{"id":19,"date":"2008-02-20T12:22:57","date_gmt":"2008-02-20T11:22:57","guid":{"rendered":"http:\/\/these.mondomicile.perso\/?p=19"},"modified":"2008-02-20T12:22:57","modified_gmt":"2008-02-20T11:22:57","slug":"une-mesure-cosmetique-les-vitesses-sur-route","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/sociomotards.net\/index.php\/2008\/02\/20\/une-mesure-cosmetique-les-vitesses-sur-route\/","title":{"rendered":"une mesure cosm\u00e9tique : les vitesses sur route"},"content":{"rendered":"<p>Comment faire pour construire une mesure statistiquement valide de la vitesse des v&eacute;hicules sur les routes&nbsp;? Tenons pour acquis le fait de disposer de cin&eacute;mom&egrave;tres fiables affect&eacute;s &agrave; cette t&acirc;che&nbsp;; quelle m&eacute;thodologie mettre en oeuvre pour leur permettre de fournir une image statistique raisonnablement correcte des vitesses r&eacute;ellement pratiqu&eacute;es&nbsp;? Une telle question n&rsquo;a rien de trivial, puisque la premi&egrave;re propri&eacute;t&eacute; de ce param&egrave;tre, la vitesse des v&eacute;hicules, est de ne jamais &ecirc;tre constant&nbsp;: &agrave; tel endroit, sur telle route, dans telles conditions de circulation, tel v&eacute;hicule aux mains de tel conducteur produira une certaine valeur. Cent m&egrave;tres plus loin, et juste un coup de frein plus tard, celle-ci sera enti&egrave;rement diff&eacute;rente&nbsp;: le radar aurait-il &eacute;t&eacute; plac&eacute; &agrave; cet endroit, c&rsquo;est cette vitesse-l&agrave; qu&rsquo;il aurait enregistr&eacute;. A chaque instant, sur le territoire national, une quantit&eacute; presque innombrable d&rsquo;&eacute;v&eacute;nements de cette nature, presque tous statistiquement  ind&eacute;pendants les uns des autres, se produisent. Ces &eacute;v&eacute;nements ne d&eacute;pendent pas de la seule volont&eacute; du conducteur, ni des performances de sa machine, mais ob&eacute;issent par ailleurs &agrave; des contraintes externes vari&eacute;es dont les plus importantes, en plus de la r&eacute;glementation, sont la situation du trafic, l&rsquo;&eacute;tat de la route, et les conditions m&eacute;t&eacute;orologiques.<br \/>\n Fournir une statistique fiable des vitesses pratiqu&eacute;es implique de r&eacute;aliser un sondage repr&eacute;sentatif de l&rsquo;ensemble de ces &eacute;v&eacute;nements. Pour que celui-ci soit physiquement possible et statistiquement valide, il faut d&rsquo;abord choisir avec soin l&#8217;emplacement des cin&eacute;mom&egrave;tres, et c&rsquo;est loin d&rsquo;&ecirc;tre simple. On doit en effet &agrave; la fois couvrir le territoire dans sa diversit&eacute;, centre ville, agglom&eacute;ration, campagne, le r&eacute;seau routier dans son ensemble, autoroutes, routes, rues, avec pour chaque cas une limitation de vitesse sp&eacute;cifique qui devrait, normalement, se r&eacute;v&eacute;ler assez proche des vitesses moyennes pratiqu&eacute;es, tout en &eacute;liminant  dans la mesure du possible les situations o&ugrave; cette vitesse de d&eacute;pend pas du choix des conducteurs, mais est contrainte par la densit&eacute; de la circulation. Si, par exemple, l&rsquo;on consid&egrave;re comme pertinent de mesurer le comportement des habitants du Val d&rsquo;Oise se rendant &agrave; leur travail dans la capitale, il vaudra mieux &eacute;viter de s&rsquo;installer sur le pont de Gennevilliers, o&ugrave; l&#8217;embouteillage est &agrave; peu pr&egrave;s permanent, en particulier aux heures de pointe&nbsp; : mais on retrouvera ces m&ecirc;mes conducteurs quelques kilom&egrave;tres plus haut, sur l&rsquo;autoroute, au sud de Pontoise. Et l&rsquo;on posera comme hypoth&egrave;se que leur comportement n&rsquo;y sera gu&egrave;re diff&eacute;rent, et qu&rsquo;il rouleront bien l&agrave; &agrave; la vitesse qu&rsquo;ils ont choisi.<\/p>\n<h3>Th&eacute;orie<\/h3>\n<p>Construire cette mesure de mani&egrave;re statistiquement valide implique donc de placer, en des lieux soigneusement d&eacute;termin&eacute;s, une quantit&eacute; suffisante de cin&eacute;mom&egrave;tres qui fonctionneront en permanence, tous les jours et toutes les nuits, et produiront une quantit&eacute; suffisamment importante de mesures pour que l&rsquo;&eacute;chantillon ainsi obtenu soit repr&eacute;sentatif. C&rsquo;est ainsi que les choses se passent en <a href=\"http:\/\/www.dft.gov.uk\/pgr\/statistics\/datatablespublications\/roadstraffic\/speedscongestion\/vehiclespeedsgb\/\"  target=\"_blank\">Grande-Bretagne<\/a>. Un r&eacute;seau comportant pr&egrave;s de deux cent appareils de mesure automatiques y a &eacute;t&eacute; install&eacute;, sur des routes droites, &agrave; l&rsquo;&eacute;cart des radars du syst&egrave;me de verbalisation automatique, dans des zones o&ugrave; les embouteillages sont rares, dans le seul but de recueillir les donn&eacute;es les plus fiables possible. Ce syst&egrave;me fonctionne toute l&rsquo;ann&eacute;e, jour et nuit, et a, en 2005, pour toutes les cat&eacute;gories de v&eacute;hicules, produit environ 860 millions de mesures. En 2005, les seuls motocycles ont g&eacute;n&eacute;r&eacute; 2&nbsp;536&nbsp;000 mesures sur les autoroutes, 514&nbsp;000 sur le r&eacute;seau secondaire, et plus d&rsquo;un million et demi dans les zones urbanis&eacute;es. On peut consid&eacute;rer, compte tenu de la quantit&eacute; de donn&eacute;es obtenues comme de la m&eacute;thode employ&eacute;e, qu&rsquo;il y a l&agrave; de quoi &eacute;tablir des analyses valides. Mais en France, les choses ne fonctionnent pas du tout ainsi.<br \/>\n En France, la m&eacute;thodologie utilis&eacute;e est pr&eacute;sent&eacute;e dans l&rsquo;un de ces nombreux fichiers &agrave; la d&eacute;signation cryptique gr&acirc;ce auxquels l&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.securite-routiere.gouv.fr\/index.html\" target=\"_blank\">Observatoire<\/a> National Interminist&eacute;riel de la S&eacute;curit&eacute; Routi&egrave;re publie son bilan annuel de l&rsquo;accidentalit&eacute; : en l&rsquo;occurrence, il s&rsquo;agit pour 2006 de <a href=\"http:\/\/www.securite-routiere.gouv.fr\/IMG\/Synthese\/CT_VIT1.pdf\" target=\"_blank\">CT_VIT1.pdf<\/a>. Et, on s&rsquo;en rend compte, c&rsquo;est vraiment particulier, et un peu difficile &agrave; comprendre. On retrouve, comme en Grande-Bretagne, le souci de mesurer une vitesse que l&rsquo;on qualifie ici de \u00ab\u00a0libre\u00a0\u00bb, ind&eacute;pendante donc de contraintes externes. Les points de mesure sont donc l&agrave; aussi situ&eacute;s sur des portions de routes droites, planes, &eacute;loign&eacute;es des intersections&nbsp;; mais l&agrave; o&ugrave; la Grande-Bretagne a choisi d&rsquo;investir dans un appareillage fixe, l&rsquo;ONISR a pr&eacute;f&eacute;r&eacute; confier ce travail aux employ&eacute;s d&rsquo;un institut de sondage, l&rsquo;ISL. On passera sur les petits soucis de formation du personnel et de calibration de ses instruments qui peuvent alors appara&icirc;tre, pour s&rsquo;int&eacute;resser &agrave; la m&eacute;thode elle-m&ecirc;me. 362 points, soit 285 pour le jour et 77 pour la nuit, sans que l&rsquo;on puisse vraiment comprendre s&rsquo;ils sont physiquement distincts, ou s&rsquo;il s&rsquo;agit en partie des m&ecirc;mes mais &agrave; une heure diff&eacute;rente, sont utilis&eacute;s pour effectuer les mesures. Celles-ci sont prises, en un m&ecirc;me point, tous les quatre mois, donc trois fois par an, et suivant deux tranches horaires&nbsp;: de jour, entre 9h30 et 16h30, de nuit, entre 22h00 et 2h00. On comprend que ce souci d&rsquo;&eacute;viter les heures de pointe vise &agrave; combattre le biais que produirait une vitesse ralentie par un trafic trop dense&nbsp;; on peut aussi supposer que cette dur&eacute;e de six heures, de jour, ou quatre heures, de nuit, correspond &agrave; une vacation pour le personnel employ&eacute;. Mais un tel proc&eacute;d&eacute; g&eacute;n&egrave;re fatalement un autre biais, suffisamment grave pour invalider totalement les mesures relev&eacute;es, et suffisamment caract&eacute;ristique pour d&eacute;voiler les pr&eacute;notions qui, inconsciemment, animent ces accidentologues d&rsquo;&Eacute;tat, et expliquent pourquoi leur discipline ne peut revendiquer de caract&egrave;re scientifique.<\/p>\n<h3>Pratique <\/h3>\n<p>Car aux heures o&ugrave; les agents de l&rsquo;ONISR observent, les individus ordinaires, eux aussi, travaillent&nbsp;; et le plus souvent, puisque leur journ&eacute;e &agrave; eux dure presque huit heures, et pas six, ils arrivent avant le d&eacute;but des mesures, et repartent apr&egrave;s. Les conducteurs qui d&eacute;filent alors devant les radars appartiennent par cons&eacute;quent &agrave; des cat&eacute;gories sp&eacute;cifiques de la population, soit parce qu&rsquo;ils sont inactifs &#8211; jeunes &eacute;tudiants ou vieux retrait&eacute;s &#8211; soit parce que la route repr&eacute;sente une partie &#8211; pour, par exemple, les repr&eacute;sentants ou les m&eacute;decins de campagne &#8211; ou la totalit&eacute; &#8211; pour les chauffeurs routiers, seule cat&eacute;gorie pour laquelle ce biais ne joue pas &#8211; de leur m&eacute;tier. En ne retenant, contrairement au syst&egrave;me britannique, du seul fait de sa m&eacute;thodologie, qu&rsquo;une portion socialement d&eacute;termin&eacute;e des usagers de la route, l&rsquo;ONISR se livre &agrave; un sondage qui, lui, introduit un biais de repr&eacute;sentativit&eacute;. Il il lui faut donc fournir imp&eacute;rativement les preuves de celle-ci, faute de quoi le sondage ne peut pas &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute; comme valide. Et ces preuves, on ne les aura jamais, puisque, fatalement, le sondeur ignore tout des caract&eacute;ristiques sociales des sond&eacute;s, et que les sond&eacute;s ne savent m&ecirc;me pas qu&rsquo;ils servent &agrave; &eacute;tablir des mesures.<br \/>\n SI l&rsquo;ONISR se permet d&rsquo;ignorer cette composante sociale de l&rsquo;usage de la route dont on a d&eacute;j&agrave; <a href=\"http:\/\/sociomotards.net\/index.php\/2007\/02\/28\/14-composante-sociale-accidents-de-la-route\">parl&eacute;<\/a>, si les seules variables sociom&eacute;triques, &agrave; cause de leur pr&eacute;gnence, qui s&rsquo;imposent &agrave; lui sont le sexe et l&rsquo;&acirc;ge, s&rsquo;il ne tient pas compte des autres, sans doute aussi importantes mais bien plus difficiles &agrave; int&eacute;grer puisqu&rsquo;elles ne figurent pas sur le permis de conduire, c&rsquo;est parce que sa fonction est normative, et r&eacute;pressive : de m&ecirc;me qu&rsquo;il ne s&rsquo;int&eacute;resse pas tant aux vitesses moyennes qu&rsquo;au respect moyen des limitations, il ne voit dans l&rsquo;usager de la route que l&rsquo;individu indiff&eacute;renci&eacute; soumis &agrave; une r&eacute;glementation uniforme. Sa nature normative lui permet de faire l&rsquo;&eacute;conomie d&rsquo;une analyse sociologique de la r&eacute;alit&eacute; sociale de la route mais, en se comportant ainsi, il introduit le biais que l&rsquo;on a soulev&eacute; plus haut, et qui rend ses mesures, &agrave; l&rsquo;exception de celles qui concernent les routiers, scientifiquement invalides.<\/p>\n<p>Encore n&rsquo;a-t-on &eacute;voqu&eacute; jusqu&rsquo;&agrave; pr&eacute;sent que les usagers de la route en g&eacute;n&eacute;ral&nbsp;; or, l&rsquo;ONISR distingue les cat&eacute;gories de v&eacute;hicules, automobiles, poids-lourds, et motocycles. Et si les 220&nbsp;813 observations r&eacute;alis&eacute;es en 2006, certes fort loin des 860 millions qui ont permis d&rsquo;&eacute;tablir les statistiques britanniques, suffisent a priori &agrave; &eacute;tablir des &eacute;chantillons assez vastes pour, ind&eacute;pendamment du point soulev&eacute; plus haut, &ecirc;tre valides, la situation se r&eacute;v&egrave;le bien diff&eacute;rente si on l&rsquo;analyse d&rsquo;un peu plus pr&egrave;s. Il faut pour cela aller chercher d&rsquo;autres documents, les bilans publi&eacute;s tous les quatre mois par <a href=\"http:\/\/www.securiteroutiere.equipement.gouv.fr\/infos-ref\/observatoire\/conjoncture\/index.html\"  target=\"_blank\">l&rsquo;Observatoire des vitesses<\/a>&nbsp;; le dernier en date, celui du mois d&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.securiteroutiere.equipement.gouv.fr\/IMG\/pdf\/observatoire_vitesse.pdf\"  target=\"_blank\">octobre 2007<\/a>, est disponible sur le site de l&rsquo;ONISR. Lors de cette campagne d&rsquo;&eacute;t&eacute;, ses agents ont relev&eacute; les vitesses de 68&nbsp;102 v&eacute;hicules l&eacute;gers et 3&nbsp;624 poids-lourds. Pour les motos, la situation est un petit peu plus complexe, puisque l&rsquo;Observatoire a cumul&eacute; douze mois d&rsquo;observations, et employ&eacute; pour son bilan un total 1&nbsp;300 mesures. Encore celles-ci concernent-elles l&rsquo;ensemble du r&eacute;seau routier&nbsp;: dans les faits, il faut, pour appr&eacute;cier leur validit&eacute;, d&eacute;tailler la mani&egrave;re dont elles sont prises pour chaque type de r&eacute;seau. Cette distinction ne se trouve que dans une vieille connaissance, la brochure que l&rsquo;ONSIR publie tous les deux ans, <a href=\"http:\/\/www.ladocumentationfrancaise.fr\/catalogue\/9782110067654\/#\" target=\"_blank\">Les motocyclettes et la s&eacute;curit&eacute; routi&egrave;re<\/a>. Puisque la derni&egrave;re &eacute;dition n&rsquo;est&nbsp;pas disponible en ligne, et comme il n&rsquo;est pas question de payer pour obtenir un document financ&eacute; par ses imp&ocirc;ts, on se contentera de l&rsquo;&eacute;dition pr&eacute;c&eacute;dente, avec les chiffres de 2003, &eacute;dition que l&rsquo;on trouve dans la caverne d&rsquo;Ali-Baba de la banque de donn&eacute;es <a href=\"http:\/\/temis.documentation.equipement.gouv.fr\/temis\/document.xsp?id=Temis-0033093\"  target=\"_blank\">Temis<\/a> du Minist&egrave;re des Transports. En 2003, donc, 1&nbsp;434 mesures ont &eacute;t&eacute; effectu&eacute;es, 351 en ville et 1&nbsp;083 en dehors des agglom&eacute;rations. Seules &agrave; &ecirc;tre int&eacute;gralement d&eacute;taill&eacute;es, les 1&nbsp;083 observations en rase-campagne se r&eacute;partissent entre 171 mesures pour les autoroutes de liaison, celles o&ugrave; la vitesse est limit&eacute;e &agrave; 130&nbsp;km\/h, 432 sur les autoroutes de d&eacute;gagement et 241 sur les nationales &agrave; quatre voies limit&eacute;es &agrave; 110&nbsp;km\/h, 179 sur les nationales ordinaires et, pour finir, sur ces d&eacute;partementales qui tournent, les pr&eacute;f&eacute;r&eacute;es des motards, pour l&rsquo;ensemble du territoire et sur une ann&eacute;e enti&egrave;re, 60 observations.<br \/>\n Comme on l&rsquo;a &eacute;crit plus haut,&nbsp;la vitesse d&rsquo;un v&eacute;hicule, cet &eacute;v&eacute;nement que l&rsquo;on mesure, est, d&rsquo;un point de vue statistique, en premi&egrave;re analyse, un &eacute;v&eacute;nement ind&eacute;pendant. En restant dans un domaine purement th&eacute;orique, en faisant donc abstraction de cette foule de biais dont on a &eacute;voqu&eacute; quelques-uns, en supposant que chaque type de r&eacute;seau routier, avec sa vitesse limite, forme une base de sondage pertinente, encore faut-il que celui-ci comporte une quantit&eacute; suffisante de mesures pour &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute; comme significatif&nbsp;: en g&eacute;n&eacute;ral, le minimum admis pour obtenir des r&eacute;sultats un petit peu fiables est de l&rsquo;ordre de 1&nbsp;200 valeurs. Ainsi donc, l&rsquo;ONISR a, parfois, enregistr&eacute; jusqu&rsquo;&agrave; vingt fois moins que le minimum obligatoire pour que ses mesures, du seul point de vue de la th&eacute;orie statistique, puissent pr&eacute;tendre &agrave; une quelconque pertinence. Aussi, la taille de ses &eacute;chantillons, qui oscille entre le bien trop petit et le franchement grotesque, suffit &agrave; elle seule &agrave; invalider en totalit&eacute; et sans avoir besoin d&rsquo;aucun autre argument toutes les mesures qu&rsquo;il effectue sur des motocycles.<br \/>\n Mais de cela, il n&rsquo;a cure&nbsp;: il publie donc tous les quatre mois cette note de synth&egrave;se, d&eacute;crivant par courbes et tableaux l&rsquo;&eacute;volution sur plusieurs ann&eacute;es des vitesses mesur&eacute;es. La premi&egrave;re de ces courbes rel&egrave;ve, pour trois cat&eacute;gories de v&eacute;hicules, poids-lourds, v&eacute;hicules l&eacute;gers, et motos, les d&eacute;passements de plus de 10&nbsp;km\/h des vitesses autoris&eacute;es. A c&ocirc;t&eacute; de la courbe relative aux motocycles, et d&rsquo;elle seule, un mot, discret, entre parenth&egrave;ses, figure&nbsp;: liss&eacute;. Sous ce terme, il faut comprendre que, dans les publications de l&rsquo;Observatoire des vitesses, les motos font l&rsquo;objet d&rsquo;un traitement statistique particulier. Pour les poids-lourds, pour les automobiles, les donn&eacute;es correspondent &agrave; l&rsquo;une de ces campagnes de mesures r&eacute;alis&eacute;es tous les quatre mois, et que l&rsquo;on a pr&eacute;sent&eacute;es plus haut. Pour les motos, l&rsquo;ONISR proc&egrave;de diff&eacute;remment&nbsp;: il cumule trois s&eacute;ries de mesures distinctes, une ann&eacute;e enti&egrave;re donc, mesures qui sont ensuite liss&eacute;es, vraisemblablement &agrave; l&rsquo;aide de moyennes mobiles. Car, in&eacute;vitablement, la tr&egrave;s petite taille des &eacute;chantillons recueillis sur les motos va produire, d&rsquo;une campagne &agrave; l&rsquo;autre, une dispersion des valeurs bien plus grande que pour les autres cat&eacute;gories de v&eacute;hicules&nbsp;: la courbe ainsi g&eacute;n&eacute;r&eacute;e sera nettement plus accident&eacute;e que celle des poids-lourds, et plus encore que celle des automobiles. Un esprit exerc&eacute; pourrait alors s&rsquo;&eacute;tonner de cette disparit&eacute; visuelle, et rep&eacute;rer ce que l&rsquo;ONISR cache gr&acirc;ce &agrave; sa manipulation cosm&eacute;tique, le tr&egrave;s faible nombre de mesures effectu&eacute;es sur les motos. Mais alors, pourquoi pr&eacute;ciser, malgr&eacute; tout, que cette courbe est liss&eacute;e&nbsp;; pourquoi avouer&nbsp;? Peut-&ecirc;tre que, faute de mentionner cette petite op&eacute;ration esth&eacute;tique, le document serait sciemment mensonger, et sa publication p&eacute;nalement r&eacute;pr&eacute;hensible. Peut-&ecirc;tre qu&rsquo;ainsi, il restera possible d&rsquo;arguer que la manipulation se justifie par un imp&eacute;ratif de lisibilit&eacute;. Et peut-&ecirc;tre aussi que l&rsquo;honneur professionnel du statisticien mis &agrave; contribution a jou&eacute;, et qu&rsquo;il a refus&eacute; de laisser publier un document sans qu&rsquo;y soit pr&eacute;cis&eacute; ce retraitement tr&egrave;s particulier de l&rsquo;information statistique.<\/p>\n<p>Il existe de multiples mani&egrave;res de biaiser les statistiques. <a href=\"http:\/\/www.penombre.org\/\" target=\"_blank\">P&eacute;nombre<\/a> s&rsquo;est fait une sp&eacute;cialit&eacute; de les d&eacute;busquer, en dressant un catalogue des fa&ccedil;ons d&rsquo;exploiter l&rsquo;analphab&eacute;tisme des journalistes ordinaires en la mati&egrave;re&nbsp;: cat&eacute;gories arbitraires ou mal d&eacute;finies, recherche du spectaculaire, pourcentages trompeurs et mal interpr&eacute;t&eacute;s, questions tendancieuses, bases de sondages incoh&eacute;rentes, voire parfois, aussi, &eacute;chantillon d&rsquo;une taille <a href=\"http:\/\/www.penombre.org\/46\/05.htm\" target=\"_blank\">infime<\/a> que l&rsquo;on ne se g&ecirc;ne pas de donner comme repr&eacute;sentatif. Encore s&rsquo;agit-il souvent de sondages priv&eacute;s, dont l&rsquo;initiative revient g&eacute;n&eacute;ralement &agrave; la presse elle-m&ecirc;me, d&rsquo;&eacute;tudes mont&eacute;es sp&eacute;cialement &agrave; son intention, ou de chiffres instrumentalis&eacute;s par tel ou tel groupe, et dans un but &eacute;troitement politique.<br \/>\n Ici, il en va tout autrement, m&ecirc;me si l&rsquo;objectif est comparable, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit de fournir &agrave; la presse des donn&eacute;es justifiant la politique que l&rsquo;&Eacute;tat m&egrave;ne dans le domaine de la s&eacute;curit&eacute; routi&egrave;re. Puisqu&rsquo;il a d&eacute;cid&eacute; de faire de la vitesse la principale cause des accidents, il va mesurer celle-ci, et le faire de mani&egrave;re normative. Comme, d&rsquo;une part, il dispose d&rsquo;une puissance d&rsquo;imposition incomparable, en particulier dans ce secteur o&ugrave; son action est consid&eacute;r&eacute;e comme l&eacute;gitime, et que, de l&rsquo;autre, il sait pouvoir compter sur la presse pour ne pas contester la validit&eacute; des donn&eacute;es qu&rsquo;il diffuse, il peut parfaitement se contenter d&#8217;employer une m&eacute;thodologie dont il ne s&rsquo;inqui&egrave;te nullement qu&rsquo;elle soit invalide. Et lorsque la manipulation risque de para&icirc;tre flagrante, un petit redressage discret lui permet de rendre &agrave; ses chiffres une coh&eacute;rence qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas. Qui va se soucier d&rsquo;aller p&ecirc;cher, dans le fatras de ses publications, une note m&eacute;thodologique que personne ne lit&nbsp;? Qui va s&rsquo;inqui&eacute;ter de la pr&eacute;sence d&rsquo;un terme qui n&rsquo;a de sens que pour ceux qui poss&egrave;dent un minimum de bagage statistique, &agrave; c&ocirc;t&eacute; d&rsquo;une courbe qui parle d&rsquo;elle-m&ecirc;me&nbsp;? Alors, dans une telle situation, avec le pouvoir dont l&rsquo;&Eacute;tat dispose pour imposer sa v&eacute;rit&eacute;,&nbsp; cette op&eacute;ration de camouflage, on peut difficilement la qualifier autrement que d&rsquo;abus de confiance.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment faire pour construire une mesure statistiquement valide de la vitesse des v&eacute;hicules sur les routes&nbsp;? Tenons pour acquis le fait de disposer de cin&eacute;mom&egrave;tres fiables affect&eacute;s &agrave; cette t&acirc;che&nbsp;; quelle m&eacute;thodologie mettre en oeuvre pour leur permettre de fournir une image statistique raisonnablement correcte des vitesses r&eacute;ellement pratiqu&eacute;es&nbsp;? 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