{"id":350,"date":"2015-03-31T23:25:56","date_gmt":"2015-03-31T21:25:56","guid":{"rendered":"http:\/\/sociomotards.net\/?p=350"},"modified":"2015-03-31T23:25:56","modified_gmt":"2015-03-31T21:25:56","slug":"bazar-urbain","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/sociomotards.net\/index.php\/2015\/03\/31\/bazar-urbain\/","title":{"rendered":"bazar urbain"},"content":{"rendered":"<p>De nos jours, \u00e0 Paris, ce petit noyau d&rsquo;une m\u00e9tropole moderne qui compte de l&rsquo;ordre de 12 millions d&rsquo;habitants, on respire un air dont la qualit\u00e9 moyenne n&rsquo;a vraisemblablement jamais \u00e9t\u00e9 meilleure depuis les d\u00e9buts de la r\u00e9volution industrielle. \u00c9videmment, une telle affirmation heurte le sens commun, et se doit d&rsquo;\u00eatre empiriquement valid\u00e9e ce qui, faute de donn\u00e9es, repr\u00e9sente une t\u00e2che insurmontable. Aussi faut-il r\u00e9duire la p\u00e9riode en question \u00e0 un intervalle plus restreint, mais accessible \u00e0 la mesure, et qui va donc commencer \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950, soit au moment o\u00f9 cette phase d&rsquo;expansion \u00e9conomique qualifi\u00e9e de Trente glorieuses a eu comme effet, et comme condition de possibilit\u00e9, une certaine n\u00e9gligence \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de ses cons\u00e9quences n\u00e9gatives. Ce d\u00e9sint\u00e9r\u00eat, pourtant, alors, n&rsquo;avait rien d&rsquo;unanime ; aussi, gr\u00e2ce \u00e0 des organismes tels le CITEPA, gr\u00e2ce \u00e0 la revue Pollution Atmosph\u00e9rique, on dispose de quoi documenter cette affirmation, de quoi aussi se faire une id\u00e9e plus pr\u00e9cise du probl\u00e8me dans sa dimension mat\u00e9rielle, en \u00e9valuant les facteurs de divers ordres qui contribuent \u00e0 son existence.<\/p>\n<p>Un article datant de 1994 et publi\u00e9 dans <a href=\"http:\/\/lodel.irevues.inist.fr\/pollution-atmospherique\/index.php?id=4177\" target=\"_blank\">Pollution Atmosph\u00e9rique<\/a> montre ainsi, en comparant pr\u00e8s de 50 m\u00e9tropoles comptant chacune plus d&rsquo;un million d&rsquo;habitants, \u00e0 quel point Paris conna\u00eet une situation privil\u00e9gi\u00e9e. La capitale se distingue d&rsquo;abord par la pr\u00e9cocit\u00e9 de son r\u00e9seau de mesure de la pollution\u00a0: apr\u00e8s Londres en 1935 et New York en 1940 elle sera, en 1954, la troisi\u00e8me m\u00e9tropole de l&rsquo;\u00e9chantillon \u00e0 s&rsquo;\u00e9quiper de la sorte. Elle se place par ailleurs en t\u00eate des villes les moins pollu\u00e9es par l&rsquo;ozone et les particules fines, et en quatri\u00e8me position pour le dioxyde de souffre. Avec des niveaux moyens toujours inf\u00e9rieurs aux normes, elle fait ainsi mieux, et parfois bien mieux, que Londres, Barcelone, Madrid, Turin, ou Berlin.<\/p>\n<p>Publi\u00e9 au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, au moment donc o\u00f9 commence la lutte contre certains des facteurs contribuant \u00e0 cette pollution, l&rsquo;article dresse ainsi un \u00e9tat des lieux. Il cartographie un point de d\u00e9part, au moment pr\u00e9cis o\u00f9 l&rsquo;action publique commence \u00e0 s&rsquo;exercer. Alors naissent les r\u00e9glementations limitant les rejets des v\u00e9hicules \u00e0 moteur thermique, r\u00e9glementations qui se feront au fil du temps de plus en plus strictes puisque, pour prendre une cat\u00e9gorie de polluants en exemple, ces particules fines \u00e9mises notamment par les moteurs diesel des v\u00e9hicules l\u00e9gers, entre l&rsquo;Euro 1 datant de 1992, et l&rsquo;actuelle Euro 6, les normes imposent une r\u00e9duction des \u00e9missions d&rsquo;un facteur 28. En somme, avec au d\u00e9part, pour le cas parisien, une situation plut\u00f4t meilleure qu&rsquo;ailleurs, la prise en compte du probl\u00e8me par les autorit\u00e9s va, progressivement, apporter une am\u00e9lioration aussi significative que mesurable de la qualit\u00e9 globale de l&rsquo;air. Aussi faut-il se demander pourquoi cette r\u00e9alit\u00e9 tangible, dans sa double dimension d&rsquo;un bilan, gr\u00e2ce \u00e0 des propri\u00e9t\u00e9s climatiques et g\u00e9ographiques par d\u00e9finition stables, plut\u00f4t satisfaisant, et que les contraintes qui enserrent progressivement les sources de pollution ne peuvent qu&rsquo;am\u00e9liorer, se situe \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 de la perception d&rsquo;un public dont les autorit\u00e9s municipales rapportent qu&rsquo;il se plaint en permanence d&rsquo;une pollution qui figure au premier rang de ses pr\u00e9occupations en mati\u00e8re de sant\u00e9. Et une partie de la r\u00e9ponse se trouve dans le r\u00f4le investi par une cat\u00e9gorie particuli\u00e8re de scientifiques relevant du domaine m\u00e9dical, cat\u00e9gorie \u00e0 laquelle appartiennent les r\u00e9dacteurs de l&rsquo;article de Pollution Atmosph\u00e9rique, les \u00e9pid\u00e9miologistes.<\/p>\n<h3>le combat de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9miologiste<\/h3>\n<p>Dans une contribution parue dans un <a href=\"http:\/\/www.pur-editions.fr\/detail.php?idOuv=280\" target=\"_blank\">ouvrage<\/a> collectif publi\u00e9 sous la direction de Bastien Fran\u00e7ois et Erik Neveu, <a href=\"http:\/\/www.cermes3.cnrs.fr\/index.php\/membres\/chercheurs-enseignants-chercheurs-ingenieurs-et-techniciens\/164-berlivet-luc\">Luc Berlivet<\/a>, historien sp\u00e9cialiste des questions de sant\u00e9 publique, d\u00e9crit en d\u00e9tail la fa\u00e7on dont ces scientifiques se sont lanc\u00e9s \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode, soit au milieu des ann\u00e9es 1990, dans le d\u00e9bat public, et autour d&rsquo;une m\u00eame question, les cons\u00e9quences pour la sant\u00e9 de la pollution de l&rsquo;air urbain. L&rsquo;histoire, selon un processus maintes fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9, commence par un dossier en Une du Monde. Le 7 f\u00e9vrier 1996, le chroniqueur m\u00e9dical du quotidien lance un cri d&rsquo;alarme\u00a0: citant une \u00e9tude \u00e0 para\u00eetre et r\u00e9alis\u00e9e par un groupe d&rsquo;\u00e9pid\u00e9miologistes, lesquels ont d\u00e9velopp\u00e9 un mod\u00e8le associant la pollution dite acido-particulaire, caus\u00e9e par le dioxyde de souffre et les particules fines, et les d\u00e9c\u00e8s dus aux maladies respiratoires et cardiovasculaires, il d\u00e9nonce les centaines de morts pr\u00e9matur\u00e9es que la pollution atmosph\u00e9rique cause dans les m\u00e9tropoles, Paris et Lyon en particulier. Imm\u00e9diatement, la controverse d\u00e9marre\u00a0: le lendemain, dans un journal concurrent, Lib\u00e9ration, un article fait intervenir des contradicteurs, cardiologue et pneumologue qui, \u00e9crit Luc Berlivet, occupent en tant que cliniciens <em>\u00ab\u00a0une position radicalement diff\u00e9rente dans l&rsquo;espace de la m\u00e9decine\u00a0\u00bb<\/em>. L&rsquo;\u00e9pid\u00e9miologie, discipline qui s&rsquo;implante \u00e0 partir des ann\u00e9es 1950, utilise en effet, avec son arsenal statistique, des outils sans rapport avec les diagnostics cliniques, mais qui permettent, eux, de g\u00e9n\u00e9raliser des cas particuliers au point de rendre visible, et de d\u00e9signer comme causes des d\u00e9c\u00e8s, un spectre de plus en plus large de facteurs qui chacun atteignent ainsi une dimension particuli\u00e8re, celle d&rsquo;un probl\u00e8me public.<\/p>\n<p>Objet sociologique \u00e9tudi\u00e9 en particulier par <a href=\"http:\/\/lectures.revues.org\/763\" target=\"_blank\">Joseph Gusfield<\/a>, le probl\u00e8me public surgit lorsqu&rsquo;une situation, jusque l\u00e0 g\u00e9n\u00e9ralement n\u00e9glig\u00e9e, devient, parce que des acteurs qui la ressentent et la d\u00e9crivent comme un trouble inacceptable devant imp\u00e9rativement trouver une solution r\u00e9ussissent \u00e0 populariser cette impression, un probl\u00e8me largement accept\u00e9 comme tel et qui exige alors l&rsquo;intervention de la seule puissance \u00e0 m\u00eame de faire cesser ce trouble, l\u2019\u00c9tat. Le \u00ab\u00a0coup de force symbolique\u00a0\u00bb des \u00e9pid\u00e9miologistes dont parle Luc Berlivet associe tous les acteurs qui interviennent dans une configuration de ce genre\u00a0: un public, qui voit sa sant\u00e9 menac\u00e9e par des polluants contre lesquels il ne peut se d\u00e9fendre, puisqu&rsquo;il les absorbe en m\u00eame temps que cet air dont il pourrait difficilement se passer, des scientifiques, qui d\u00e9noncent et quantifient ce trouble, des journalistes qui le rendent public. Pour reprendre la m\u00e9taphore de Joseph Gusfield, la sc\u00e8ne o\u00f9 se d\u00e9roulera d\u00e9sormais le drame de la pollution urbaine se trouve ainsi dress\u00e9e, et anim\u00e9e par ses principaux acteurs, \u00e0 l&rsquo;exception de celui qui n&rsquo;appara\u00eetra qu&rsquo;au deuxi\u00e8me acte m\u00eame s&rsquo;il s&rsquo;impatiente d\u00e9j\u00e0 dans les coulisses, la puissance publique.<\/p>\n<p>Car ses armes sont pr\u00eates. Le 30 d\u00e9cembre 1996, Corinne Lepage, ministre de l&rsquo;Environnement du gouvernement d&rsquo;Alain Jupp\u00e9, fait voter sa loi sur l&rsquo;air et l&rsquo;utilisation rationnelle de l&rsquo;\u00e9nergie, dont le premier article reconna\u00eet \u00e0 tous le droit de respirer un air qui ne nuise pas \u00e0 la sant\u00e9, droit qui se r\u00e9v\u00e8le donc incompatible avec la configuration de l&rsquo;univers tel que nous le connaissons. La qualit\u00e9 de l&rsquo;air devient ainsi une question de sant\u00e9 publique, le contr\u00f4le des polluants et des pollueurs, qui n&rsquo;a pas attendu cette loi pour s&rsquo;exercer \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelon europ\u00e9en, se fera de plus en plus strict, et les \u00e9pid\u00e9miologistes, nouveaux venus dans le champ m\u00e9dical, parviennent \u00e0 imposer et leur lecture du probl\u00e8me, et les m\u00e9thodes gr\u00e2ce auxquelles ils le d\u00e9crivent et \u00e9valuent ses effets sur la sant\u00e9. Deux appareils statistiques, et deux cat\u00e9gories de discours, cohabitent ainsi\u00a0: d&rsquo;une part, les mesures produites par un r\u00e9seau d\u00e9sormais europ\u00e9en de stations qui rel\u00e8vent les niveaux des principaux polluants, et \u00e9ditent des s\u00e9ries qui couvrent d\u00e9sormais plusieurs dizaines d&rsquo;ann\u00e9es, de l&rsquo;autre, les \u00e9tudes auxquelles les \u00e9pid\u00e9miologistes se consacrent, tentant de d\u00e9terminer et de quantifier la relation entre cet \u00e9tat de l&rsquo;atmosph\u00e8re, et les pathologies qu&rsquo;il est suppos\u00e9 entra\u00eener. Or, dans cette liaison, dans les notions utilis\u00e9es, dans les d\u00e9finitions contradictoires et confuses de celles-ci, dans les m\u00e9canismes parfois d\u00e9routants mis en \u0153uvre, dans la validit\u00e9 statistique des analyses conduites, et plus encore dans la mani\u00e8re dont la presse et les politiques en rendent compte, bien des ombres subsistent, ombres que l&rsquo;on peut tenter d&rsquo;\u00e9claircir en se lan\u00e7ant sur la trace de ce chiffre ultime, repris \u00e0 l&rsquo;envie sur le site du <a href=\"http:\/\/www.developpement-durable.gouv.fr\/Ameliorer-la-qualite-de-l-air,40948.html\" target=\"\">Minist\u00e8re<\/a>, lui qui proclame que, <em>\u00ab avec pr\u00e8s de 42 000 d\u00e9c\u00e8s pr\u00e9matur\u00e9s chaque ann\u00e9e, la pollution atmosph\u00e9rique est le premier sujet de pr\u00e9occupation environnementale des Fran\u00e7ais\u00bb<\/em>.<\/p>\n<h3>les calculs de l&rsquo;Agence<\/h3>\n<p>Cette piste a \u00e9t\u00e9 suivie d\u00e8s 2013 avec un soin particulier par <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/planete\/article\/2013\/03\/06\/particules-fines-vraiment-42-000-morts-par-an-en-france_1842963_3244.html\" target=\"_blank\">Audrey Garric<\/a>, dont l&rsquo;obstination n&rsquo;a gu\u00e8re \u00e9t\u00e9 r\u00e9compens\u00e9e. Sa traque la conduit en effet jusqu&rsquo;\u00e0 un <a href=\"http:\/\/ec.europa.eu\/environment\/archives\/cafe\/general\/keydocs.htm\" target=\"_blank\">programme<\/a> europ\u00e9en aujourd&rsquo;hui interrompu, lequel avait recours \u00e0 des estimations anciennes pour les assembler dans une optique strictement sp\u00e9culative. Aussi para\u00eet-il plus pertinent de suivre une trace diff\u00e9rente et qui offre une actualisation bienvenue, celle de <a href=\"http:\/\/www.eea.europa.eu\/about-us\" target=\"_blank\">l&rsquo;European<\/a> Environnement Agency, le think tank de l&rsquo;Union europ\u00e9enne en charge du probl\u00e8me. Chaque ann\u00e9e, celui-ci publie un <a href=\"http:\/\/www.eea.europa.eu\/\/publications\/air-quality-in-europe-2014\" target=\"_blank\">rapport<\/a> sur la qualit\u00e9 de l&rsquo;air qui offre sa propre version de ce fameux chiffre. En page 54 de l&rsquo;\u00e9dition 2014, il livre en effet un tableau des \u00ab\u00a0morts pr\u00e9matur\u00e9es attribuables aux particules fines de 2,5 \u00b5m et \u00e0 l&rsquo;ozone en 2011 dans quarante pays europ\u00e9ens\u00a0\u00bb d&rsquo;o\u00f9 il ressort que, en France, ces particules-l\u00e0 ont entra\u00een\u00e9 cette ann\u00e9e-l\u00e0 46\u00a0339 d\u00e9c\u00e8s pr\u00e9matur\u00e9s. Reste \u00e0 comprendre la m\u00e9thodologie employ\u00e9e, ce qui expose \u00e0 une frustration suppl\u00e9mentaire.<\/p>\n<p>Ces calculs sont en effet attribu\u00e9s \u00e0 une entit\u00e9 myst\u00e9rieuse, <a href=\"http:\/\/acm.eionet.europa.eu\/\" target=\"_blank\">l&rsquo;ETC\/ACM<\/a>, r\u00e9seau sous contrat avec l&rsquo;EEA et dont on croit comprendre qu&rsquo;il fournit l&rsquo;agence europ\u00e9enne en \u00e9tudes. Coordonn\u00e9 par <a href=\"http:\/\/www.rivm.nl\/en\/Topics\/A\/Air\" target=\"_blank\">l&rsquo;institut<\/a> n\u00e9erlandais de sant\u00e9 publique, le r\u00e9seau en question comprend quatorze membres, tous anonymes, qui se livrent \u00e0 des t\u00e2ches dont on ne sait rien en suivant des m\u00e9thodologies que l&rsquo;on ignore. Aussi, puisque l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la m\u00e9thode scientifique reste bloqu\u00e9, faut-il se contenter d&rsquo;une supposition, en s&rsquo;aidant des \u00e9l\u00e9ments fournis par le tableau de l&rsquo;EEA\u00a0: puisque l&rsquo;on associe tel niveau de concentration en particules avec tel degr\u00e9 de mortalit\u00e9, il ne reste plus qu&rsquo;\u00e0 multiplier par la population totale pour obtenir nos 46\u00a0000 morts. Ce chiffre effrayant, en somme, ne serait rien d&rsquo;autre que le produit d&rsquo;une b\u00eate r\u00e8gle de trois.<\/p>\n<p>Une telle l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 semble difficilement concevable, et fait bon march\u00e9 des contre-arguments dont le plus simple, expos\u00e9 par Audrey Garric, met en lumi\u00e8re l&rsquo;hypoth\u00e8se implicite et par d\u00e9finition fausse d&rsquo;un tel calcul, celle d&rsquo;une r\u00e9partition uniforme des particules sur le territoire national. Ce proc\u00e9d\u00e9 simplet, cette fa\u00e7on d&rsquo;amalgamer des chiffres sans souci de coh\u00e9rence, et sans se pr\u00e9occuper de leur signification, se retrouve dans des disciplines voisines telle l&rsquo;accidentologie, laquelle recourt de fa\u00e7on intensive \u00e0 un indicateur lui aussi vide de sens parce que frapp\u00e9 du m\u00eame biais, le nombre de tu\u00e9s sur la route par million d&rsquo;habitants. \u00c9l\u00e9mentaire \u00e0 calculer, ce chiffre n&rsquo;indique rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une m\u00eame propension scolaire au classement, d\u00e9non\u00e7ant les mauvais \u00e9l\u00e8ves, montrant le chemin qu&rsquo;ils doivent suivre pour se hisser au niveau des meilleurs. Sans doute faut-il, dans ces incertitudes et ces approximations, moins voir un d\u00e9faut qu&rsquo;une propri\u00e9t\u00e9, et une propri\u00e9t\u00e9 indispensable \u00e0 l&rsquo;usage politique auquel ces statistiques sont destin\u00e9es. Ces 46 000 morts n&rsquo;indiquent rien d&rsquo;autre que ce \u00e0 quoi se r\u00e9duit aujourd&rsquo;hui la justification politique, un mantra \u00e0 faire r\u00e9p\u00e9ter, toujours et partout, par tous et en toutes circonstances.<br \/>\nAinsi, on cherchera en vain dans cette litt\u00e9rature \u00e9pid\u00e9miologique la signification d&rsquo;une notion pourtant reprise \u00e0 longueur de pages, la mort pr\u00e9matur\u00e9e. Celle-ci se trouve pourtant \u00e0 l<a href=\"http:\/\/www.insee.fr\/fr\/themes\/tableau.asp?reg_id=0&amp;ref_id=NATnon06228\" target=\"_blank\">&lsquo;INSEE<\/a>, lequel qualifie de mort pr\u00e9matur\u00e9e tout d\u00e9c\u00e8s survenant, quel qu&rsquo;en soit l&rsquo;\u00e2ge ou la cause, avant 65 ans. On imagine que si la qualit\u00e9 de l&rsquo;air tuait 46\u00a0000 personnes avant qu&rsquo;ils n&rsquo;atteignent 65 ans, cela se verrait, au moins dans les statistiques. Pourtant, toujours selon l&rsquo;INSEE, aujourd&rsquo;hui, en France, l&rsquo;\u00e2ge modal du d\u00e9c\u00e8s s&rsquo;\u00e9tablit \u00e0 87 ans pour les hommes et \u00e0 92 ans pour les femmes.<\/p>\n<p>C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il faut comprendre que cette mort pr\u00e9matur\u00e9e des \u00e9pid\u00e9miologistes n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec le crit\u00e8re objectif d\u00e9termin\u00e9 par l&rsquo;INSEE\u00a0: il s&rsquo;agit en fait d&rsquo;une r\u00e9duction estim\u00e9e de l&rsquo;esp\u00e9rance de vie, par laquelle on consid\u00e8re que, par rapport \u00e0 un niveau jug\u00e9 d\u00e9pourvu de danger, une pollution plus \u00e9lev\u00e9e va abr\u00e9ger de quelques mois l&rsquo;existence de ceux qui en seront victimes. Mais cette conception, et cette fa\u00e7on de compter, \u00e0 son tour, pose divers probl\u00e8mes. Le premier, d&rsquo;ordre \u00e9pist\u00e9mologique, est expos\u00e9 par les cliniciens qui apparaissent dans l&rsquo;article de Luc Berlivet. Les pathologies en cause, cardio-vasculaires ou respiratoires, existent ind\u00e9pendamment de cette pollution, et ne peuvent lui \u00eatre reli\u00e9es par un lien causal : tout au plus, disent ces cliniciens, peut-elle d\u00e9grader un peu plus l&rsquo;\u00e9tat de patients de toute fa\u00e7on en fin de vie et qui, dans un environnement plus sain, seraient morts quelque mois plus tard.<\/p>\n<p>Le second probl\u00e8me, lui, est de nature politique. On con\u00e7oit volontiers que l&rsquo;air que l&rsquo;on respire au c\u0153ur d&rsquo;une m\u00e9tropole de 12 millions d&rsquo;habitants soit moins sain que celui qui remplit les poumons des 506 habitants de l&rsquo;\u00eele de Batz, et qu&rsquo;il ait des cons\u00e9quences n\u00e9gatives sur la sant\u00e9 des parisiennes et des parisiens. Avec une telle concentration d&rsquo;activit\u00e9s humaines, il pourrait difficilement en aller autrement. Mais un compte de r\u00e9sultat ne saurait \u00eatre complet s&rsquo;il se contente de faire la liste des charges\u00a0: il lui faut aussi enregistrer les produits comme, par exemple, ce maillage \u00e9troit de services de sant\u00e9 tout autant caract\u00e9ristique des grandes agglom\u00e9rations et qui, par exemple, contribue fortement \u00e0 diminuer un risque, celui d&rsquo;une authentique mort pr\u00e9matur\u00e9e, celle de ces adultes en bonne sant\u00e9 victimes de d\u00e9faillances cardiaques ou vasculaires et qui, faute de secours de proximit\u00e9, ne peuvent \u00eatre pris en charge \u00e0 temps. A d\u00e9faut, il faudrait reconna\u00eetre, et mettre en application, le droit des habitants de l&rsquo;\u00eele de Batz \u00e0 vivre \u00e0 moins de 3 km d&rsquo;un CHU.<\/p>\n<h3>l&rsquo;instrumentalisation<\/h3>\n<p>Les effets nocifs de la pollution urbaine, en d&rsquo;autres termes, telle qu&rsquo;on la rencontre dans nos villes, elle dont l&rsquo;European Environnement Agency reconna\u00eet, dans le document cit\u00e9 plus haut, qu&rsquo;elle atteint aujourd&rsquo;hui un niveau historiquement bas tandis que le m\u00eame organisme la place en onzi\u00e8me position dans son palmar\u00e8s des causes de mortalit\u00e9, le tabagisme occupant la premi\u00e8re, ne constituent un probl\u00e8me aigu que parce que les politiques en ont d\u00e9cid\u00e9 ainsi, parce que, aid\u00e9s en cela par les \u00e9pid\u00e9miologistes, ils l&rsquo;ont cadr\u00e9 d\u2019une certaine fa\u00e7on, et parce qu&rsquo;ils l&rsquo;instrumentalisent \u00e0 des fins bien moins avouables que la seule protection de la sant\u00e9 publique. Car les pouvoirs publics n&rsquo;ont pas attendu les indignations r\u00e9centes pour traiter cette question, avec, dans certains cas, une efficacit\u00e9 totale. L&rsquo;historique des mesures effectu\u00e9es par les organismes agr\u00e9\u00e9s se r\u00e9v\u00e8le ainsi sans ambigu\u00eft\u00e9. Le plomb, le soufre ont aujourd&rsquo;hui disparu. Au niveau national, l&rsquo;\u00e9tat des lieux le plus r\u00e9cent dress\u00e9 par <a href=\"http:\/\/www.eea.europa.eu\/themes\/air\/air-pollution-country-fact-sheets-2014\">l&rsquo;EEA<\/a> montre, avec un point de d\u00e9part en 1990, une tr\u00e8s forte diminution de presque tous les polluants, dont les niveaux satisfont d\u00e8s maintenant \u00e0 des objectifs donn\u00e9s pour 2020. A l&rsquo;\u00e9chelon local, <a href=\"http:\/\/www.airparif.fr\/pollution\/differents-polluants\">Airparif<\/a>, plus circonspect, pointe comme difficult\u00e9s essentielles les oxydes d&rsquo;azote, majoritairement \u00e9mis par les moteurs thermiques, diesel avant tout, et les particules fines, d&rsquo;origine plus vari\u00e9e. Et de fait, ces deux \u00e9l\u00e9ments fondent la justification \u00e0 agir des autorit\u00e9s, et de la ville de Paris avant tout, dans ses tentatives constantes pour diminuer un trafic attentatoire \u00e0 la sant\u00e9 des parisiennes et des parisiens. Difficile, pourtant, dans le cadre d\u2019une action n\u00e9cessairement fond\u00e9e en droit, de s&rsquo;en prendre au dioxyde d&rsquo;azote.<\/p>\n<p>La r\u00e9glementation fournit en effet un rep\u00e8re en d\u00e9terminant des seuils de concentration des polluants \u00e0 partir desquels l&rsquo;action publique peut s&rsquo;exercer. Un premier niveau, qualifi\u00e9 d&rsquo;information, ne s&rsquo;adresse qu&rsquo;aux cat\u00e9gories les plus vuln\u00e9rables de la population, et se limite \u00e0 \u00e9mettre des recommandations. Seul le second niveau, l&rsquo;alerte, autorise la mise en \u0153uvre de mesures coercitives. Or, depuis 1999, en \u00cele de France, pour le dioxyde d&rsquo;azote, ce <a href=\"http:\/\/www.airparif.fr\/alertes\/historique\">niveau<\/a> d&rsquo;alerte n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 atteint. Le dernier grand \u00e9pisode du genre remonte \u00e0 <a href=\"http:\/\/www.airparif.asso.fr\/_pdf\/circulation-alternee-episode-pollution-300997.pdf\">septembre<\/a> 1997, voil\u00e0 donc presque vingt ans. Mais heureusement, il reste les particules.<\/p>\n<p>Les particules fines cumulent une telle quantit\u00e9 de propri\u00e9t\u00e9s physiques et sanitaires exploitables qu&rsquo;elles m\u00e9ritent de devenir des objets politiques, et sociologiques. Elles se d\u00e9finissent d&rsquo;abord seulement par leur taille, et pas par leur composition chimique, peuvent venir de n&rsquo;importe o\u00f9 et contenir n&rsquo;importe quoi, du sel ou du sable, du caoutchouc ou du carbone. En d&rsquo;autres termes, quoi qu&rsquo;on fasse, contrairement par exemple au plomb qu&rsquo;un changement dans la norme appliqu\u00e9e aux carburants a suffi \u00e0 \u00e9liminer, on peut \u00eatre s\u00fbr de ne jamais en \u00eatre d\u00e9barrass\u00e9. Consid\u00e9r\u00e9es comme d&rsquo;autant plus dangereuses qu&rsquo;elles sont fines, ce qui explique que les seuils de concentration acceptables pour les particules de 2,5 \u00b5m de diam\u00e8tre, alias PM2,5, soient inf\u00e9rieurs \u00e0 ceux des plus grossi\u00e8res particules de 10 \u00b5m de diam\u00e8tre, les PM10, et r\u00e9cemment class\u00e9es canc\u00e9rig\u00e8nes, elles s&rsquo;approchent \u00e0 grands pas du statut royal de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9miologie, la lin\u00e9arit\u00e9 sans seuil, statut gr\u00e2ce auquel il sera toujours possible, quelle que soit leur concentration, de relever un effet sur la sant\u00e9. Et de fait, si l&rsquo;on s&rsquo;attarde sur l&rsquo;historique des \u00e9pisodes de pollution fourni par Airparif, ces particules, on les voit, m\u00eame si les donn\u00e9es suivent un profil curieux : ainsi, sur les 34 mois qui vont de janvier 2009 \u00e0 novembre 2011, Airparif recense quinze \u00e9pisodes durant lesquelles la concentration des PM10 a atteint le niveau d&rsquo;information, et aucun \u00e9tat d&rsquo;alerte. Sur les 34 mois qui suivent, on atteint 72 fois le seuil de l&rsquo;information, et en 14 occasions celui de l&rsquo;alerte.<\/p>\n<p>Quand on a une petite exp\u00e9rience de l&rsquo;\u00e9laboration des s\u00e9ries statistiques, on sait qu&rsquo;un changement si brutal ne provient g\u00e9n\u00e9ralement pas d\u2019une subite et catastrophique d\u00e9gradation de la situation, mais qu&rsquo;il est, plus prosa\u00efquement, la cons\u00e9quence d&rsquo;une modification dans la mani\u00e8re de compter. Avant l&rsquo;arr\u00eat\u00e9 pr\u00e9fectoral du <a href=\"http:\/\/www.airparif.fr\/reglementation\/episodes-pollution#ancienne-procedure\">27<\/a> octobre 2011, le seuil d&rsquo;information pour les particules PM10 \u00e9tait fix\u00e9 \u00e0 80 \u00b5g\/m\u00b3, le seuil d&rsquo;alerte \u00e0 125 \u00b5g\/m3 ; \u00e0 partir de novembre 2011, le seuil d&rsquo;information est devenu seuil d&rsquo;alerte et une nouvelle valeur, 50 \u00b5g\/m\u00b3 a d\u00e9termin\u00e9 le niveau information. On con\u00e7oit facilement qu\u2019une proc\u00e9dure d&rsquo;alerte qui ne se d\u00e9clenche jamais \u00e9choue \u00e0 remplir sa t\u00e2che, et qu&rsquo;il convienne donc de placer son seuil \u00e0 un niveau plus utile. D\u00e8s lors, les commentaires \u00e9plor\u00e9s, les indignations vertueuses, les r\u00e9actions martiales qui accompagnent d\u00e9sormais, cette ann\u00e9e comme la pr\u00e9c\u00e9dente, ces <a href=\"http:\/\/www.airparif.fr\/actualite\/detail\/id\/136\">\u00e9pisodes<\/a> printaniers de pollution d&rsquo;origine essentiellement agricole prennent un autre sens. On se demande o\u00f9 se trouvaient les poumons asphyxi\u00e9s par cette atmosph\u00e8re p\u00e9kinoise le 27 janvier 2010, quand on a relev\u00e9 92 \u00b5g\/m\u00b3 de PM10 sur les Champs \u00c9lys\u00e9es, et ce que faisaient les correspondants de la presse internationale les 2 et 3 mars 2011, lorsque la place Victor Basch a enregistr\u00e9 104 \u00b5g\/m\u00b3 de PM10, niveaux qui, dans un cas comme dans l&rsquo;autre, n&rsquo;ont pas d\u00e9clench\u00e9 d&rsquo;alerte, et ne semblent gu\u00e8re avoir marqu\u00e9 les m\u00e9moires. Le 20 mars dernier, Airparif a relev\u00e9 un niveau maximal de 101 \u00b5g, le 18 mars, de 93 \u00b5g ; les stations ne sont pas pr\u00e9cis\u00e9es. Sans doute s&rsquo;agit-il des suspects habituels, le p\u00e9riph\u00e9rique porte d&rsquo;Auteuil, l&rsquo;autoroute A1 \u00e0 Saint-Denis, au plus pr\u00e8s du trafic et de ses \u00e9missions, l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;on ne trouvera que des pollueurs, et de malheureuses victimes au guidon de leur deux-roues.<\/p>\n<h3>l&rsquo;incertain recyclage par la politique municipale<\/h3>\n<p>\u00c0 Paris, dans la plus petite des grandes capitales europ\u00e9ennes, donc sur un territoire peupl\u00e9 de deux millions d&rsquo;habitants et gouvern\u00e9 par une entit\u00e9 repr\u00e9sentative unique, la pollution de l&rsquo;air permet \u00e0 l&rsquo;action publique de s&rsquo;exercer suivant des modalit\u00e9s assez larges, m\u00eame si certaines voies, celle de l&rsquo;inaction par exemple, celle d&rsquo;une modestie qui avouerait \u00e0 la fois son impuissance face \u00e0 un probl\u00e8me d&rsquo;ampleur continentale et son incapacit\u00e9 \u00e0 le traiter mieux qu&rsquo;il ne l&rsquo;a \u00e9t\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9es, par la r\u00e9glementation europ\u00e9enne en particulier, laquelle exige que l&rsquo;on fasse quelque chose. Relativement minimale, puisqu&rsquo;elle demande simplement la cr\u00e9ation, sur le mod\u00e8le londonien, d&rsquo;une <a href=\"http:\/\/www.tfl.gov.uk\/modes\/driving\/low-emission-zone\">low emission zone <\/a>qui restreint l&rsquo;usage des seuls v\u00e9hicules lourds, tous propuls\u00e9s par des diesel, cette requ\u00eate n&rsquo;a toujours pas \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e en France. R\u00e9pandu un peu partout, pas tr\u00e8s compliqu\u00e9 \u00e0 mettre en \u0153uvre, ce type d&rsquo;am\u00e9nagement ne fait pas vraiment de mal, m\u00eame s&rsquo;il ne rapporte gu\u00e8re : ainsi, \u00e0 Stockholm, o\u00f9 la LEZ se double de plus d&rsquo;un p\u00e9age urbain, selon un r\u00e9cent document de l&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.ademe.fr\/zones-a-faibles-emissions-low-emission-zones-lez-a-travers-leurope\">ADEME<\/a>, ces contraintes ont entra\u00een\u00e9 une r\u00e9duction des \u00e9missions locales de PM10 de 40 %. Mais la baisse de leur concentration dans l&rsquo;air, le facteur qui, apr\u00e8s tout, int\u00e9resse les poumons, n&rsquo;est estim\u00e9e qu&rsquo;\u00e0 3 %. Il y avait pourtant l\u00e0 de quoi satisfaire tout le monde, l&rsquo;Europe, et l&rsquo;\u00e9colo. \u00c0 la place, la mairie de Paris s&rsquo;est lanc\u00e9e dans une vaste entreprise d&rsquo;\u00e9dification de la puret\u00e9, laquelle repose sur un <a href=\"http:\/\/www.paris.fr\/pratique\/qualite-de-l-air\/plan-qualite-de-l-air\/favoriser-la-circulation-des-vehicules-propres-limiter-celle-des-plus-polluants\/rub_10651_stand_153213_port_27209\">plan<\/a> quinquennal d\u00e9taill\u00e9, qui, \u00e0 premi\u00e8re vue, n&rsquo;oublie rien ni personne, et repr\u00e9sente un magnifique compendium de toutes les impasses auxquelles conduit le fait de g\u00e9rer une capitale comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une \u00eele lointaine, isol\u00e9e en plein oc\u00e9an, et sur laquelle on r\u00e8gne en ma\u00eetre.<\/p>\n<p>Des diverses \u00e9tapes de ce plan, seule la premi\u00e8re, qui pr\u00e9voit d&rsquo;interdire dans un d\u00e9lai de trois mois la circulation des autobus et poids-lourds entr\u00e9s en service jusqu&rsquo;en 2001 se situe en territoire connu, puisque les low emissions zones concernent essentiellement les v\u00e9hicules lourds les plus anciens ; tout au plus fera-t-on remarquer que, dans une capitale lib\u00e9rale, Londres par exemple, on pr\u00e9f\u00e8re taxer plut\u00f4t qu&rsquo;interdire. Personne ne s&rsquo;\u00e9tonnera qu&rsquo;\u00e0 Paris, il ne soit question d&rsquo;autre chose que de prohibition. Mais le reste et sans \u00e9quivalent, en particulier dans la mani\u00e8re dont est trait\u00e9 un type de v\u00e9hicule dont, <em>mutatis mutandis<\/em>, l&rsquo;exemple <a href=\"http:\/\/www.london.gov.uk\/sites\/default\/files\/MAQS%20Executive%20Summary%20FINAL.pdf\">londonien<\/a> montre bien \u00e0 quel point il contribue de fa\u00e7on quasi-nulle \u00e0 la pollution de l&rsquo;air, le deux-roues motoris\u00e9. Tel qu&rsquo;il se pr\u00e9sente, le plan parisien pr\u00e9voit en effet que, d&rsquo;ici 2020 au plus tard, seuls seront autoris\u00e9s \u00e0 fr\u00e9quenter les rues parisiennes des cyclomoteurs et motocycles qui, aujourd&rsquo;hui, n&rsquo;existent pas encore. Le Conseil de Paris, en d&rsquo;autres termes exige que, en moins de cinq ans, le parc de ces v\u00e9hicules soit enti\u00e8rement renouvel\u00e9. Les automobilistes, eux, pourront alors continuer \u00e0 circuler avec des v\u00e9hicules datant de 2006.<\/p>\n<p>\u00c9videmment, on se trouve ici dans le domaine de la pure fiction, ne serait-ce que parce que le soubassement l\u00e9gal indispensable \u00e0 cette prohibition n&rsquo;existe pas encore. Pourtant, dans ce qu&rsquo;il r\u00e9v\u00e8le du fonctionnement de la municipalit\u00e9 parisienne, ce plan se doit d&rsquo;\u00eatre pris au s\u00e9rieux, quand bien m\u00eame il a peu de chance de jamais \u00eatre appliqu\u00e9, et en particulier \u00e0 cause de l&rsquo;ignorance et du m\u00e9pris dont il t\u00e9moigne \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des habitants des communes avoisinantes. Parisiennes et parisiens, ces citoyens disposaient du privil\u00e8ge d&rsquo;externaliser leurs nuisances \u00e0 Clichy-la-Garenne, o\u00f9 d\u00e9bouchent leurs \u00e9gouts, \u00e0 Saint-Ouen, Ivry, Issy-les-Moulineaux, o\u00f9 l&rsquo;on br\u00fble leurs ordures, \u00e0 Cr\u00e9teil, o\u00f9 l&rsquo;on traite leurs d\u00e9chets hospitaliers, \u00e0 Nanterre et, de nouveau, \u00e0 Saint-Ouen, o\u00f9 l&rsquo;on consume le charbon qui les chauffe. Et la Mairie de Paris, cette ville qui ne peut rien sans sa banlieue, apr\u00e8s avoir multipli\u00e9 les obstacles physiques \u00e0 la circulation motoris\u00e9e, r\u00eave maintenant de simplement interdire qu&rsquo;on circule dans ses rues, et d&rsquo;appliquer cette prohibition \u00e0 tous les v\u00e9hicules mais, comme on l&rsquo;a vu, de mani\u00e8re encore plus brutale aux deux-roues. Pourtant, aujourd&rsquo;hui, \u00e0 Paris, sans deux-roues motoris\u00e9s, plus rien ne bouge. Le succ\u00e8s, sans \u00e9quivalent ailleurs en Europe, du tricycle de chez <a href=\"http:\/\/www.piaggio-mp3.fr\/\">Piaggio<\/a> forme l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment le plus visible de cette r\u00e9ponse pragmatique apport\u00e9e par tous ceux, avocats, m\u00e9decins, kin\u00e9sith\u00e9rapeutes, hauts fonctionnaires, experts-comptables, journalistes, qui gardent un besoin imp\u00e9ratif de se d\u00e9placer en ville de fa\u00e7on autonome, et d\u00e9jouent ainsi les obstacles \u00e9difi\u00e9s patiemment depuis dix ans par la municipalit\u00e9 et \u00e0 cause desquels il leur est d\u00e9sormais impossible de circuler en voiture. Si, en dehors du cas particulier de Rome, aucune capitale ne contrarie cet usage, si Londres ou Madrid l&rsquo;encouragent m\u00eame, c&rsquo;est bien parce que le deux-roues motoris\u00e9 repr\u00e9sente un substitut efficace et durable \u00e0 l&rsquo;automobile, qui r\u00e9pond presque aux m\u00eames besoins \u00e0 des co\u00fbts spatiaux et environnementaux bien inf\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>Que, dans la plus totale hypocrisie, la Mairie de Paris pr\u00e9f\u00e8re afficher son d\u00e9dain \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;une population qui, plus qu&rsquo;aucune autre, fait pourtant vivre sa ville, qu&rsquo;elle n\u00e9glige tout autant les propri\u00e9taires de ces commerces alimentaires de proximit\u00e9 qui animent son Paris-village, et se l\u00e8vent \u00e0 point d&rsquo;heure pour aller chercher \u00e0 Rungis et dans leur vieux fourgon diesel de quoi nourrir sa population, qu&rsquo;elle pr\u00e9voie \u00e0 l&rsquo;inverse, et avec minutie, en d\u00e9clinant tout le <a href=\"http:\/\/metropoles.revues.org\/4910\">dictionnaire <\/a>des notions \u00e0 la mode, de convertir sa ville \u00e0 l&rsquo;immobilit\u00e9, de faire en sorte que chacun reste dans son quartier pi\u00e9ton, laisse la place qui leur revient aux touristes et, surtout, rejette comme s&rsquo;ils \u00e9taient toxiques ces allog\u00e8nes qui habitent alentours et viennent \u00e0 la capitale pour y travailler, y acheter et, parfois, s&rsquo;y divertir, ne doit pas \u00eatre pris seulement comme une bravade, un effet de manche destin\u00e9 \u00e0 satisfaire sa client\u00e8le \u00e9cologiste. Car la lutte contre la pollution atmosph\u00e9rique n&rsquo;est pas le seul axe de sa politique d\u2019assainissement. <a href=\"http:\/\/www.cairn.info\/revue-politix-2007-2-page-157.htm\">Philippe Zittoun<\/a> a bien montr\u00e9 comment l&rsquo;\u00e9laboration de la carte du bruit \u00e0 Paris, qui n&rsquo;est pas une carte puisqu&rsquo;elle ne reprend pas des relev\u00e9s topographiques mais d\u00e9coule d&rsquo;une mod\u00e9lisation, et qu&rsquo;elle n&rsquo;illustre pas le bruit puisqu&rsquo;il n&rsquo;y est question que des automobiles, et pas du bruit des trains ni de celui du m\u00e9tro a\u00e9rien, sert \u00e0 la fois \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler et \u00e0 quantifier un probl\u00e8me jusque-l\u00e0 ignor\u00e9. Il ne manquait plus qu&rsquo;une \u00e9tude de l&rsquo;EEA pour <a href=\"http:\/\/sante.lefigaro.fr\/actualite\/2014\/12\/19\/23186-europeen-sur-4-souffre-bruit-trafic-routier\">d\u00e9nombrer<\/a> les morts pr\u00e9matur\u00e9es dues \u00e0 la pollution sonore, et l&rsquo;appareillage scientifique servant \u00e0 justifier l&rsquo;imp\u00e9rieuse et urgente n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une action municipale coercitive se trouve au complet. Bruit ou pollution, le combat est le m\u00eame : il s&rsquo;agit bien, dans la m\u00e9galopole la moins adapt\u00e9e \u00e0 cet usage, en balayant toutes les oppositions, en ignorant les contraintes de tous ordres, l\u00e9gal, \u00e9conomique, financier, technique, en m\u00e9prisant les droits des gens ordinaires parce qu&rsquo;on a r\u00e9ussi \u00e0 instrumentaliser la justification ultime, celle de la sant\u00e9 publique, et quand bien m\u00eame celle-ci impliquerait de sacrifier les vivants au profit des bient\u00f4t morts, de b\u00e2tir ce fantasme aristocratique, cette ville sans d\u00e9faut qui rencontre bien peu de critiques et dans laquelle, par une \u00e9trange amn\u00e9sie, on se refuse \u00e0 voir l&rsquo;incarnation d&rsquo;une it\u00e9ration suppl\u00e9mentaire de la grandiose perspective de l&rsquo;avenir radieux.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De nos jours, \u00e0 Paris, ce petit noyau d&rsquo;une m\u00e9tropole moderne qui compte de l&rsquo;ordre de 12 millions d&rsquo;habitants, on respire un air dont la qualit\u00e9 moyenne n&rsquo;a vraisemblablement jamais \u00e9t\u00e9 meilleure depuis les d\u00e9buts de la r\u00e9volution industrielle. \u00c9videmment, une telle affirmation heurte le sens commun, et se doit d&rsquo;\u00eatre empiriquement valid\u00e9e ce qui, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3,1],"tags":[],"class_list":["post-350","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/sociomotards.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/350","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/sociomotards.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/sociomotards.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/sociomotards.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/sociomotards.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=350"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/sociomotards.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/350\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/sociomotards.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=350"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/sociomotards.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=350"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/sociomotards.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=350"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}