{"id":22,"date":"2009-05-26T16:40:12","date_gmt":"2009-05-26T15:40:12","guid":{"rendered":"http:\/\/these.mondomicile.perso\/?p=22"},"modified":"2009-05-26T16:40:12","modified_gmt":"2009-05-26T15:40:12","slug":"la-longue-duree","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/sociomotards.net\/index.php\/2009\/05\/26\/la-longue-duree\/","title":{"rendered":"la longue dur\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p>On sait, pour l&rsquo;avoir &eacute;voqu&eacute; &agrave; mainte reprises, &agrave; quel point le discours explicatif et justificatif pr&eacute;sent&eacute; par le Comit&eacute; Interminist&eacute;riel de S&eacute;curit&eacute; Routi&egrave;re depuis sa cr&eacute;ation, en 1973, se contente, dans sa communication destin&eacute;e au grand public, de recenser les m&ecirc;mes causes, et de ressasser les m&ecirc;mes effets. Les accidents, en simpliifant, sont dus &agrave; l&rsquo;alcool et &agrave; la vitesse, et les victimes en sont d&rsquo;innocents pi&eacute;tons, de pauvres cyclistes, mais surtout ces incorrigibles <a href=\"http:\/\/www2.securiteroutiere.gouv.fr\/data\/revue\/revue145\/dossier\/dossier_un.html\" target=\"_blank\">motocyclistes<\/a> qui s&rsquo;obstinent &agrave; rouler trop vite, et ne font pas preuve d&rsquo;une sobri&eacute;t&eacute; exemplaire. Ainsi, les bonnes ann&eacute;es, comme en <a href=\"http:\/\/www2.securiteroutiere.gouv.fr\/vos-infos\/presse\/communiques\/2-2005\/CP_10-05-05.html\" target=\"_blank\">2004,<\/a> les motards font seuls exception &agrave; la baisse g&eacute;n&eacute;rale de la mortalit&eacute;. Pendant les mauvaises, <a href=\"http:\/\/www2.securiteroutiere.gouv.fr\/vos-infos\/presse\/communiques\/2-2006\/CP_06-06-06.html\" target=\"_blank\">2005<\/a> par exemple, ils font partie des cat&eacute;gories dont la mortalit&eacute; cro&icirc;t. Comme tout discours normatif et r&eacute;ducteur, celui-ci oppose les vertueux et les coupables, rang&eacute;s en un certain nombre de cat&eacute;gories, bons conducteurs et chauffards, adultes responsables et jeunes inexp&eacute;riment&eacute;s, mais aussi, plus sch&eacute;matiquement, automobilistes et motocyclistes, bons, et mauvais &eacute;l&egrave;ves. Naturellement, et la S&eacute;curit&eacute; Routi&egrave;re qui tient, dans des <a href=\"http:\/\/www2.securiteroutiere.gouv.fr\/IMG\/Synthese\/Motocyclettes.pdf\">documents<\/a> moins directement accessibles, un discours un peu plus nuanc&eacute; m&ecirc;me s&rsquo;il n&rsquo;est pas exempt d&rsquo;erreurs grossi&egrave;res, le sait bien, ces affirmations sont vides de sens. Elles se contentent, en effet, d&rsquo;appr&eacute;cier, d&rsquo;une ann&eacute;e sur l&rsquo;autre, et gu&egrave;re plus, les &eacute;volutions parfois infimes de la seule accidentalit&eacute;, et ne tiennent aucun compte d&rsquo;un facteur d&eacute;terminant, l&rsquo;exposition au risque. Le probl&egrave;me, c&rsquo;est que celui-ci n&rsquo;est pas si simple &agrave; calculer.<\/p>\n<h3>principes m&eacute;thodologiques<\/h3>\n<p>Le principe, pourtant, n&rsquo;a rien de compliqu&eacute;&nbsp;: ils s&rsquo;agit de rapporter une s&eacute;rie statistique, la mortalit&eacute; routi&egrave;re, &agrave; une autre, le risque encouru par les victimes. Malheureusement, les m&eacute;thodes employ&eacute;es par la S&eacute;curit&eacute; Routi&egrave;re pour calculer la seconde s&eacute;rie sont parfaitement fantaisistes, tandis que, sur le long terme, la premi&egrave;re souffre de changements p&eacute;riodiques de d&eacute;finition. Ainsi, jusqu&rsquo;en 1965, seuls les d&eacute;c&egrave;s se produisant au plus trois jours apr&egrave;s l&rsquo;accident &eacute;taient recens&eacute;s au titre de l&rsquo;accidentalit&eacute; routi&egrave;re&nbsp;; ensuite, la limite est port&eacute;e &agrave; six jours avant de rejoindre, en 2005, la norme europ&eacute;enne de trente jours. S&rsquo;il est impossible de corriger les ruptures ainsi engendr&eacute;es, du moins jouent-elles &agrave; l&rsquo;identique pour toutes les cat&eacute;gories d&rsquo;usagers. Il n&rsquo;en va pas du tout de m&ecirc;me avec l&rsquo;exposition au risque.<br \/>\n Pour la conna&icirc;tre, la S&eacute;curit&eacute; Routi&egrave;re utilise une formule simple&nbsp;: elle multiplie le parc des v&eacute;hicules, en principe bien connu puisque tir&eacute; du fichier des immatriculations, par le kilom&eacute;trage moyen annuellement parcouru. C&rsquo;est l&agrave; que les ennuis s&eacute;rieux arrivent. Si, pour les automobiles, le premier terme de l&rsquo;op&eacute;ration est, en gros, valide, on sait d&eacute;j&agrave; qu&rsquo;il n&rsquo;en est rien pour les <a href=\"http:\/\/sociomotards.net\/index.php\/2006\/03\">motocycles<\/a>, dont le parc, inconnu, est estim&eacute; d&rsquo;une fa&ccedil;on parfaitement douteuse, et par la Chambre Syndicale du Motocycle. Quant au second, on le calcule gr&acirc;ce &agrave; des sondages effectu&eacute;s on ne sait dans quel but par un instititut d&rsquo;&eacute;tudes de march&eacute;. Si l&rsquo;on peut postuler une certaine repr&eacute;sentativit&eacute; des r&eacute;sultats obtenus pour les automobilistes, on peut douter que l&rsquo;&Eacute;tat ait la bont&eacute; de consacrer les sommes n&eacute;cessaires &agrave; la constitution d&rsquo;un &eacute;chantillon repr&eacute;sentatif des utlisateurs de deux-roues motoris&eacute;s, &eacute;chantillon qui devrait comporter un minimum de 2&nbsp;000 individus, alors qu&rsquo;il ne prend m&ecirc;me pas la peine de consulter son fichier de cartes grises pour simplement savoir combien ils sont. Et quand bien m&ecirc;me il consentirait &agrave; cet effort, et obtiendrait une bonne estimation du kilom&eacute;trage moyen parcouru, cette seule information ne lui permettrait en aucun cas de dresser une comparaison valide entre les diff&eacute;rentes cat&eacute;gories d&rsquo;usagers, automobilistes et motocyclistes par exemple. Car pour utiliser le seul kilom&egrave;trage comme indicateur de risque, il faut supposer un usage uniforme des r&eacute;seaux par ces cat&eacute;gories distinctes&nbsp;; or, il n&rsquo;en est rien.<br \/>\n Ainsi, soit parce qu&rsquo;on &agrave; affaire &agrave; des scooters confin&eacute;s au domaine urbain et p&eacute;ri-urbain, soit parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit de motards qui, &agrave; ce premier usage, rajoutent une dimension de loisir qui s&rsquo;exprime essentiellement sur les routes ordinaires, l&rsquo;autoroute, la voie la plus s&ucirc;re, massivement employ&eacute;e par les transports routiers et lourdement fr&eacute;quent&eacute;e par les automobilistes, est, en dehors des grandes migrations sportives, vide de motards, ce dont t&eacute;moigne l&rsquo;accidentalit&eacute; infime que ceux-ci connaissent sur ce type d&rsquo;infrastructure. C&rsquo;est que chaque type de v&eacute;hicule correspond &agrave; un usage diff&eacute;rent, et, on doit avoir l&rsquo;honn&ecirc;tet&eacute; de le constater, quand un motard part en vacances, voire en week-end, et prend l&rsquo;autoroute, ils se trouve presque toujours derri&egrave;re un volant. A l&rsquo;inverse, la densit&eacute; des motocycles conna&icirc;t son apog&eacute;e sur les routes secondaires, ou dans les zones urbaines, l&agrave; o&ugrave; se rencontre &eacute;galement l&rsquo;accidentalit&eacute; la plus forte. En d&rsquo;autres termes, quand bien m&ecirc;me il serait correctement estim&eacute;, le seul kilom&eacute;trage parcouru ne suffit pas &agrave; quantifier l&rsquo;exposition au risque&nbsp;: il faut, en plus, conna&icirc;tre la mani&egrave;re dont il se r&eacute;partit selon le type de r&eacute;seau. Faute d&rsquo;une telle ventilation, on va fatalement, comme le fait la S&eacute;curit&eacute; Routi&egrave;re dans sa vision toujours frapp&eacute;e d&rsquo;ethnocentrisme, &eacute;riger en norme globale la seule pratique de l&rsquo;automobile.<\/p>\n<p>En somme, estimer l&rsquo;exposition au risque des motocyclistes &agrave; la mani&egrave;re de la S&eacute;curit&eacute; Routi&egrave;re implique de multiplier un parc de machines inconnu par un kilom&eacute;trage ignor&eacute; et qui, s&rsquo;il ne l&rsquo;&eacute;tait pas, ne constituerait cependant pas &agrave; lui seul un indicateur valide. Alors, si l&rsquo;on veut faire preuve d&rsquo;un minimum de rigueur, et privil&eacute;gier la fiabilt&eacute;, il faut, en lieu et place de l&rsquo;exposition au risque, retenir le seul indicateur utilisable&nbsp;: les immatriculations annuelles. En contrepartie, on peut alors, gr&acirc;ce au remarquable travail effectu&eacute; par le <a href=\"http:\/\/www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr\/rubrique.php3?id_rubrique=179\" target=\"_blank\">CDAT<\/a> du Minist&egrave;re des Transports, acc&eacute;der &agrave; des s&eacute;ries statistiques sur une p&eacute;riode tr&egrave;s confortable. Le Centre a en effet num&eacute;ris&eacute; la collection compl&egrave;te, jusqu&rsquo;en 1960, voire m&ecirc;me 1955, de <a href=\"http:\/\/temis.documentation.equipement.gouv.fr\/temis\/document.xsp?id=Temis-0001048&amp;qid=sdx_q12&amp;n=6&amp;q=\" target=\"_blank\">l&rsquo;Annuaire<\/a> statistique des Transports, lequel comporte notamment les deux s&eacute;ries qui nous int&eacute;ressent, les victimes d&rsquo;accidents mortels, et les immatriculations de v&eacute;hicules neufs, pour les deux cat&eacute;gories d&rsquo;usagers qui nous importent, les automobilistes, et les motocyclistes, c&rsquo;est &agrave; dire les propri&eacute;taires de deux-roues motoris&eacute;s d&rsquo;une cylindr&eacute;e sup&eacute;rieure &agrave; 50 cm&sup3;. En rapportant l&rsquo;accidentalit&eacute; &agrave; l&rsquo;&eacute;volution des immatriculations, on disposera d&rsquo;une estimation de la mortalit&eacute; relative au seul crit&egrave;re d&rsquo;exposition au risque disponible, l&rsquo;&eacute;volution du nombre des v&eacute;hicules. En posant une base 100 en 1972, le point haut historique de la mortalit&eacute; routi&egrave;re, on pourra suivre cette &eacute;volution en indice. Et en rapportant l&rsquo;indice relatif aux motocyclistes &agrave; celui des automobilistes, on obtiendra enfin la r&eacute;ponse &agrave; la question qui nous pr&eacute;occupe&nbsp;: ces motocyclistes sont-ils vraiment si m&eacute;chants que &ccedil;a, se comportent-ils tellement moins bien que les automobilistes, et m&eacute;ritent-il donc la d&eacute;consid&eacute;ration qui les frappe&nbsp;?<\/p>\n<h3>interpr&eacute;tation graphique<\/h3>\n<p>Mais quelques remarques s&rsquo;imposent encore avant d&rsquo;en arriver au coeur du sujet. D&rsquo;abord, on constate deux lacunes dans les donn&eacute;es de mortalit&eacute; des motocyclistes, disponibles par ailleurs depuis 1959&nbsp;: 1968, et 1972, manques dont les valeurs ont &eacute;t&eacute; estim&eacute;es &agrave; partie des ann&eacute;es voisines. Ensuite, la s&eacute;rie des immatriculations pose un probl&egrave;me particulier&nbsp;: si le march&eacute; des automobiles, par ailleurs bien plus vaste que celui des motocycles, conna&icirc;t une &eacute;volution lente et r&eacute;guli&egrave;re, il n&rsquo;en va pas du tout de m&ecirc;me pour les deux-roues. En 1955, on a en effet immatricul&eacute; 286&nbsp;000 deux-roues, et 440&nbsp;000 voitures, soit un rapport sup&eacute;rieur &agrave; un pour deux. Ensuite, les ventes s&rsquo;effondrent totalement, pour toucher un point bas en 1967, seulement douze ans plus tard, avec 11&nbsp;800 motocycles contre 1&nbsp;230&nbsp;000 voitures, soit moins d&rsquo;un deux-roues pour cent automobiles. Mais &agrave; partir de l&agrave;, les immatriculations de motocycles remontent progressivement, et constamment. Alors que le record de 2&nbsp;310&nbsp;000 automobiles immatricul&eacute;es en 1990 n&rsquo;a jamais &eacute;t&eacute; battu, le nombre de deux-roues vendus continue &agrave; cro&icirc;tre, le record, avec 239&nbsp;000 unit&eacute;s, datant de 2007, soit la derni&egrave;re ann&eacute;e disponible. Ces &eacute;volutions tr&egrave;s fortes sur un temps tr&egrave;s court et avec des volumes faibles posent donc un probl&egrave;me de repr&eacute;sentation graphique, en particulier dans le cadre d&rsquo;une comparaison avec une s&eacute;rie qui suit une &eacute;volution bien plus paisible. Pour r&eacute;duire les incoh&eacute;rences, on a donc pr&eacute;f&eacute;r&eacute; utiliser non pas le chiffre annuel des immatriculations, mais leur moyenne mobile sur les cinq ann&eacute;es pr&eacute;c&eacute;dentes, cette dur&eacute;e correspondant tr&egrave;s grossi&egrave;rement &agrave; l&rsquo;&acirc;ge moyen du parc. On le verra, cette pond&eacute;ration ne suffit pas &agrave; gommer les accidents statistiques&nbsp;: mais utiliser une moyenne mobile calcul&eacute;e sur une dur&eacute;e plus longue faisait courir le risque inverse, celui de masquer des &eacute;volutions plus fines, mais int&eacute;ressantes.<br \/>\n Ainsi, on obtient donc, avec une base 100 en 1972, une repr&eacute;sentation graphique de l&rsquo;indice d&rsquo;&eacute;volution de la mortalit&eacute; relative &agrave; la moyenne mobile des immatriculations sur les cinq ann&eacute;es pr&eacute;c&eacute;dentes pour les motocyclistes, et pour les automobilistes. Cet indice se d&eacute;ploie sur une p&eacute;riode qui dure plus de quarante ans, entre 1965 et 2007, ann&eacute;e des derniers r&eacute;sultats connus.<\/p>\n<p> <img decoding=\"async\" onmouseover=\"window.open('http:\/\/sociomotards.net\/wp-content\/images\/mortalite_png_large.html','mortalite-relative','width=1045,height=610')\" style=\"width: 740px; height: 430px;\" alt=\"\" src=\"http:\/\/sociomotards.net\/wp-content\/images\/mortalite_relative_740px.png\"\/> <\/p>\n<p>Alors, s&rsquo;il fallait commenter ce diagramme d&rsquo;une seule phrase, n&rsquo;en retenir donc que le trait le plus saillant, son enseignement serait simple&nbsp;: sur le long terme, entre 1965 et 2007, soit plus de quarante ans, on ne constate aucune diff&eacute;rence significative entre l&rsquo;&eacute;volution de la mortalit&eacute; routi&egrave;re relative &agrave; l&rsquo;exposition au risque chez les automobilistes, et chez les motocyclistes. Avec une base 100 en 1972, pour les automobilistes, on atteint en 2007 l&rsquo;indice 18,5, et leur mortalit&eacute; relative a donc &eacute;t&eacute; divis&eacute;e par cinq. Avec une base 100 en 1972, pour les motocyclistes, on atteint en 2007 l&rsquo;indice 20, et leur mortalit&eacute; relative a donc &eacute;t&eacute; divis&eacute;e par cinq. Naturellement, dans le d&eacute;tail, il faudra &ecirc;tre un petit peu plus pr&eacute;cis, et expliquer en particulier l&rsquo;&eacute;volution extr&ecirc;mement accident&eacute;e de la courbe des motocyclistes, avec cet indice qui remonte fortement entre 1967 et 1972, s&rsquo;effondre ensuite jusqu&rsquo;en 1981 avant de conna&icirc;tre une remont&eacute;e significative jusqu&rsquo;en 1989. Pour une bonne part, ces variations sont la cons&eacute;quence fatale &agrave; la fois de la faiblesse des effectifs en jeu, et de leur variation tr&egrave;s brutale, cons&eacute;quence que le recours &agrave; la moyenne mobile ne suffit pas &agrave; temp&eacute;rer. Au demeurant, on reste totalement libre de choisir le mode de pr&eacute;sentation que l&rsquo;on souhaite, les donn&eacute;es n&eacute;cessaires &eacute;tant disponibles <a href=\"http:\/\/sociomotards.net\/wp-content\/images\/mortalite_relative-1965-2007.ods\">ici<\/a>. Si l&rsquo;indice monte entre 1967 et 1972, c&rsquo;est parce que le nombre des morts, au plus bas en 1967 avec 184, remonte ensuite plus vite que la moyenne des immatriculations, pour atteindre le chiffre de 700 en 1972. Et alors que, avec 9&nbsp;276 tu&eacute;s, cette ann&eacute;e marque le pic de mortalit&eacute; pour les automobilistes, il n&rsquo;en va pas de m&ecirc;me pour les motocyclistes, puisque les chiffres continueront &agrave; augmenter jusqu&rsquo;&agrave; atteindre 1&nbsp;059 victimes en 1980. Et pourtant, c&rsquo;est durant ces ann&eacute;es-l&agrave; que l&rsquo;indice de mortalit&eacute; conna&icirc;t sa baisse la plus marqu&eacute;e. C&rsquo;est que, au m&ecirc;me moment, les immatriculations explosent&nbsp;: on passe de 11&nbsp;838 unit&eacute;s en 1967 &agrave; 61&nbsp;106 en 1972, avant d&rsquo;atteindre les 136&nbsp;399 ventes en 1980, un record qui ne sera pas battu avant 1997. Si l&rsquo;on compte en 1980 5,7 fois plus de tu&eacute;s qu&rsquo;en 1967, on d&eacute;nombre &eacute;galement 11,5 fois plus d&rsquo;immatriculations&nbsp;: la mortalit&eacute; relative, en d&rsquo;autres termes, a &eacute;t&eacute; divis&eacute;e par deux. On manquerait &agrave; tous ses devoirs en ne se demandant pas pourquoi.<\/p>\n<h3>facteurs explicatifs<\/h3>\n<p>Sans doute faut-il ne pas trop rechercher de comparaison avec la situation des automobilistes, tant la brutalit&eacute; des &eacute;volutions dans cette p&eacute;riode qui court jusqu&rsquo;en 1980 peut-elle largement s&rsquo;expliquer par les facteurs techniques &eacute;voqu&eacute;s plus haut. Il n&rsquo;en reste pas moins que, au moment o&ugrave;, en juillet <a href=\"http:\/\/www.ladocumentationfrancaise.fr\/dossiers\/securite-routiere\/chronologie.shtml\" target=\"_blank\">1972<\/a>, Christian G&eacute;rondeau prend place dans le fauteuil tout juste cr&eacute;&eacute; de D&eacute;l&eacute;gu&eacute; Interminist&eacute;riel &agrave; la S&eacute;curit&eacute; Routi&egrave;re, la mortalit&eacute; a d&eacute;j&agrave; commenc&eacute; &agrave; baisser&nbsp;; la baisse s&rsquo;accro&icirc;t lorsque, entre juin 1973 et ao&ucirc;t 1975, les premi&egrave;res contraintes, limitations de vitesse, port du casque, obligation d&rsquo;allumage diurne des feux de croisement, entrent en vigueur. Pourtant, en dehors de l&rsquo;allumage des feux, qui am&eacute;liore la visibilit&eacute; des deux-roues, mais n&rsquo;intervient qu&rsquo;en ao&ucirc;t 1975, on peut parfaitement postuler que, pour l&rsquo;essentiel, ces mesures n&rsquo;ont gu&egrave;re eu d&rsquo;effet. On voit mal comment la simple limitation de vitesse, alors d&eacute;pourvue de possibilit&eacute;s de contr&ocirc;le, peut produire des effets sur cette population que l&rsquo;on dit rebelle. Et l&rsquo;obligation de port du casque a sans doute eu des cons&eacute;quences pour les jeunes usagers de v&eacute;lomoteurs, ces 125 qu&rsquo;ils pouvaient alors conduire d&egrave;s seize ans, mais beaucoup moins sur les motards, d&eacute;j&agrave; convertis, et n&eacute;cessairement pratiquants. Sans doute l&rsquo;am&eacute;lioration des infrastructures, l&rsquo;am&eacute;nagement des carrefours, la suppression des points noirs prend-elle, en particulier pour ces motards si sensibles &agrave; l&rsquo;&eacute;tat du terrain, une importance qui perdure aujourd&rsquo;hui&nbsp;: mais il n&rsquo;en sera pas question avant 1981, avant le remplacement de Christian G&eacute;rondeau par Pierre Mayet et le lancement, l&rsquo;ann&eacute;e suivante, du programme REAGIR. Ce qui a compt&eacute;, en fait, c&rsquo;est ce qu&rsquo;on ne voit pas, et qui d&eacute;coule directement du d&eacute;veloppement d&rsquo;un nouveau march&eacute;, des machines neuves, ces japonaises modernes et fiables &eacute;quip&eacute;es de freins &agrave; disques, des &eacute;quipements originaux, comme le casque int&eacute;gral qui appara&icirc;t alors et remplace le pitoyable bol des g&eacute;n&eacute;rations pr&eacute;c&eacute;dentes, les am&eacute;liorations constantes qu&rsquo;apporte une concurrence efficace puisqu&rsquo;elle s&rsquo;exerce d&eacute;sormais sur un march&eacute; rentable qui permet d&rsquo;investir et de d&eacute;velopper des techniques nouvelles, et, plus encore peut-&ecirc;tre, la croissance du nombre des motos qui &agrave; la fois oblige les automobilistes &agrave; la cohabitation, et les habitue &agrave; cette pr&eacute;sence d&rsquo;un v&eacute;hicule radicalement diff&eacute;rent du leur, tout ce qui, en somme, est, directement ou pas, produit par le monde de la moto et lui seul, sans aucun concours ext&eacute;rieur, ne serait-ce que celui d&rsquo;une TVA &agrave; taux r&eacute;duit sur ces &eacute;quipements de s&eacute;curit&eacute;. Et de tout cela, le D&eacute;l&eacute;gu&eacute; Interminist&eacute;riel ne sait rien puisque, ne prenant en compte que le bilan des victimes, il s&rsquo;acharne &agrave; imaginer ces solutions qui endigueront la mar&eacute;e des nouveaux motards en les privant de leurs machines, et que, &agrave; cette fin, et contre l&rsquo;avis m&ecirc;me de ses services techniques, il met au point son arme absolue, le nouveau permis, qui entrera en vigueur le premier mars 1980.<\/p>\n<p>Celui-ci, il faut le rappeler, pr&eacute;voit la disparition des 125 au profit d&rsquo;une cat&eacute;gorie nouvelle, les 80 cm&sup3; dont la vitesse est brid&eacute;e &agrave; 75 km\/h, accessibles &agrave; partir de seize ans avec le permis A1. Quant aux motos, elles sont scind&eacute;es en deux avec une cylindr&eacute;e pivot, la 400 cm&sup3;&nbsp;: en dessous de la limite, le permis A2 suffit&nbsp;; au-dessus, il faut passer le A3, plus difficile. Mais, d&egrave;s dix-huit ans, on peut tenter d&rsquo;obtenir l&rsquo;un ou l&rsquo;autre permis, qui donne ensuite acc&egrave;s &agrave; une machine qui ne conna&icirc;t d&rsquo;autre restriction que celle de sa cylindr&eacute;e. En d&rsquo;autres termes, &agrave; partir de mars 1980, &agrave; seize ans, on doit faire un choix&nbsp;: soit on passe le A1 et l&rsquo;on peut alors acheter une sorte de gros cyclomoteur dont la vitesse maximale est inf&eacute;rieure de 15 km\/h &agrave; celle des poids-lourds, soit on attend d&rsquo;en avoir dix-huit pour passer le permis moto. Comme le montre le graphique suivant, l&rsquo;h&eacute;sitation fut br&egrave;ve&nbsp;:<\/p>\n<p> <img decoding=\"async\" style=\"width: 693px; height: 391px;\" alt=\"\" src=\"http:\/\/sociomotards.net\/wp-content\/images\/permis_delivres_693px.png\"\/> <\/p>\n<p>Apr&egrave;s la tr&egrave;s forte hausse de 1979, anticipant la r&eacute;forme, la part des permis A1, jusqu&rsquo;alors bien plus nombreux que les permis A, s&rsquo;effondre, et ne remontera plus. Leur strat&eacute;gie d&rsquo;adaption a bel et bien conduit les postulants &agrave; sauter l&rsquo;&eacute;tape indispensable de la 125, cette machine d&rsquo;initiation qui avait presque tout d&rsquo;une vraie moto, et &agrave; entrer de plein pied, arm&eacute;s du seul bagage de leur permis, dans la cour des gros cubes. C&rsquo;&eacute;tait l&rsquo;&eacute;poque de la 350 RDLC, comme le rappelle Manuel Marsetti dans <span style=\"font-style: italic;\">Chronique d&rsquo;une utopie en marche<\/span>&nbsp;: \u00ab\u00a0R&eacute;ponse directe des constructeurs japonais au permis 400 cm&sup3; de Christian G&eacute;rondeau, en vigueur jusqu&rsquo;en janvier 1985, la 350 RDLC est une v&eacute;ritable fus&eacute;e, dont le poids ne d&eacute;passe pas 130 kilos, mais dont le compteur flirte all&egrave;grement avec les 200 km\/h. Pour le d&eacute;l&eacute;gu&eacute; Philippe Duch&ecirc;ne, \u00ab\u00a0c&rsquo;est la premi&egrave;re vraie sportive, une grosse &eacute;volution sur le plan technique. Les mecs passaient directement &agrave; &ccedil;a, n&rsquo;avaient jamais rien eu avant. C&rsquo;&eacute;tait forc&eacute;ment catastrophique\u00a0\u00bb. A Grenoble, \u00a0\u00bb les dix-huits premiers mod&egrave;les ont fait dix-huit morts\u00a0\u00bb, grimace Philippe Guieu-Faugoux.\u00a0\u00bb (Marsetti, <span style=\"font-style: italic;\">Chronique d&rsquo;une utopie en marche<\/span>, 2003, p. 78-79). La p&eacute;riode qui s&rsquo;&eacute;tend de 1982 &agrave; 1991 sera donc la seule durant laquelle, globalement, la mortalit&eacute; augmente alors que le nombre d&rsquo;immatriculations se tasse, une &eacute;volution que l&rsquo;indice refl&egrave;te. Le nouveau permis de Christian G&eacute;rondeau n&rsquo;a pas tu&eacute; la moto&nbsp;: il a juste tu&eacute; des motards.<\/p>\n<p>En redonnant aux plus de dix-sept ans l&rsquo;acc&egrave;s aux 125, la r&eacute;forme de 1985 ne modifiera pas grand chose. De la m&ecirc;me fa&ccedil;on, la derni&egrave;re &eacute;volution r&egrave;glementaire en date, celle du 1er juillet 1996 qui, d&rsquo;une part, limite &agrave; 34 cv la puissance des machines que peuvent conduire les jeunes motards et, d&rsquo;autre part, signe le plein retour d&rsquo;une cat&eacute;gorie 125 de nouveau accessible &agrave; seize ans, ou &agrave; vingt ans pour les titulaires du permis auto, ne semble pas entra&icirc;ner de cons&eacute;quence significative. Pourtant, &agrave; la diff&eacute;rence de la p&eacute;riode 1981-1988, la part de march&eacute; des 125 s&rsquo;accro&icirc;t alors, au point qu&rsquo;il se vende aujourd&rsquo;hui autant de MTL que de MTT. Le retour des automobilistes, motards sans formation sur des machines simples d&rsquo;acc&egrave;s, ne semble pas produire d&rsquo;effets particuliers. Mais il faudrait l&agrave; une analyse plus fine que celle que permet ce simple graphique, qui suivrait par exemple l&rsquo;&eacute;volution de la r&eacute;partition entre 125 et cylindr&eacute;es plus importantes, r&eacute;partition que l&rsquo;on conna&icirc;t depuis 1981 gr&acirc;ce &agrave; un autre document du Minist&egrave;re des Transports, le <a href=\"http:\/\/temis.documentation.developpement-durable.gouv.fr\/document.xsp?id=Temis-0001342&amp;qid=sdx_q0&amp;n=16&amp;q=\" target=\"_blank\">March&eacute;<\/a> des v&eacute;hicules. Il faudrait aussi &eacute;tudier d&rsquo;autres causes, voir par exemple si le progr&egrave;s principal de ces derni&egrave;res ann&eacute;es, l&rsquo;am&eacute;lioration de la s&eacute;curit&eacute; passive des automobilistes, en plus de ne concerner qu&rsquo;eux-m&ecirc;mes, n&rsquo;a pas produit d&rsquo;effets pervers au d&eacute;triment des usagers vuln&eacute;rables. Mais ces donn&eacute;es, en tout cas, suffisent &agrave; juger de l&rsquo;efficacit&eacute; des politiques de s&eacute;curit&eacute; routi&egrave;re relatives &agrave; la moto. Si rien de particulier ne semble expliquer la d&eacute;crue r&eacute;guli&egrave;re et parall&egrave;le de l&rsquo;indice, pour les automobilistes comme pour les motocyclistes, si, par exemple, ce qui n&rsquo;&eacute;tonnera personne, on ne per&ccedil;oit absolument aucun effet de l&rsquo;interdiction des machines de plus de 100 cv, si, probablement, la cause principale de cette &eacute;volution favorable est &agrave; rechercher dans la banalisation du deux-roues, comme le prouvent les exemples crois&eacute;s de la Grande-Bretagne, ce pays r&eacute;put&eacute; pour sa s&eacute;v&eacute;rit&eacute;, et de l&rsquo;Italie, &agrave; laquelle on pr&ecirc;te des vertus diam&eacute;tralement oppos&eacute;es mais qui, tr&egrave;s grossi&egrave;rement, <a href=\"http:\/\/www.acem.eu\/cms\/marketfigures.php\" target=\"_blank\">recensant<\/a> dix fois plus de deux-roues que la Grande-Bretagne, ne compte que deux fois plus de morts, on peut au moins dresser un bilan des ann&eacute;es G&eacute;rondeau. Arch&eacute;type de l&rsquo;interventionniste autoritaire, prototype du technocrate &agrave; id&eacute;es fixes, le premier D&eacute;l&eacute;gu&eacute; Interminist&eacute;riel, d&eacute;niant aux citoyens le libre choix de leur v&eacute;hicule lorsque ceux-ci optaient pour cette moto qu&rsquo;il souhaitait voir dispara&icirc;tre, refusant de prendre en compte ces donn&eacute;es dont il disposait pourtant, et dont on a vu &agrave; quel point elles montraient, durant ces ann&eacute;es 70, l&rsquo;am&eacute;lioration spectaculaire de la s&eacute;curit&eacute; des motards, n&rsquo;a su que lancer une politique prohibitionniste dont on a pu constater les cons&eacute;quences d&eacute;sastreuses. Alors, on se permettra de finir sur une apostrophe aux pouvoirs publics&nbsp;: si, vraiment, votre souhait sinc&egrave;re est de voir baisser l&rsquo;accidentalit&eacute; des motards, si, pour des raisons de co&ucirc;t, il ne vous est pas possible de mettre plus vigoureusement en oeuvre des politiques sp&eacute;cifiques mais pareto-optimales telles le doublement des rails de s&eacute;curit&eacute;, alors, au moins, ayez-en le courage, ne faites rien.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On sait, pour l&rsquo;avoir &eacute;voqu&eacute; &agrave; mainte reprises, &agrave; quel point le discours explicatif et justificatif pr&eacute;sent&eacute; par le Comit&eacute; Interminist&eacute;riel de S&eacute;curit&eacute; Routi&egrave;re depuis sa cr&eacute;ation, en 1973, se contente, dans sa communication destin&eacute;e au grand public, de recenser les m&ecirc;mes causes, et de ressasser les m&ecirc;mes effets. 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