{"id":29,"date":"2006-02-13T16:59:57","date_gmt":"2006-02-13T15:59:57","guid":{"rendered":"http:\/\/these.mondomicile.perso\/?p=29"},"modified":"2006-02-13T16:59:57","modified_gmt":"2006-02-13T15:59:57","slug":"risque-accepte-risque-recherche","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/sociomotards.net\/index.php\/2006\/02\/13\/risque-accepte-risque-recherche\/","title":{"rendered":"risque accept\u00e9, risque recherch\u00e9"},"content":{"rendered":"<p> L&rsquo;histoire des Grands Prix moto, depuis cette cassure fondamentale que fut, au tout d&eacute;but des ann&eacute;es soixante, l&rsquo;arriv&eacute;e des usines japonaises, fournit un bon exemple de la fa&ccedil;on dont le risque d&rsquo;un accident toujours potentiellement mortel a pu, en quarante ans, &eacute;voluer dans sa prise en compte tant par les pilotes en tant que groupe que par les instances organisatrices de ces comp&eacute;titions. Souvent courues sur des circuits d&rsquo;occasion parfois bord&eacute;s d&rsquo;arbres, la dangerosit&eacute; de ces &eacute;preuves se paya pendant longtemps par une mortalit&eacute; significative, laquelle entra&icirc;na, d&egrave;s 1953 comme le pr&eacute;cise Glenn Le Santo dans son <a href=\"http:\/\/www.motorcycle.com\/mo\/mcracing\/gphistory.html\" target=\"_blank\">histoire des Grands Prix moto<\/a>, une r&eacute;action des pilotes sous la forme du plus classique des conflits du travail&nbsp;: une gr&egrave;ve qui, dit-il,&nbsp;: \u00ab\u00a0marqua le d&eacute;but d&rsquo;un long combat contre l&rsquo;instance dirigeante, la FIM, au sujet de la s&eacute;curit&eacute; et des conditions de travail\u00a0\u00bb.<br \/>\n Pourtant, l&rsquo;arriv&eacute;e des &eacute;quipes japonaises officielles en 1959 devait se traduire, sans doute parce que leurs moyens financiers leur permettaient de construire des machines plus fiables, mieux pr&eacute;par&eacute;es et, notamment pour ce qui concerne les pneumatiques, mieux &eacute;quip&eacute;es, une baisse sensible du nombre des accidents mortels. Fort logiquement, leur retrait de la comp&eacute;tition produisit l&rsquo;effet inverse, et ce d&egrave;s 1969, l&rsquo;ann&eacute;e qui suivit le d&eacute;part de Honda, avec le d&eacute;c&egrave;s de Bill Ivy, cons&eacute;cutif &agrave; une chute en cours d&rsquo;essais provoqu&eacute;e par le serrage de sa Jawa. La grande &eacute;poque du Continental Circus et de ses pilotes priv&eacute;s fut aussi celle de la mortalit&eacute; la plus forte, avec comme point d&rsquo;orgue l&rsquo;accident du grand prix d&rsquo;Italie 250 &agrave; Monza, qui provoqua la mort de Renzo Pasolini et du champion du monde en titre, Jarno Saarinen&nbsp;; la m&ecirc;me ann&eacute;e vit les pilotes officiels boycotter l&rsquo;&eacute;preuve la plus dangereuse, la manche britannique du championnat courue lors du Tourist Trophy de l&rsquo;&icirc;le de Man, puis l&rsquo;&eacute;preuve allemande au N&uuml;rburgring. Aussi, en 1977, le grand prix britannique d&eacute;laissa l&rsquo;&icirc;le de Man au profit du circuit de Silverstone&nbsp;; ce premier succ&egrave;s n&#8217;emp&ecirc;cha pas la poursuite de cet affrontement tripartite entre les pilotes, les organisateurs et la FIM, lequel dura jusqu&rsquo;en 1982, avec des gr&egrave;ves affectant les grands prix de France et de Tch&eacute;coslovaquie. Depuis lors, l&rsquo;abandon des circuits les plus dangereux, en particulier les trac&eacute;s routiers de Brno ou d&rsquo;Imatra en Finlande, ou le trop long N&uuml;rburgring, et les investissements r&eacute;alis&eacute;s&nbsp;pour la s&eacute;curit&eacute; des pilotes, ont entra&icirc;n&eacute; une baisse extr&ecirc;mement significative de la fr&eacute;quence des accidents mortels&nbsp;: le dernier en date, le d&eacute;c&egrave;s du tr&egrave;s prometteur Daijiro Kato, en 2003, survient apr&egrave;s dix ans sans accident grave, puisque la chute dans laquelle Wayne Rainey, champion du monde en titre, perdit l&rsquo;usage de ses jambes, se produisit en 1993 &agrave; Misano. En d&rsquo;autre termes, et en fonction des kilom&egrave;tres parcourus, les grands prix moto sont sans doute aujourd&rsquo;hui devenus moins dangereux que la simple circulation routi&egrave;re.<\/p>\n<h3>les conflits du travail sur le Continental Circus<\/h3>\n<p>Si les enjeux n&rsquo;en avaient pas &eacute;t&eacute; vitaux, on pourrait ne voir l&agrave; que le d&eacute;veloppement, sur une p&eacute;riode longue de trente ans, d&rsquo;un banal conflit du travail, dont l&rsquo;issue d&eacute;pend enti&egrave;rement de la capacit&eacute; qu&rsquo;ont eu les salari&eacute;s d&rsquo;exercer une pression suffisante pour voir leurs revendications satisfaites. Durant les ann&eacute;es soixante-dix, la moto, presque disparue des rues dix ans plus t&ocirc;t alors qu&rsquo;elle n&rsquo;&eacute;tait plus gu&egrave;re utilis&eacute;e que par une population r&eacute;siduelle de blousons noirs et de rockers, la fraction dangereuse de la classe dangereuse, en somme, conna&icirc;t un fort d&eacute;veloppement qui &agrave; la fois &eacute;largit, quantitativement et socialement, la population qui l&rsquo;utilise, et en fait un enjeu commercial de plus en plus significatif, lequel permet &agrave; son tour &agrave; des grands prix dont l&rsquo;audience cro&icirc;t d&rsquo;accueillir des pilotes dont la notori&eacute;t&eacute;, &agrave; l&rsquo;image d&rsquo;un Barry Sheene ou d&rsquo;un Kenny Roberts, d&eacute;passe le cercle des amateurs pour toucher le grand public. Comme le remarque <a href=\"http:\/\/www.motorcycle.com\/mo\/mcracing\/gphistory3.html\" target=\"_blank\">Glenn le Santo,<\/a> l&rsquo;arriv&eacute;e des pilotes am&eacute;ricains, et de Kenny Roberts en particulier, marquera le d&eacute;veloppement d&rsquo;une professionnalisation de la pratique, avec un accroissement du poids financier des &eacute;preuves, et une mont&eacute;e des exigences en mati&egrave;re de s&eacute;curit&eacute; et de conditions de travail. A cet &eacute;gard, la lutte pour l&rsquo;abandon du Tourist Trophy, l&rsquo;&eacute;preuve la plus dangereuse, reste fortement significative&nbsp;: les pilotes les plus prestigieux devaient, d&egrave;s 1972 pour Giacomo Agostini, Angel Nieto ou Barry Sheene, refuser de participer &agrave; l&rsquo;&eacute;preuve, eux qui, &agrave; la diff&eacute;rence des pilotes priv&eacute;s, disposaient d&rsquo;une position sociale suffisamment solide pour imposer &agrave; leurs employeurs comme aux organisateurs une telle d&eacute;cision, tout en souffrant moins que d&rsquo;autres des points perdus en participant &agrave; une &eacute;preuve de moins. Et, d&rsquo;une mani&egrave;re g&eacute;n&eacute;rale, les gr&egrave;ves de pilotes ne seront jamais suivies que par ceux qui disposaient d&rsquo;une place dans une &eacute;curie officielle, les grands prix auxquels ils refusaient de participer n&rsquo;&eacute;tant jamais annul&eacute;s, mais courus seulement par des pilotes priv&eacute;s. La notori&eacute;t&#038;eacute des principaux pilotes, leur capital symbolique, leur permit de peser sur les d&eacute;tenteurs du capital physique, FIM et organisateurs des comp&eacute;titions, notamment,comme le rappelle Glenn le Santo, par la menace d&rsquo;une scission avec, &agrave; la fin des ann&eacute;s 70, et sous l&rsquo;impulsion de Kenny Roberts, le projet des World Series, une comp&eacute;tition parall&egrave;le qui aurait priv&eacute; l&rsquo;&eacute;preuve officielle de ses pilotes les plus connus, ceux, donc, qui faisaient la popularit&eacute; de ce sport, et les entr&eacute;es payantes sur les circuits. La simple menace suffit et, comme on l&rsquo;a vu, ce conflit qui tra&icirc;nait depuis plus de vingt-cinq ans fut rapidement r&eacute;solu et, &agrave; ce jour, globalement, en dehors de conflits &eacute;pisodiques portant sur des circuits pr&eacute;cis, l&rsquo;accord trouv&eacute; tient toujours. Et c&rsquo;est le fait, pour la moto, et pour ses pilotes, de sortir de la marginalit&eacute; sociale, qui a permis d&rsquo;en finir avec un risque impos&eacute; &agrave; ceux qui &eacute;taient, au fond, trop pauvres et trop peu nombreux pour le refuser.<\/p>\n<h3>fous du guidon<\/h3>\n<p>On peut, on le constate, difficilement se retrouver plus &eacute;loign&eacute; du st&eacute;r&eacute;otype de la t&ecirc;te br&ucirc;l&eacute;e qui semble n&rsquo;avoir d&rsquo;autre but dans l&rsquo;existence que de mourir ailleurs que dans son lit. Tout sport dont l&rsquo;exercice est potentiellement mortel &#8211; alpinisme, parachutisme, plong&eacute;e sous-marine &#8211; conna&icirc;t sa pratique extr&ecirc;me, celle o&ugrave; l&rsquo;erreur est fatale, les sauts depuis un point fixe, falaise, pont ou tour, par exemple, pour le parachutisme, ou l&rsquo;apn&eacute;e &agrave; grande profondeur pour la plong&eacute;e, mais le d&eacute;veloppement de ces pratiques est g&eacute;n&eacute;ralement r&eacute;cent, tr&egrave;s post&eacute;rieur aux d&eacute;buts de la pratique elle-m&ecirc;me, et toujours marginal, voire combattu par les instances dirigeantes du sport en question. Le sport motocycliste, &agrave; l&rsquo;inverse, a &eacute;volu&eacute;, contre ses instances dirigeantes, en direction d&rsquo;une r&eacute;duction progressive du risque, et cela &agrave; cause de sa professionnalisation et des enjeux commerciaux qui l&rsquo;accompagnent, et qui fait que les sp&eacute;cialistes des circuits routiers ne se recrutent d&eacute;sormais plus que dans les camps des amateurs ou des anciens professionnels. Ils sont, en d&rsquo;autres termes, et contrairement aux pilotes des ann&eacute;es soixante-dix, exclusivement volontaires&nbsp;: chez eux, le risque extr&ecirc;me est un choix, et pas un inconv&eacute;nient in&eacute;vitable du m&eacute;tier qu&rsquo;ils exercent. Car, pour l&rsquo;heure, les &eacute;preuves excessivement dangereuses telles le Tourist Trophy existent toujours, sont courues chaque ann&eacute;e en provoquant syst&eacute;matiquement un ou plusieurs accidents mortels, et attirent toujours des participants qui n&rsquo;ont aucun moyen de pr&eacute;tendre ignorer que, &agrave; la fin des comp&eacute;titions, ils seront d&eacute;finitivement moins nombreux qu&rsquo;au d&eacute;but.<br \/>\n Mais, &eacute;voluant en sens inverse, ces diff&eacute;rentes disciplines se retrouvent aujourd&rsquo;hui au m&ecirc;me point, avec une dichotomie entre la pratique globale, officielle et encadr&eacute;e, o&ugrave; tout est d&eacute;sormais fait, et avec succ&egrave;s comme on vient de le voir pour la moto, pour maintenir le risque au plus faible niveau possible, et une pratique marginale, et parfois ill&eacute;gale, qui, au mieux, s&rsquo;accommode d&rsquo;un risque bien plus &eacute;lev&eacute;, et, au pire, le recherche. Pourtant, aujourd&rsquo;hui, la diff&eacute;rence, portant notamment sur la l&eacute;gitimit&eacute; du risque, entre ces sports tous objectivement dangereux, existe plus que jamais et est, plus que jamais, socialement constitu&eacute;e, au point de tracer une fronti&egrave;re entre, par exemple, l&rsquo;alpinisme ou la plong&eacute;e, sports dont la pratique populaire est reconnue et encourag&eacute;e, et dont les expressions extr&ecirc;mes, au minimum, ne sont pas d&eacute;cri&eacute;es, et la moto, ignor&eacute;e en tant que sport, d&eacute;valoris&eacute;e dans son expression quotidenne.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;histoire des Grands Prix moto, depuis cette cassure fondamentale que fut, au tout d&eacute;but des ann&eacute;es soixante, l&rsquo;arriv&eacute;e des usines japonaises, fournit un bon exemple de la fa&ccedil;on dont le risque d&rsquo;un accident toujours potentiellement mortel a pu, en quarante ans, &eacute;voluer dans sa prise en compte tant par les pilotes en tant que groupe [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,11],"tags":[],"class_list":["post-29","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe","category-speculations"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/sociomotards.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/sociomotards.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/sociomotards.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/sociomotards.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/sociomotards.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=29"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/sociomotards.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/sociomotards.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=29"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/sociomotards.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=29"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/sociomotards.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=29"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}