrave;tre que l&#8217;on ignore, le kilom&eacute;trage annuel, a donc toutes les chances d&#8217;&ecirc;tre bien plus &eacute;lev&eacute; en France, donc de r&eacute;duire, voire d&#8217;inverser, l&#8217;&eacute;cart de mortalit&eacute; entre les deux pays. En r&eacute;alit&eacute;, cet &eacute;cart n&#8217;est donc pas de 180&nbsp;%, comme l&#8217;affirme la S&eacute;curit&eacute; Routi&egrave;re, ni m&ecirc;me de 20&nbsp;%, comme on l&#8217;a calcul&eacute; en premi&egrave;re analyse&nbsp;: il est, compte tenu des facteurs qui entrent en jeu et de l&#8217;incertitude qu&#8217;ils g&eacute;n&egrave;rent, statistiquement inexistant.</p>
<h3>conclusion</h3>
<p>Dans l&#8217;argumentaire prohibitionniste que la S&eacute;curit&eacute; Routi&egrave;re emploie &agrave; l&#8217;&eacute;gard des motards, la comparaison entre la mortalit&eacute; relative en France et en Allemagne, inlassablement ressass&eacute;e, joue un r&ocirc;le cardinal. Comme on vient de le d&eacute;montrer, cet argument&nbsp;n&#8217;a aucune valeur, et n&#8217;est que le produit d&#8217;un artefact statistique. Et cette erreur grossi&egrave;re, un test &eacute;l&eacute;mentaire, en mettant en &eacute;vidence l&#8217;incoh&eacute;rence des donn&eacute;es du parc par rapport aux immatriculations, aurait permis de l&#8217;&eacute;viter. Il suffisait en effet, en comparant le parc &agrave; la moyenne d&#8217;une ann&eacute;e d&#8217;immatriculations, de calculer le nombre d&#8217;ann&eacute;es d&#8217;immatriculations que ce parc repr&eacute;sente. A partir des donn&eacute;es de l&#8217;ACEM, on a effectu&eacute; ce calcul pour les grands march&eacute;s europ&eacute;ens de la moto, en comparant parc 2004 et moyenne des immatriculations des ann&eacute;es 2002, 2003 et 2004. Pour que ce param&egrave;tre central ait un sens, il faut que la dispersion, donc les variations d&#8217;une ann&eacute;e sur l&#8217;autre, ne soit pas trop importante. En raison de sa croissance explosive, avec 63&nbsp;365 immatriculations en 2003, et 123&nbsp;143 en 2005, il a donc fallu &eacute;liminer l&#8217;Espagne, et ne garder que l&#8217;Italie, l&#8217;Allemagne, la France, le Royaume-Uni et la Gr&egrave;ce, pays que l&#8217;on retrouve dans le tableau suivant&nbsp;:</p>
<p>
<table style="width: 80%; text-align: left; margin-left: auto; margin-right: auto;"  border="1" cellpadding="2" cellspacing="0">
<tbody>
<tr>
<td>Pays </td>
<td style="text-align: center;">2002 </td>
<td style="text-align: center;">2003 </td>
<td style="text-align: center;">2004 </td>
<td style="text-align: center;">Moyenne </td>
<td style="text-align: center;">Parc 2004 </td>
<td>
<div style="text-align: center;">Rapport Parc       </div>
<div style="text-align: center;">sur Immatriculations</div>
</td>
</tr>
<tr>
<td>DE </td>
<td style="text-align: center;">204 129 </td>
<td style="text-align: center;">191 262 </td>
<td style="text-align: center;">173 524 </td>
<td style="text-align: center;">189 638 </td>
<td style="text-align: center;">3 827 899 </td>
<td style="text-align: center;">20,19</td>
</tr>
<tr>
<td>FR </td>
<td style="text-align: center;">168 754 </td>
<td style="text-align: center;">176 006 </td>
<td style="text-align: center;">183 811 </td>
<td style="text-align: center;">176 190 </td>
<td style="text-align: center;">1 131 000 </td>
<td style="text-align: center;">6,42</td>
</tr>
<tr>
<td>GR </td>
<td style="text-align: center;">56 069 </td>
<td style="text-align: center;">59 137 </td>
<td style="text-align: center;">72 023 </td>
<td style="text-align: center;">62 410 </td>
<td style="text-align: center;">714 549 </td>
<td style="text-align: center;">11,45</td>
</tr>
<tr>
<td>IT </td>
<td style="text-align: center;">392 763 </td>
<td style="text-align: center;">408 617 </td>
<td style="text-align: center;">421 489 </td>
<td style="text-align: center;">407 623 </td>
<td style="text-align: center;">4 574 644 </td>
<td style="text-align: center;">11,22</td>
</tr>
<tr>
<td>UK </td>
<td style="text-align: center;">123 391 </td>
<td style="text-align: center;">119 348 </td>
<td style="text-align: center;">106 391 </td>
<td style="text-align: center;">116 377 </td>
<td style="text-align: center;">1 160 888 </td>
<td style="text-align: center;">9,98</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p>Le r&eacute;sultat, on le voit, est spectaculaire. La Gr&egrave;ce, l&#8217;Italie et la Grande-Bretagne, avec des parcs qui repr&eacute;sentent de dix &agrave; onze ans d&#8217;immatriculations, constituent &agrave; la fois un groupe homog&egrave;ne, et un groupe o&ugrave; l&#8217;&acirc;ge moyen des v&eacute;hicules, entre cinq et six ans, para&icirc;t r&eacute;aliste. La France, avec six ans et demi, l&#8217;Allemagne, avec vingt ans, non seulement s&#8217;&eacute;loignent fortement de la norme ainsi cr&eacute;&eacute;e, mais s&#8217;en &eacute;loignent dans le sens d&#8217;une forte majoration du parc pour l&#8217;Allemagne, et dans la direction inverse pour la France. Incontestablement, il suffisait de faire ce test de coin de table pour voir que, en comparant France et Allemagne, on allait au devant des ennuis.</p>
<p>On a donc mobilis&eacute; pour cette d&eacute;monstration des donn&eacute;es statistiques librement disponibles sur Internet, une pratique de l&#8217;Allemand dont on aurait pu se dispenser en utilisant les chiffres de l&#8217;ACEM, et des connaissances math&eacute;matiques qui comprennent l&#8217;addition, la multiplication, les pourcentages et les moyennes arithm&eacute;tiques, soit des comp&eacute;tences &agrave; la port&eacute;e de n&#8217;importe quel lyc&eacute;en de terminale. Alors, comment se fait-il que l&#8217;on r&eacute;ussisse ainsi &agrave; faire mieux que l&#8217;&Eacute;tat fran&ccedil;ais&nbsp;?</p>
<p>A l&#8217;&eacute;vidence, on ne se trouve pas seulement l&agrave; face &agrave; un biais ethnocentriste, &agrave; cause duquel on ne comprend pas les motards parce qu&#8217;on les &eacute;tudie du point de vue de l&#8217;automobiliste. C&#8217;est le statut m&ecirc;me des donn&eacute;es qui est en cause&nbsp;: si la S&eacute;curit&eacute; Routi&egrave;re a choisi de comparer motards fran&ccedil;ais et allemands, au del&agrave; du recours au st&eacute;r&eacute;otype toujours vivace des caract&egrave;res nationaux qui lui permettait d&#8217;opposer allemand rigoureux et fran&ccedil;ais indisciplin&eacute;, donc de faire accepter d&#8217;autant plus facilement ses th&egrave;ses qu&#8217;elles s&#8217;appuyaient sur un pr&eacute;jug&eacute; existant, c&#8217;est bien parce que, de toutes les comparaisons internationales possibles, c&#8217;&eacute;tait celle-ci qui lui permettait le mieux d&#8217;&eacute;tayer son argumentaire. En fait de jugement impartial, elle instruisait &agrave; charge&nbsp;: mais en n&#8217;accordant aucune attention &agrave; la qualit&eacute; de ses preuves, en ne comptant pour les imposer que sur la force de l&#8217;appareil d&#8217;&Eacute;tat, et non sur la validit&eacute; scientifique de ses donn&eacute;es, elle pr&ecirc;tait le flanc &agrave; une critique d&#8217;autant plus simple &agrave; construire que son argumentaire &eacute;tait grossier, et, par l&agrave;-m&ecirc;me, courait le risque de le voir s&#8217;effondrer, d&eacute;voilant ainsi l&#8217;ampleur de son pr&eacute;jug&eacute; &agrave; l&#8217;&eacute;gard des motards, et d&eacute;valuant l&#8217;ensemble des analyses qu&#8217;elle publie &agrave; leur propos.<br /> La fonction des donn&eacute;es produites par la S&eacute;curit&eacute; Routi&egrave;re n&#8217;est pas descriptive, comme pour toute honn&ecirc;te s&eacute;rie statistique, mais normative&nbsp;: elles ne mesurent pas une r&eacute;alit&eacute;, mais servent &agrave; justifier un argumentaire. Pr&eacute;cis&eacute;ment parce qu&#8217;ils n&#8217;existent que pour prouver un point de vue, ces chiffres ne t&eacute;moignent de rien d&#8217;autre que du fait qu&#8217;ils ont &eacute;t&eacute; instrumentalis&eacute;s &agrave; cet effet et n&#8217;ont donc, par eux-m&ecirc;mes, et sauf &agrave; prouver le contraire, aucune validit&eacute;.</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>les articulations des chiffres</title>
		<link>http://sociomotards.net/2007/03/30/les-articulations-des-chiffres/</link>
		<comments>http://sociomotards.net/2007/03/30/les-articulations-des-chiffres/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 30 Mar 2007 18:18:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Denis Berger</dc:creator>
				<category><![CDATA[Méthodologie]]></category>

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		<description><![CDATA[On peut parfois interpr&#233;ter des donn&#233;es statistiques &#224; la mani&#232;re d&#8217;un anthropologue physique, reconstituant, gr&#226;ce au savoir pr&#233;alablement accumul&#233; &#224; force de d&#233;sosser les squelettes, une histoire et une lign&#233;e &#224; partir d&#8217;un bout d&#8217;omoplate. Et cet exercice s&#8217;impose lorsque, comme avec la moto, ces donn&#233;es existent en petite quantit&#233;, et rendent d&#8217;autant moins compte [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>On peut parfois interpr&eacute;ter des donn&eacute;es statistiques &agrave; la mani&egrave;re d&#8217;un anthropologue physique, reconstituant, gr&acirc;ce au savoir pr&eacute;alablement accumul&eacute; &agrave; force de d&eacute;sosser les squelettes, une histoire et une lign&eacute;e &agrave; partir d&#8217;un bout d&#8217;omoplate. Et cet exercice s&#8217;impose lorsque, comme avec la moto, ces donn&eacute;es existent en petite quantit&eacute;, et rendent d&#8217;autant moins compte des pratiques des motards qu&#8217;elles ne les concernent pas directement. Inutile, par exemple, on le sait d&eacute;j&agrave;, de trouver un d&eacute;nombrement du nombre de pratiquants&nbsp;: il faudra, en son absence, se contenter de deux indicateurs, pertinents au moins dans l&#8217;&eacute;volution qu&#8217;ils montrent&nbsp;: les immatriculations annuelles de motos neuves, et le nombre de permis A d&eacute;livr&eacute;s chaque ann&eacute;e.</p>
<h3>motos pour tous</h3>
<p>S&#8217;agissant dans un cas comme dans l&#8217;autre de cat&eacute;gories administratives d&eacute;finissant des objets dont l&#8217;existence est attest&eacute;e par la d&eacute;livrance d&#8217;un certificat, permis de conduire ou carte grise, on peut au moins supposer que les chiffres sont exacts, et &eacute;tudier des s&eacute;ries longues et stables, comme dans ce graphique qui retrace le nombre de permis d&eacute;livr&eacute;s chaque ann&eacute;e et les immatriculations de MTL et de MTT entre 1987 et 2005, chiffres extraits du num&eacute;ro sp&eacute;cial statistiques de l&#8217;Officiel du cycle, de la moto et du quad. </p>
<p><img style="width: 600px; height: 390px;"  alt="permis A delivres, immatriculations de MTL et de MTT entre 1987 et 2005"  src="http://sociomotards.net/wp-content/images/600x390permisA.png"/></p>
<p>Ces trois courbes, &eacute;voluant de concert, montrent une relation aussi &eacute;vidente que triviale entre le succ&egrave;s au permis A et l&#8217;achat d&#8217;une moto. Pourtant, un accident significatif attire l&#8217;oeil&nbsp;: apr&egrave;s une brusque hausse, puisque l&#8217;on est pass&eacute; de 107706 permis d&eacute;livr&eacute;s en 1995 &agrave; 125343 en 1996, leur nombre s&#8217;effondre l&#8217;ann&eacute;e suivante, avec seulement 82566 d&eacute;livrances en 1997. L&#8217;explosion simultan&eacute;e des immatriculations de 125, qui bondit de 24931 v&eacute;hicules en 1995 &agrave; 68938 deux ans plus tard, sugg&egrave;re &agrave; l&#8217;&eacute;vidence l&#8217;existence d&#8217;un lien, alors m&ecirc;me que la brutalit&eacute; de la rupture ne peut, pour l&#8217;observateur averti, que d&eacute;couler d&#8217;une &eacute;volution r&eacute;glementaire.</p>
<p>En effet, le 1er juillet 1996, le dernier en date des changements de p&eacute;rim&egrave;tres du permis moto est entr&eacute; en vigueur&nbsp;: jusque l&agrave; cantonn&eacute;s &agrave; des deux-roues de 80&nbsp;cc dont la vitesse maximale ne d&eacute;passait pas 75&nbsp;km/h, les automobilistes ont alors retrouv&eacute; le droit de conduire des 125&nbsp;cc qui ne souffrent que d&#8217;une limitation, dans les faits peu p&eacute;nalisante si l&#8217;on tient compte de la cylindr&eacute;e, de leur puissance maximale. Les titulaires du permis B peuvent ainsi conduire des deux-roues qui, contrairement aux 80&nbsp;cc, restent utilisables sur les voies rapides, voire sur les autoroutes. D&egrave;s lors, les candidats au permis A qui n&#8217;avaient d&#8217;objectif qu&#8217;utilitaire l&#8217;ont abandonn&eacute; en masse, et ont tout aussi massivement achet&eacute; des 125. <br />En d&#8217;autres termes, les usages se sont segment&eacute;s&nbsp;: puisqu&#8217;ils &eacute;taient d&eacute;j&agrave; titulaires d&#8217;un permis gr&acirc;ce auquel ils ont acc&egrave;s &agrave; des deux-roues qui correspondaient  &agrave; leurs besoins, les automobilistes ont laiss&eacute; aux seuls motards le monopole du permis qui les caract&eacute;rise. A partir de 1997, les permis A ne concernent plus gu&egrave;re que des motards au sens strict ; et ceux-ci ach&egrave;tent une quantit&eacute; toujours croissante de motos, au point de laisser appara&icirc;tre un ph&eacute;nom&egrave;ne int&eacute;ressant.</p>
<p>Longtemps assez bonne, la corr&eacute;lation entre nouveau permis et achat d&#8217;une moto se d&eacute;grade en effet &agrave; partir de 1999&nbsp;: les ventes continuent &agrave; progresser, alors que la quantit&eacute; de nouveaux permis stagne, puis d&eacute;cro&icirc;t. Si la simple lecture d&#8217;une courbe ne permet que de formuler des hypoth&egrave;ses, celles-ci se r&eacute;duisent &agrave; une alternative&nbsp;: ou bien l&#8217;on ach&egrave;te plus de motos parce que la situation personnelle des motards s&#8217;am&eacute;liore, et qu&#8217;ils peuvent par exemple se payer du neuf et plus seulement de l&#8217;occasion, ou alors changer plus souvent de moto, ou bien l&#8217;on assiste l&agrave; &agrave; un ph&eacute;nom&egrave;ne qui fait l&#8217;objet d&#8217;une passionante &eacute;tude de l&#8217;Universit&eacute; de <a href="http://www.its.leeds.ac.uk/research/projectDetails.php?id=13"  target="_blank">Leeds</a>, <a href="http://www.dft.gov.uk/pgr/roadsafety/research/rsrr/theme2/theoldermotorcyclistno55" target="_blank">The Older Motorcyclist</a>, le retour &agrave; la moto apr&egrave;s une interruption plus ou moins longue de motards qui retrouvent ainsi, parfois &agrave; la veille de la retraite, la passion de leur jeunesse.</p>
<p>
<h3>permis pour professionnels</h3>
</p>
<p>Il faudrait, pour aller plus loin dans l&#8217;analyse, disposer de s&eacute;ries plus d&eacute;taill&eacute;es, permettant de conna&icirc;tre la r&eacute;partition par &acirc;ge et par sexe des candidats&nbsp;; or, si l&#8217;on conna&icirc;t le taux de candidates, faible mais non n&eacute;gligeable puisque les femmes, dans une proportion assez stable quoique l&eacute;g&egrave;rement en hausse, repr&eacute;sentent de l&#8217;ordre de 11,5 % des permis d&eacute;livr&eacute;s, l&#8217;&acirc;ge ne para&icirc;t pas pris en compte. Impossible, &agrave; tout le moins, d&#8217;en trouver trace au milieu des rares chiffres mis en ligne par la S&eacute;curit&eacute; Routi&egrave;re, laquelle s&#8217;int&eacute;resse &agrave; tout autre chose. Or, le document en question, le <a href="http://www.securiteroutiere.gouv.fr/infos-ref/education/edu-vie/permis/index.html" target="_blank">Bilan des examens 2004</a>, fournit une autre parcelle d&#8217;information qui, bien qu&#8217;elle se r&eacute;sume en un unique tableau, ouvre de fort int&eacute;ressantes perspectives&nbsp;:</p>
<table style="text-align: left; width: 100%;" border="1"  cellpadding="2" cellspacing="2">
<tbody>
<tr>
<td>Cat&eacute;gorie de permis</td>
<td>A</td>
<td>B</td>
<td>C</td>
<td>D</td>
<td>EC</td>
</tr>
<tr>
<td>Examin&eacute;s</td>
<td>113 277</td>
<td>1 326 575</td>
<td>40 213</td>
<td>9 951</td>
<td>31 660</td>
</tr>
<tr>
<td>Re&ccedil;us</td>
<td>99 056</td>
<td>684 155</td>
<td>30 414</td>
<td>7 031</td>
<td>26 643</td>
</tr>
<tr>
<td>Taux de r&eacute;ussite</td>
<td>87,45 %</td>
<td>51,57 %</td>
<td>75,63 %</td>
<td>70,66 %</td>
<td>84,15 %</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p>On trouve donc ici deux permis pour tous, le A et le B, et les trois permis professionnels du groupe dit lourd -&nbsp;C pour les poids-lourds, D pour les autobus, EC pour les semi-remorques. Mais, on s&#8217;en aper&ccedil;oit tout de suite, l&#8217;int&eacute;r&ecirc;t du tableau d&eacute;coule pr&eacute;cis&eacute;ment du fait que la r&eacute;partition des taux de r&eacute;ussite ne suit absolument pas cette classification administrative puisque l&#8217;on trouve d&#8217;un c&ocirc;t&eacute; des permis, en quelle que sorte, professionnels, associ&eacute;s &agrave; des formations longues et complexes avec, peut-&ecirc;tre, un taux d&#8217;abandon significatif en cours de formation et, de l&#8217;autre, seul de son type, l&#8217;ordinaire permis B avec un taux de r&eacute;ussite extr&ecirc;mement bas puisque, avec 51,6&nbsp;%, il se situe presque vingt points en dessous des autres, lesquels varient entre 70,7&nbsp;% et 87,4&nbsp;%. </p>
<p>On peut, pour les permis du groupe lourd, poser comme hypoth&egrave;se l&#8217;existence d&#8217;un m&eacute;canisme de s&eacute;lection pr&eacute;alable&nbsp;: relevant d&#8217;un parcours de formation professionnelle, r&eacute;sultats d&#8217;une formation longue qui, d&#8217;une part, requiert comme pr&eacute;alable la d&eacute;tention du permis B et, d&#8217;autre part, comprend, comme pour les motards, un entra&icirc;nement sur piste, repr&eacute;sentant un investissement financier significatif, les permis de ce groupe ont tout pour produire un ajustement pr&eacute;alable des candidats aux exigences de l&#8217;&eacute;preuve.<br />
 Naturellement, ces crit&egrave;res ne s&#8217;appliquent pas aux formations destin&eacute;es au commun des mortels, &agrave; une nuance pr&egrave;s&nbsp;: il n&#8217;est pas rare que les candidats au permis A soient d&eacute;j&agrave; titulaires du B, l&#8217;inscription &agrave; une seconde formation dans un d&eacute;lai inf&eacute;rieur &agrave; cinq ans permettant de ne pas repasser l&#8217;&eacute;preuve th&eacute;orique du code, et soient donc &agrave; la fois plus &acirc;g&eacute;s et plus exp&eacute;riment&eacute;s que les jeunes candidats au permis B. A l&#8217;inverse, on peut &eacute;carter d&#8217;autres hypoth&egrave;ses, comme par exemple un a priori favorable de l&#8217;examinateur&nbsp;; le principal risque d&#8217;&eacute;chec au permis moto d&eacute;pend en effet de l&#8217;&eacute;preuve sur plateau, not&eacute;e suivant un bar&egrave;me d&eacute;fini et o&ugrave; les fautes, comme le fait de mettre un pied &agrave; terrre ou de renverser un c&ocirc;ne, sont visibles de tous et appr&eacute;ci&eacute;es sans ambigu&iuml;t&eacute;. Mais expliquer l&#8217;&eacute;norme &eacute;cart entre les chances de succ&egrave;s &agrave; deux &eacute;preuves qui restent, apr&egrave;s tout, comparables tant par les populations qui s&#8217;y essayent, que&nbsp;par les b&eacute;n&eacute;fices qu&#8217;elles en retirent, une autonomie dans leurs d&eacute;placements motoris&eacute;s, s&#8217;explique sans doute beaucoup mieux en formulant quelques id&eacute;es sur leurs significations sociales.</p>
<p>Le permis auto rel&egrave;ve en effet d&#8217;une obligation sociale, en tant, par exemple, que condition pr&eacute;alable &agrave; bien des emplois, et se range au nombre des savoirs dont l&#8217;acquisition est n&eacute;cessaire, &agrave; peu pr&egrave;s au m&ecirc;me titre que la lecture et l&#8217;&eacute;criture&nbsp;; il concernera, en d&#8217;autres termes, sauf handicap r&eacute;dhibitoire, la totalit&eacute; d&#8217;une classe d&#8217;&acirc;ge&nbsp;; &agrave; l&#8217;oppos&eacute;, le permis moto reste non seulement optionnel, mais m&ecirc;me objet d&#8217;un certain discr&eacute;dit social, et s&#8217;adresse donc &agrave; une population autos&eacute;lectionn&eacute;e par le seul fait qu&#8217;une fraction tr&egrave;s minoritaire, puisqu&#8217;elle repr&eacute;sente par exemple, pour 2004, 8,5&nbsp;% du nombre des candidats au permis B, de cette m&ecirc;me classe d&#8217;&acirc;ge le tentera. On peut alors fort bien supposer, en comparant la complexit&eacute; des &eacute;preuves qui attendent les candidats au permis moto comme au permis lourd &agrave; la simplicit&eacute; immuable d&#8217;un permis B qui se limite &agrave; l&#8217;apprentissage de la conduite en ville, l&#8217;existence d&#8217;une pression sociale qui maintient cette derni&egrave;re &eacute;preuve dans une fictive simplicit&eacute;, avec comme cons&eacute;quence une formation insuffisante qui se traduit par un &eacute;norme taux d&#8217;&eacute;chec, les examinateurs se substituant ainsi, dans le contr&ocirc;le social, au l&eacute;gislateur incapable de d&eacute;finir un mode de formation par lui-m&ecirc;me suffisamment s&eacute;lectif.<br />
 Et cette hypoth&egrave;se se trouve confort&eacute;e par la comparaison entre les chances de succ&egrave;s d&eacute;coulant des deux modes d&#8217;acc&egrave;s &agrave; l&#8217;examen du permis B&nbsp;: les candidats qui ont pu profiter de l&#8217;Apprentissage Anticip&eacute; de la Conduite, donc d&#8217;heures de formation pratique suppl&eacute;mentaires, connaissent un taux de succ&egrave;s qui, bien qu&#8217;en diminution constante, atteint en 2004 67,6&nbsp;% ; &agrave; l&#8217;inverse, ceux de la fili&egrave;re ordinaire se contentent de 47,3&nbsp;%. On imagine bien quelles distorsions sociales suppl&eacute;mentaires cet apprentissage anticip&eacute;, dispens&eacute; par exemple par des parents par d&eacute;finition automobilistes et qui disposent du temps n&eacute;cessaire &agrave; investir au profit de leurs enfants et qui, pour filer la m&eacute;taphore &eacute;ducative, peut se comparer aux cours compl&eacute;mentaires financ&eacute;s par ces m&ecirc;mes parents, peut introduire.</p>
<p>Que ce soit le d&eacute;roulement de l&#8217;&eacute;preuve elle-m&ecirc;me, le taux de succ&egrave;s, ou sa diffusion dans le corps social, tout oppose, une fois de plus, et alors que l&#8217;obtention du permis de conduire concerne, d&#8217;un point de vue sociom&eacute;trique, une m&ecirc;me population jeune, indiff&eacute;renci&eacute;e, et qui ne cherche pas &agrave; acqu&eacute;rir ainsi une qualification professionnelle, permis A et permis B. Point de passage oblig&eacute;, d&eacute;but d&#8217;une carri&egrave;re de motard, le permis moto, en tant que tel, avec ses propri&eacute;t&eacute;s, marque d&eacute;j&agrave; une situation d&eacute;viante.</p>
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