{"id":378,"date":"2015-07-03T19:12:18","date_gmt":"2015-07-03T17:12:18","guid":{"rendered":"http:\/\/sociomotards.net\/?p=378"},"modified":"2015-07-03T19:12:18","modified_gmt":"2015-07-03T17:12:18","slug":"conclusion","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/sociomotards.net\/index.php\/2015\/07\/03\/conclusion\/","title":{"rendered":"conclusion"},"content":{"rendered":"<p>Sociomotards.net a vu le jour en 2005, comme une sorte de compl\u00e9ment \u00e0 un projet universitaire qui inaugurait un retour de plus vers cette universit\u00e9 de vieille connaissance, Paris VIII. Il s&rsquo;agissait alors de reprendre des \u00e9tudes de sociologie interrompues sept ans plus t\u00f4t, avec une ma\u00eetrise abandonn\u00e9e pour des raisons diverses, au m\u00eame niveau, celui donc d&rsquo;un second cycle devenu entre temps master, mais avec un objectif autrement plus solide&nbsp;: documenter un groupe social totalement d\u00e9laiss\u00e9, puisqu&rsquo;il n&rsquo;est, en France, illustr\u00e9 que par deux articles ethnologiques de <a href=\"http:\/\/terrain.revues.org\/3104\" target=\"_blank\">Fran\u00e7ois Portet<\/a>, et plus encore les activit\u00e9s politiques auxquelles s\u2019adonnent certains de ses membres.<br \/>\nCe deuxi\u00e8me point formait l&rsquo;int\u00e9r\u00eat v\u00e9ritable du sujet. Car si, doublant les sp\u00e9cificit\u00e9s qui d\u00e9coulent in\u00e9vitablement du v\u00e9hicule qu&rsquo;ils utilisent d&rsquo;un certain nombre de propri\u00e9t\u00e9s, une histoire connue et partag\u00e9e, une communaut\u00e9 de pratiques, la connaissance de signes inaccessibles au commun des mortels mais qui permettent d&rsquo;identifier, et de cataloguer, tel ou tel, les motards forment indiscutablement un groupe social, celui-ci ne pr\u00e9sente ni plus, ni moins d&rsquo;int\u00e9r\u00eat sociologique que ces centaines de groupes similaires, souvent constitu\u00e9s en clubs, les amateurs de metal, les colombophiles, les <a href=\"http:\/\/illucolor.fr\/7_vallees_comm\/Azincourt\/reconstitution-2015.html\" target= \"_blank\">reproducteurs<\/a> de batailles historiques, groupes dont seuls quelque-uns ont, parfois, au d\u00e9tour d&rsquo;une publication, et parce que l&rsquo;auteur de celle-ci partage leur destin, l&rsquo;honneur de se voir institu\u00e9s en objet sociologique.<\/p>\n<p>Mais une propri\u00e9t\u00e9 fondamentale distingue les motocyclistes des amateurs de vieux gr\u00e9ements ou des cyclo-touristes. Si, comme ces derniers, ils se d\u00e9placent dans l\u2019espace public, et se trouvent ainsi n\u00e9cessairement soumis \u00e0 des r\u00e8gles d\u00e9finies par l\u2019\u00c9tat, les plus d\u00e9termin\u00e9s d&rsquo;entre eux ont aussi, \u00e0 un moment historique pr\u00e9cis, affront\u00e9 celui-ci, r\u00e9agissant \u00e0 une politique qui naissait alors mais traitait un probl\u00e8me public fort ancien, la s\u00e9curit\u00e9 de la circulation routi\u00e8re, politique qu\u2019ils consid\u00e9raient comme r\u00e9pressive, discriminatoire, et inadapt\u00e9e \u00e0 leurs besoins.<br \/>\nL&rsquo;organisation alors cr\u00e9\u00e9e, la F\u00e9d\u00e9ration Fran\u00e7aise des Motards en Col\u00e8re, le d\u00e9veloppement qu&rsquo;elle a connu, dont certains \u00e9l\u00e9ments restent sans \u00e9quivalent dans l&rsquo;histoire sociale fran\u00e7aise, le r\u00f4le national et europ\u00e9en qui est aujourd&rsquo;hui le sien valent largement que l&rsquo;on s&rsquo;y int\u00e9resse. L\u00e0 encore, pourtant, le mouvement motard ne conna\u00eet d&rsquo;autre publication sociologique que les quelques pages que <a href=\"http:\/\/www.cairn.info\/l-opinion-europeenne-2002--2724608704-p-109.htm\" target=\"_blank\">Pierre Lef\u00e9bure<\/a> consacre \u00e0 sa dimension europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Autant dire que, en poursuivant l&rsquo;analyse, en cherchant, cette fois-ci dans le cadre d&rsquo;une th\u00e8se, \u00e0 d\u00e9crire comment, et \u00e0 comprendre pourquoi, a \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9e cette politique si d\u00e9cri\u00e9e par ceux qui en sont l&rsquo;objet, le parcours se poursuit en territoire inconnu. Ce travail a donc comme premi\u00e8re propri\u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00eatre totalement in\u00e9dit. Ainsi, les quelques 7000 pages d&rsquo;archives photographi\u00e9es pour celui-ci, et provenant en quasi-totalit\u00e9 des fonds d\u00e9pos\u00e9s aux Archives Nationales, voient sans doute pour la premi\u00e8re fois la lumi\u00e8re du jour depuis qu&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 rang\u00e9s dans leurs cartons. Si la s\u00e9curit\u00e9 routi\u00e8re a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;objet d&rsquo;un certains nombre de travaux, articles, th\u00e8ses comme celles de <a href=\"http:\/\/www.theses.fr\/2009PA010523\" target=\"_blank\">Jean Orselli<\/a> ou de <a href=\"http:\/\/www.theses.fr\/2008TOU10046\" target=\"_blank\">Matthieu Grosset\u00eate<\/a>, si elle a \u00e9t\u00e9 trait\u00e9e par des chercheurs renomm\u00e9s tels <a href=\"http:\/\/www.cairn.info\/revue-reseaux-2008-1-page-21.htm\" target=\"_blank\">Claude Gilbert<\/a>, personne ne l&rsquo;avait encore prise en compte du point de vue des motocyclistes.<br \/>\nCette entr\u00e9e in\u00e9dite se double d&rsquo;un processus d&rsquo;analyse classique, mais relativement inusit\u00e9. Avec <a href=\"https:\/\/lectures.revues.org\/763\" target=\"_blank\">Joseph Gusfield<\/a> et <a href=\"http:\/\/www.persee.fr\/web\/revues\/home\/prescript\/article\/polix_0295-2319_1997_num_10_37_1656\" target=\"_blank\">Howard Becker<\/a> en particulier, les <a href=\"https:\/\/edc.revues.org\/2342\" target=\"_blank\">probl\u00e8mes publics<\/a> ont retenu l&rsquo;attention de sociologues que les amoureux de l&rsquo;ordre rangent dans le tiroir \u00ab\u00a0seconde<a href=\"http:\/\/www.scienceshumaines.com\/ou-en-est-l-ecole-de-chicago_fr_10081.html\" target=\"_blank\"> \u00e9cole<\/a> de Chicago\u00a0\u00bb. Situation d&rsquo;abord consid\u00e9r\u00e9e comme banale, un probl\u00e8me public voit le jour lorsque des acteurs potentiellement tr\u00e8s divers, des groupes d&rsquo;individus engag\u00e9s dans une croisade morale, des victimes d&rsquo;atteintes ou de traumatismes objectivables ou suppos\u00e9s, mais aussi les pouvoirs publics, pr\u00e9sentent la situation en question comme intol\u00e9rable, et exigent qu&rsquo;il soit rapidement mis un terme au probl\u00e8me ainsi constitu\u00e9. Tel est bien le cas avec la politique de s\u00e9curit\u00e9 routi\u00e8re, qui s&rsquo;institutionnalise lorsque, en Europe \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960, un risque pourtant vieux comme la roue devient inacceptable. Plus encore, tel est le cas avec le r\u00f4le particulier que commencent \u00e0 jouer les motocyclistes au moment o\u00f9, durant les ann\u00e9es 1970, leur pratique conna\u00eet une croissance explosive. En France, il feront alors l&rsquo;objet d&rsquo;un traitement particulier, moralisateur et paternaliste, d&rsquo;un genre que l&rsquo;on r\u00e9serve en g\u00e9n\u00e9ral aux d\u00e9bordements d&rsquo;une jeunesse incontr\u00f4lable tels qu&rsquo;un autre sociologue anglophone les a d\u00e9crits, <a href=\"http:\/\/www.routledge.com\/books\/details\/9780415610162\/\" target=\"_blank\">Stanley Cohen<\/a>.<\/p>\n<p>Le jeu consiste donc \u00e0 se lancer dans l&rsquo;exploration d&rsquo;un territoire absolument neuf \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;outils peu employ\u00e9s et \u00e9trangers \u00e0 la tradition locale, puisque l&rsquo;axe explicatif principal de cette th\u00e8se s&rsquo;appuie sur un corpus coh\u00e9rent de travaux britanniques ou am\u00e9ricains assez rarement traduits en fran\u00e7ais. Choisir une d\u00e9marche de ce genre ne proc\u00e8de d&rsquo;aucune intention mauvaise&nbsp;: il s&rsquo;agit simplement, de fa\u00e7on aussi simple et pragmatique de possible, et en liaison avec la <em>grounded theory<\/em> \u00e9labor\u00e9e par un am\u00e9ricain de plus, <a href=\"http:\/\/enquete.revues.org\/282\" target=\"_blank\">Anselm Strauss<\/a>, de trouver les \u00e9l\u00e9ments les plus adapt\u00e9s \u00e0 la compr\u00e9hension d&rsquo;une politique qui, souvent, sort du domaine imm\u00e9diatement accessible au scientifique, celui de la rationalit\u00e9 dans les diverses acceptions du terme. Mais sans le vouloir, on a ainsi r\u00e9uni les conditions d&rsquo;une mani\u00e8re d&rsquo;exp\u00e9rience naturelle originale quoique bien friable, puisque limit\u00e9e \u00e0 un cas unique et tr\u00e8s particulier. Et, autant \u00eatre clair, celle-ci s&rsquo;est mal d\u00e9roul\u00e9e.<\/p>\n<h3>l&rsquo;\u00e9preuve du r\u00e9el universitaire<\/h3>\n<\/p>\n<p>Maintenant que l&rsquo;on conna\u00eet tout de l&rsquo;histoire et de son d\u00e9nouement, les erreurs deviennent \u00e9videntes, en particulier celle, strat\u00e9gique, d&rsquo;avoir encha\u00een\u00e9 imm\u00e9diatement master recherche et doctorat, et de l&rsquo;avoir fait en montant une manip qui a \u00e9chou\u00e9. Laisser passer une ann\u00e9e entre master et th\u00e8se aurait permis de chercher un directeur vraiment int\u00e9ress\u00e9, tout en donnant l&rsquo;occasion de publier un ou deux articles, et de faire ainsi entrer le monde motard et ses agitateurs dans le champ des \u00e9tudes sociologiques. C&rsquo;est que j&rsquo;aurais bien continu\u00e9 avec Claudette, qui, en plus d&rsquo;\u00eatre une rare sp\u00e9cialiste de sociologie politique \u00e0 Paris VIII, a \u00e9t\u00e9 une directrice de master attentive et efficace. H\u00e9las, Claudette n&rsquo;a pas d&rsquo;habilitation \u00e0 diriger des recherches&nbsp;; d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une co-direction avec Jean-Fran\u00e7ois, professeur, amateur d&rsquo;exp\u00e9riences in\u00e9dites et lecteur compulsif de Michel Foucault. Avec un directeur et une co-directrice, on pouvait na\u00efvement s&rsquo;attendre \u00e0 \u00eatre fort bien encadr\u00e9. Or, sans raison \u00e9vidente, l&rsquo;inverse s&rsquo;est produit puisque cette th\u00e8se a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de bien moins d&rsquo;attention que le master qui l&rsquo;a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9. Ce n&rsquo;est pas forc\u00e9ment g\u00eanant puisque, au moins dans ce domaine des sciences sociales o\u00f9 laboratoire et collectif rel\u00e8vent de la fiction, on conduit en solitaire un travail suppos\u00e9 se d\u00e9rouler de mani\u00e8re autonome. De plus, le contrat tacite, quand, de sa propre initiative, on s&rsquo;engage dans une recherche qui ne r\u00e9pond \u00e0 aucune esp\u00e8ce de commande et explore un terrain in\u00e9dit, implique de se d\u00e9brouiller seul, sans pouvoir b\u00e9n\u00e9ficier de l&rsquo;appui d&rsquo;un r\u00e9seau.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;y a l\u00e0 rien de critiquable et, si cette th\u00e8se d\u00e9montre quelque chose, avec la quantit\u00e9 de documents recueillis, avec ces entretiens conduits au sommet de l\u2019\u00c9tat aupr\u00e8s de hauts fonctionnaires, conseiller d\u2019\u00c9tat, inspecteur des finances, premier avocat \u00e0 la Cour de cassation, mais aussi avec une grosse poign\u00e9e de X-Ponts, et un X-Mines, contact\u00e9s par des voies diverses et selon des d\u00e9tours singuliers mais qui, presque tous, ont r\u00e9pondu positivement \u00e0 la requ\u00eate d&rsquo;un doctorant inconnu, c&rsquo;est bien qu&rsquo;un tel contrat, pour peu que l&rsquo;on y consacre du temps, reste parfaitement r\u00e9alisable.<br \/>\nMais, quand m\u00eame, on a beau \u00eatre autonome, on aurait bien aim\u00e9 malgr\u00e9 tout, ici ou l\u00e0, \u00eatre un peu guid\u00e9. Se retrouver le jour de la soutenance, au d\u00e9but du mois d&rsquo;avril 2015, avec une co-directrice qui s&rsquo;excuse d&rsquo;avoir oubli\u00e9 d&rsquo;envoyer en janvier un message qui sugg\u00e9rait d&rsquo;apporter au texte des modifications significatives, lesquelles n\u00e9cessitaient bien un mois de travail suppl\u00e9mentaire, ne console gu\u00e8re. Car j&rsquo;\u00e9cris lentement. Cette r\u00e9daction a donc commenc\u00e9 deux ans avant la soutenance, et les premiers \u00e9l\u00e9ments provisoirement d\u00e9finitifs, les cinq premiers chapitres d&rsquo;un travail qui, hors introduction et conclusion, en comprendra dix, ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s en janvier 2014. En d&rsquo;autres termes, la relecture critique du texte aurait pu d\u00e9buter un an plus t\u00f4t.<br \/>\nLa seconde erreur, plus tactique, tient au fait d&rsquo;avoir accept\u00e9 une date de soutenance pr\u00e9matur\u00e9e, qui n&rsquo;a pas permis de terminer convenablement la r\u00e9daction de cette th\u00e8se, laquelle souffre en particulier d&rsquo;une introduction et d&rsquo;une conclusion b\u00e2cl\u00e9es. Les lourdes difficult\u00e9s rencontr\u00e9es lors de la constitution tardive d&rsquo;un jury minimal puisque seulement compos\u00e9 de quatre personnes dont un unique sp\u00e9cialiste des mouvements sociaux, Lilian Mathieu, le temps insuffisant dont ses membres ont pu disposer pour lire un manuscrit qui, manquant de finition, p\u00e8se malgr\u00e9 tout ses 1&nbsp;250&nbsp;000 caract\u00e8res, expliquent sans doute en partie les incompr\u00e9hensions et les critiques infond\u00e9es qui ont parsem\u00e9 la soutenance. La composition de ce jury explique aussi pourquoi certains aspects importants de ce travail, en particulier le r\u00f4le de plus en plus d\u00e9terminant que joue le processus de d\u00e9cision europ\u00e9en, un sujet qui, en France, n&rsquo;int\u00e9resse gu\u00e8re au-del\u00e0 de l&rsquo;universit\u00e9 de Strasbourg, n&rsquo;ont tout simplement pas \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9s.<\/p>\n<p>De quelle mani\u00e8re un sociologue, professeur ou directeur de recherches, peut-il aborder un travail qui ne rel\u00e8ve pas de sa sp\u00e9cialit\u00e9, dont le contenu lui est totalement \u00e9tranger, dont la probl\u00e9matique, classique, reste peu r\u00e9pandue, et qu&rsquo;il a sans doute accept\u00e9 de juger moins parce que la question abord\u00e9e l&rsquo;int\u00e9ressait que pour rendre service \u00e0 un coll\u00e8gue&nbsp;? Sans doute va-t-il s&rsquo;appuyer sur ce qu&rsquo;il conna\u00eet n\u00e9cessairement, au moins par un jugement de sens commun, et prendre alors cette th\u00e8se pour ce qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas, un travail sur la s\u00e9curit\u00e9 routi\u00e8re. Il s&rsquo;\u00e9tonnera alors de ne pas y rencontrer les acteurs dont il a l&rsquo;habitude, \u00e0 commencer par cette tr\u00e8s active association de victimes, invit\u00e9e oblig\u00e9e de tous les d\u00e9bats t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s consacr\u00e9s au sujet. Cette absence, pourtant, se justifie pleinement puisque, au-del\u00e0 du cas d&rsquo;esp\u00e8ce des motocyclistes, l&rsquo;influence de cette association, telle qu&rsquo;elle transpara\u00eet dans des archives qui couvrent essentiellement une p\u00e9riode qui va de 1972 \u00e0 2002, sur l&rsquo;\u00e9laboration de la politique de s\u00e9curit\u00e9 routi\u00e8re reste, au mieux, minime. Relever cette absence comme une insuffisance, voire un oubli, revient \u00e0 accorder plus de cr\u00e9dit aux journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s qu&rsquo;au chercheur quant \u00e0 la mani\u00e8re dont il rend compte de l&rsquo;objet de sa recherche.<br \/>\nIl en va de m\u00eame avec d&rsquo;autres acteurs r\u00e9put\u00e9s jouer un r\u00f4le en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 routi\u00e8re, tels les industriels, dont un des rapporteurs s&rsquo;\u00e9tonnera que ma th\u00e8se ne les \u00e9voque pas. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de la mani\u00e8re dont le plus actif d&rsquo;entre eux, Peugeot, a influenc\u00e9 avec succ\u00e8s la politique publique, de la fa\u00e7on dont, durant les ann\u00e9es 1980, le minist\u00e8re de l&rsquo;Industrie a cherch\u00e9 \u00e0 ressusciter une industrie locale de la moto d\u00e9finitivement morte, ou, enfin, du r\u00f4le que joue aujourd&rsquo;hui \u00e0 Bruxelles l&rsquo;association des constructeurs, l&rsquo;importance qui est la leur, dans le seul grand pays europ\u00e9en qui ne poss\u00e8de pas d&rsquo;industrie de la moto, a pourtant \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises et, \u00e0 mon sens, \u00e0 sa juste valeur. Aussi, un tel reproche n&rsquo;est pas seulement, objectivement, faux&nbsp;: il tend \u00e0 substituer \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 sp\u00e9cifique d\u00e9crite dans une th\u00e8se qui montre, en mati\u00e8re d&rsquo;industrie comme dans bien d&rsquo;autres secteurs, \u00e0 quel point, dans ce domaine pr\u00e9cis, la situation fran\u00e7aise se singularise, la fiction de sens commun d&rsquo;une rassurante normalit\u00e9. Si ce que vous avez trouv\u00e9 s&rsquo;\u00e9carte de cette ligne c&rsquo;est, simplement, parce que vous n&rsquo;avez pas assez cherch\u00e9.<\/p>\n<p>Au fond, juger une th\u00e8se comme celle-ci vous enferme dans une alternative unique&nbsp;: accepter sans restriction son contenu aussi bien que l&rsquo;analyse qui en est faite, ou contester l&rsquo;un et l&rsquo;autre. Si l&rsquo;on choisit la seconde option, et on voit mal un jury de th\u00e8se se comporter autrement, il faut alors construire ses arguments, ce qui implique d&rsquo;aller au-del\u00e0 de la lecture visiblement rapide d&rsquo;un manuscrit d\u00e9j\u00e0 copieux. Il faut alors aller chercher des \u00e9l\u00e9ments de comparaison, et rattacher en l&rsquo;esp\u00e8ce la politique qui fait l&rsquo;objet de ma th\u00e8se \u00e0 un monde connu, comme celui de la sant\u00e9 publique.<br \/>\nPourtant, si un tel rapprochement n&rsquo;est pas d\u00e9pourvu de sens, il ne s&rsquo;applique ni \u00e0 la mani\u00e8re dont l\u2019\u00c9tat tente de restreindre l&rsquo;usage de la moto, ni \u00e0 ses justifications. D&rsquo;un point de vue g\u00e9n\u00e9ral la politique de sant\u00e9 publique, celle par exemple de la lutte anti-tabac, elle qui vise, entre autres, \u00e0 prot\u00e9ger les mineurs et les non-fumeurs victimes du tabagisme passif, tout en cherchant \u00e0 diminuer un co\u00fbt sanitaire support\u00e9 par la collectivit\u00e9, ne permet pas d\u2019\u00e9chafauder une comparaison valide. Car, par d\u00e9finition, les motards sont adultes, et m\u00eame plus puisque l&rsquo;acc\u00e8s direct aux grosses cylindr\u00e9es n&rsquo;est aujourd&rsquo;hui plus possible avant l&rsquo;\u00e2ge de 24 ans&nbsp;; sans m\u00eame \u00e9voquer la question des responsabilit\u00e9s, ils sont, lorsqu&rsquo;ils ont un accident, quasiment les seules victimes, accident dont les cons\u00e9quences ne sont pas \u00e0 la charge de la collectivit\u00e9, mais de leurs assurances, et en particulier de celle qu&rsquo;ils ont cr\u00e9\u00e9e voil\u00e0 plus de trente ans. Ne vouloir voir dans la fa\u00e7on particuli\u00e8re dont la s\u00e9curit\u00e9 routi\u00e8re traite les motards qu&rsquo;une politique de sant\u00e9 publique comme une autre revient \u00e0 nier ces sp\u00e9cificit\u00e9s qui justifient pr\u00e9cis\u00e9ment d&rsquo;y consacrer une th\u00e8se et, donc, \u00e0 remettre en cause les fondements de celle-ci.<\/p>\n<h3>les cons\u00e9quences<\/h3>\n<p>Dans ce monde de <em>happy few<\/em> et d&rsquo;auto-congratulation, soutenir une th\u00e8se ne conditionne pas l&rsquo;attribution du titre de docteur puisque, de toute fa\u00e7on, celui-ci est acquis du seul fait d&rsquo;\u00eatre autoris\u00e9 \u00e0 soutenir. L&rsquo;incertitude ne porte que sur la mention qui sera alors d\u00e9livr\u00e9e. Et comme l&rsquo;ont montr\u00e9 en partie les travaux d\u2019<a href=\"http:\/\/olivier.godechot.free.fr\/hopfichiers\/god_mar_cap_soc.pdf\">Olivier Godechot<\/a> ou de <a href=\"http:\/\/www2.univ-paris8.fr\/sociologie\/?page_id=6\" target=\"_blank\">Charles Souli\u00e9<\/a>, avec de l&rsquo;ordre de 70&nbsp;% de mentions tr\u00e8s honorable avec f\u00e9licitations, le pouvoir discriminant de cette proc\u00e9dure reste faible, puisqu&rsquo;elle ne sert qu&rsquo;\u00e0 \u00e9liminer les 30&nbsp;% restants, le marais du tr\u00e8s honorable, la honte du tout juste honorable. L&rsquo;absence des f\u00e9licitations entra\u00eene en effet une cons\u00e9quence mat\u00e9rielle puisque, de facto, on perd ainsi toute chance d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 une carri\u00e8re universitaire.<br \/>\nCette th\u00e8se m&rsquo;a permis d&rsquo;obtenir le grade de docteur avec la mention tr\u00e8s honorable. Qu&rsquo;il soit, \u00e0 l&rsquo;approche de la soixantaine, un peu trop tard pour entamer quelque carri\u00e8re que ce soit, que, en d&rsquo;autres termes, cette sanction soit d\u00e9pourvue d&rsquo;effets physiques ce qui, peut \u00eatre, a aid\u00e9 le jury \u00e0 se d\u00e9terminer ainsi, ne la prive pas de sa valeur symbolique.<\/p>\n<p>En \u00e9tudiant avec soin un cas d&rsquo;esp\u00e8ce, ce qui, en principe, est bien le but du doctorat, cette th\u00e8se avait une ambition, montrer, \u00e0 partir de cette situation certes sp\u00e9cifique mais stable sur une dur\u00e9e de plus de trente ans, comment, en France, les pouvoirs publics et la haute administration ont invent\u00e9 un traitement particulier et sans \u00e9quivalent ailleurs en Europe pour une population compos\u00e9e d&rsquo;individus ordinaires mais qui partagent une m\u00eame propri\u00e9t\u00e9, celle d&rsquo;avoir choisi de se d\u00e9placer avec un v\u00e9hicule qui les expose bien plus que d&rsquo;autres aux dangers de la route. Elle avait aussi un objectif, faire entrer les motocyclistes, leur mouvement et leurs probl\u00e8mes, dans le champ d\u2019une analyse sociologique qui les avait jusque-l\u00e0 d\u00e9daign\u00e9s. Les r\u00e9ticences que certains membres du jury ont exprim\u00e9es lors de la soutenance, l\u2019attribution d&rsquo;une note inf\u00e9rieure \u00e0 la norme montrent que, dans le monde acad\u00e9mique, ces intentions n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 reconnues comme l\u00e9gitimes, et, donc, que ce travail se termine sur un \u00e9chec.<br \/>\nIl \u00e9tait sans doute bien audacieux, loin des chemins balis\u00e9s de r\u00e9verb\u00e8res o\u00f9 se bousculent ethnologues, sociologues et politistes, de se lancer dans une aventure solitaire sur un terrain nouveau, tant une telle attitude revenait \u00e0 chercher les ennuis. Et bien tentant, pour ceux qui avaient \u00e0 le faire, de juger tout cela de la mani\u00e8re la plus simple, comme l&rsquo;aimable lubie d&rsquo;un quinquag\u00e9naire assez d\u00e9s\u0153uvr\u00e9, de ceux qui, tardivement, se d\u00e9couvrent une passion pour l&rsquo;\u00e9tude des cerambycidae. L&rsquo;exp\u00e9rience, sur le plan universitaire, a donc \u00e9chou\u00e9. Reste le terrain politique. Cette th\u00e8se et les master qui l&rsquo;ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e permettent au moins de documenter les pratiques des motocyclistes, et leurs revendications en particulier. &Agrave; ma connaissance, \u00e0 la seule exception des articles et du livre de <a href=\"http:\/\/www.northampton.ac.uk\/directories\/people\/suzanne-mcdonaldwalker\" target=\"_blank\">Suzanne McDonald-Walker<\/a>, rien d&rsquo;\u00e9quivalent n&rsquo;existe en Europe. Pourtant, parce que l&rsquo;universit\u00e9 n&rsquo;a accord\u00e9 \u00e0 cette th\u00e8se qu&rsquo;une attention polie, et parce que l&rsquo;\u00e9tat actuel du mouvement motard fran\u00e7ais fait douter de sa capacit\u00e9 \u00e0 employer des arguments de caract\u00e8re scientifique, rien ne dit que cette connaissance sera utile \u00e0 ceux qui en sont l&rsquo;objet. Alors ce travail, que l&rsquo;on peut lire <a href=\"http:\/\/sociomotards.net\/wp-content\/files\/DBergerThese.pdf\" target=\"_blank\">ici,<\/a> aura \u00e9t\u00e9 entrepris en vain.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sociomotards.net a vu le jour en 2005, comme une sorte de compl\u00e9ment \u00e0 un projet universitaire qui inaugurait un retour de plus vers cette universit\u00e9 de vieille connaissance, Paris VIII. 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